Les eunuques ne sont jamais chauves
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #164
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-08101-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Les eunuques ne sont jamais chauves». Краткое содержание книги:
Il pleut des morts !
Partout le danger !
D'accord, je baise énormément pour pouvoir conserver le moral, n'empêche que je traverse une zone à hauts risques davantage semée d'embûches que la place de la Concorde.
Là où je vais, si tu veux revoir Paris, faut ouvrir l'œil et serrer les miches.
Seulement moi, tu me connais ?
C'est les poings que je serre et la porte de devant de mon bénard que j'ouvre.
En grand !
C'est bon pour la ventilation de mes aumônières.
Le pauvre homme dormait dans son pestilentiel réduit.
Je l’éveillai, l’en fis descendre et lui conseillai de procéder à quelques ablutions au lavabo de Blint, car s’il avait usé du mien, il aurait pu réveiller Apo.
Il puait tellement que nous décidâmes d’abandonner ses hardes sur place. Je lui donnai des frusques à moi qui, sans lui aller vraiment, s’adaptèrent vaille que vaille à son corps amaigri. Il parut régénéré par son retour à l’hygiène. Avec mille précautions, je le conduisis à notre voiture et « l’installai », si l’on peut dire, dans le coffre. Certes, il dut replier ses jambes, pourtant il s’y trouva sinon à l’aise, du moins dans une position plus que tolérable.
L’imminence de la décarrade faisait briller son regard, et l’on sentait, chez cet homme floué par le destin, comme un regain d’espérance. Je lui annonçai que j’allais essayer de dormir un couple d’heures (comme on dit dans les mauvaises traductions de l’américain), ce que je fis séance tenante.
Tu le sais : comme tous les hommes d’action, je possède cet étrange mouvement d’horlogerie interne qui m’arrache au sommeil avant que les sonneries traditionnelles ne m’y invitent.
A cinq plombes moins quelques broquilles, mon sixième sens (à moins que ce ne fût le huit ou neuvième) me restitua ma lucidité. Je sortis du plumard complètement défatigué, voire fraise et dix pots, et allai appeler mon ouistiti anglais.
Blint avait les yeux rouges et, quand il respirait trop fortement, les mouches et autres insectes d’appartement tombaient, foudroyés par son haleine encore chargée de whisky. Nous procédâmes à des toilettes intimes dont la brièveté me donna mauvaise conscience, car elles me rappelèrent les engueulades que me prodiguait papa, au temps de ma communale, s’il me trouvait de la crasse sur les tendons d’Achille et au cou, qui sont des points de notre corps particulièrement trahisseurs en la matière.
Lorsque nous fûmes (très approximativement) prêts, je pris Apollon-Jules dans mes bras pour le porter dans l’auto afin qu’il y terminât sa nuit.
L’Anglais, lui, coltinait de mauvaise grâce nos deux valoches.
Elles lui churent des mains quand il parvint au terre-plein servant de parking à l’auberge.
Il y avait de quoi. Moi-même je faillis lâcher l’héritier présumé des Bérurier.
Car notre voiture avait disparu !
24
IL EST TOUT CON, RAYMOND
Dans la pire adversité, surtout ne jamais perdre le côté plaisant des choses.
A peine mon effarement surmonté, je pense à l’histoire de la grand-mère, morte pendant les vacances, et que ses enfants ramènent, roulée dans une couvrante, sur la galerie de leur tire.
En cours de route, on leur chourave la bagnole sur l’aire d’un parkinge d’autoroute. Le reste, je m’en souviens plus. Oh ! rien de génial, mais je pars du principe (et je le démontre) que tout ce qui fait marrer est bon à prendre, comme une bite en fin de soirée. Mieux vaut le poil à gratter que la mélancolie, et le plus mauvais des « Comment vas-tu Yaudepipe ? » que la plus somptueuse pensée philosophique. Si on ne riait pas encore un brin, fût-ce de ses malheurs, autant aller se zinguer en couronne avec la secte du « Grand Paf Radieux ».
Mais cette opinion que j’ai le privilège de partager avec moi-même, peut te laisser de marbre, je me ferai une raison.
Le Blint de mes fesses et de leurs environs immédiats se tourne vers moi avec un regard qui se le dispute entre le point d’interrogation et celui d’exclamation (beaucoup plus sobre).
— Ça veut dire quoi ? il demande.
— A votre avis ? riposté-je.
— Vous aviez bien mis le général dans le coffre ?
— En effet.
Il me fustige d’une œillée tellement méprisante que la peau de mes bourses se fendille comme un sac en faux croco, vendu par un vrai Sénégalais dans les tiroirs du métro.
— Vous ne l’aviez pas attaché ?
— J’avais jugé la précaution superflue, avoué-je dans un élan de totale sincérité qui me vaudrait une remise de peine d’au moins deux heures dans un pénitencier laotien.
Il se met à imprécater en slang et si vite que je renonce à capter l’intégralité de son discours.
Pour comble, un merle se met à persifler dans un bouquet d’arbres proche.
Je savais bien qu’il avait une sale gueule, cet enfoiré de Dobroujda. Même dans la pire gadoue, un gonzier qui se traîne une pareille frime de traître reste paré pour te biter jusqu’aux roustons ! Chose curieuse, moi toujours à la pointe de l’action et de mon paf, je reste tout ratatiné, le porcelet béruréen dans les bras.
— Well ! Well ! Well ! soupiré-je.
Puis, signe flagrant de soumission :
— Que faisons-nous ? lâché-je d’un ton qu’exténue à toute vibure.
Le vilain Rosbif ricane :
— Vous ne faites plus le malin, hé, Cosaque ! Vous avez enfin compris qu’il y a eu erreur sur la marchandise. Monseigneur n’a engagé qu’un tocard !
Moi, tu me connais plus ou moins par cœur, non ? Tu le pressens déjà qu’un sarcasme aussi outrageant ne saurait me laisser pantelant comme les testicules d’un centenaire.
Je dépose doucement mon goret sur l’herbe mouillée, puis je me tourne vers l’imprécateur.
— C’est toi, sous-merde, qui me traite de tocard ?
Il grisâtrie et bredouille :
— Ben… Hein ?…
Le pain que je lui mets échappe à toute technique pugilistique. Te dire s’il s’agit d’un crochet ou d’un direct, d’un uppercut ou d’un bolo-punch, faudrait que je me fasse repasser la bande au ralenti pour essayer de le définir. N’en tout cas, le cocker est soulevé de terre d’au moins cinquante centimètres.
Dans un instantanéisme prodigieux, je vois se brouiller sa vue et sa physionomie adopter une expression rêveuse. Il s’abat lourdement en arrière.
Sa soute à cervelle a porté sur le muret de briques surmonté d’un grillage entourant un vague potager où les mauvaises herbes se la donnent belle.
Je reste à frottailler de la main gauche mes phalanges droites endolories. Quel taquet, mon révérend !
Comme il garde les yeux entrouverts, je crains qu’il soit clamsé. Alors là, ce serait le bouquet de primevères que je voudrais rapporter à m’man.
Inquiet, je mets ma main non contusionnée sur sa poitrine de lapereau. Dieu soit loué pour toute la durée des représentations : ça bat toujours, presque régulièrement.
Et vlan ! Le déclic ! Santantonio est complètement retrouvé après son coup de flou. A nouveau disponible, à claire-voie, pardon : clairvoyant, déterminé.
Regard circulaire : nobody !
Je ramasse le petit pas-beau, le charge sur l’épaule et le rentre dans notre bungalow. Poum ! sur son lit.
In my opinion, je pense, après une rapide auscultation, qu’il souffre d’un traumatisme crâneur[14]. Il est donc out (voire septembre, octobre) pour un bout de moment.
Sans vouloir faire coûte que coûte de la littérature d’action, je conclus que ma position est devenue plus merdique qu’un slip de pétomane. Ma « mission » a capoté. L’un de mes anges gardiens est canné dans une cabane de cantonnier, toute proche, le second a besoin d’une trépanation, le général que j’ai fait évader s’est cassé avec ma chignole et j’ai sur les endosses le jeune Apollon-Jules, sans papiers d’identité.
Quel est le con qui vient de crier qu’il a vu pire ?
14
Béru dixit.