Les eunuques ne sont jamais chauves
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #164
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-08101-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Les eunuques ne sont jamais chauves». Краткое содержание книги:
Il pleut des morts !
Partout le danger !
D'accord, je baise énormément pour pouvoir conserver le moral, n'empêche que je traverse une zone à hauts risques davantage semée d'embûches que la place de la Concorde.
Là où je vais, si tu veux revoir Paris, faut ouvrir l'œil et serrer les miches.
Seulement moi, tu me connais ?
C'est les poings que je serre et la porte de devant de mon bénard que j'ouvre.
En grand !
C'est bon pour la ventilation de mes aumônières.
Je continue mon chemin.
L’enfoirure de gosse reprend ses geignages.
Il m’énerve ; j’aimerais lui tartiner le museau. Je roule toujours. On approche d’une clairière.
Apollon-Jules s’exclame :
— Y a plein de fraises des bois, vise, tonton !
Effectivement, le sol est tapissé de fraisiers et ce morceau de pré coincé dans la forêt semble avoir la rougeole.
— Arrête-moive ! supplie le larduche.
Bon, je stoppe sans me douter que ce caprice de Bérurier junior va conditionner toute la suite de cette extraordinaire aventure !
26
IL TIRE DE BONS COUPS, JEAN-LOUP
Le mouflet procède de façon animale : il se met à quatre pattes afin de picorer les fraises sauvages qui sont dodues comme des fruits de culture.
Je profite de l’occase pour me dégourdir les fumerons. J’ai toujours adoré les clairières. Romantiques et mystérieuses, elles sont. Mais dans les Carpates, elles atteignent un puissant degré d’angoisse. T’as l’impression que tu vas voir surgir des gusmen avec des oreilles de loup-garou et des ratiches qui ratissent les pelouses.
Ça sent bon l’humus, l’herbe fraîche, le chèvrefeuille. Je marche dans l’herbe trempée de rosée, sans me soucier de mes pompes ni du bas de mon grimpant. Ça me rappelle des instants de jadis, dans notre Dauphiné d’origine. Les digitales, les lupins et ces espèces d’épis verts, crochus, qu’on se posait sur l’intérieur du poignet et qui remontaient lentement ton avant-bras, « entraînés par le sang », assurait mémé. Je me délecte à fouler les plantes en liberté ; à baigner dans cette félicité, j’en oublie les graves préoccupations du moment.
Et alors, se produit quelque chose d’inattendu, de terriblement troublant au sein de ces montagnes somptueuses : un cri ! Un très long cri, intense, éperdu. Cri d’homme fou de souffrance. Cri parti de la chair torturée. Je connais. J’ai eu poussé les mêmes.
Je me dirige en direction de ce bruit insoutenable. Cela vient de la forêt. M’y rends. Je parcours une deux-centaine de mètres, piégés par des ronces tentaculaires, car la sente qui s’offre est à l’abandon. Il y a mèche, des bûcherons la pratiquèrent pour s’en aller désarbrer, mais tu sais combien la nature avide reprend vite ses droits. T’as pas le dos tourné que ça se met à gicler du sol, à partir à l’assaut de la planète. Toujours, de partout, inlassablement. Que même ces sales cons, avec leurs bombes, ne parviendront jamais à neutraliser complètement la végétation. Elle sera éternellement la plus forte ! Tu paries ?
Mes pas me conduisent jusqu’à une cahute de rondins qui choit en digue-digue.
Mais ce n’est pas elle qui me fascine. Oh ! lala, que non ! Je n’ai d’yeux que pour l’automobile stationnée à quelques mètres de la cabane, car cette bagnole, imagine-toi que c’est la mienne !
Tu lis bien ? Tu réalises parfaitement ce que je viens de te bonnir, Casimir ? La mienne ! Elle est a demi cachée par de hautes plantes à larges feuilles, pourtant je la reconnais sans hésitation.
Mon premier signe est de croix.
Comment douterais-je de Dieu à l’issue d’un pareil miracle ?
Impossible, hein ?
Récapipite un peu la somme de fabuleux hasards qu’il aura fallu pour m’amener jusqu’à ma guinde !
Le choix de la direction, au départ. Puis de la route. Le caprice d’Apollon-Jules affamé qui exige de bouffer les fraises garnissant la clairière. Moi, qui footinge dans ce lieu de méditation. Ce cri que je reçois comme un message venu d’ailleurs.
Si après ça tu restes athée, mon pote, c’est que tu es de mauvaise foi (oserai-je affirmer).
Donc, brièvement, mais intensément, je remercie le Seigneur Dieu de m’amener ici. Franchement, c’est chic à Lui. En voilà Un qui n’a pas de rancune, avec toutes les crasses que je Lui fais à longueur d’existence !
L’autre jour, j’étais à la messe avec Jean-François Kahn et Mme Simone Vieille et je leur causais de mes tourments. Ils m’ont fait valoir que de mauvais états d’âme ne signifient pas qu’on ait une âme en mauvais état, que l’essentiel c’est d’en posséder une. Ils m’ont requinqué et Jean d’Ormesson, qui sortait de la synagogue, partageait leur point de vue. Dois-je leur faire confiance ? Ne sommes-nous pas enclins à nous raccrocher aux arguments qui flattent nos penchants ? Il faudra que j’étudie cela de près à la faveur d’une angine terrassante ou d’une crise de constipation pugnace.
Je t’en reviens à mes Carpates sombres et à la cabane de bois d’où s’échappent des plaintes.
La chierie, c’est que je n’ai aucune arme à ma disposition, autre que mes poings et ma vaste intelligence. Ployé en deux ou trois, je pas-de-loupe jusqu’à ce reliquat de construction. Elle ne possède, en fait d’ouverture, que sa porte, laquelle se trouve sur la face qui m’est opposée. Mais les rondins, avec le temps délabreur, joignent mal. Parvenu contre la masurette, je n’ai aucune difficulté à mater ce qui se passe dedans.
Le spectacle me ferait friser les poils occultes si ces derniers ne bouclaient spontanément. Y a vraiment des instants au cours desquels tu mets tes cinq sens en question, comme disait un compositeur du même nom, auteur de la Danse macabre.
Bon, je vais tout te conter, mais je te parie un moule à gaufre contre une moule de Bouchot que tu auras du mal à me croire.
On plonge tout de même ? Alors attache ta ceinture.
Dans la masure (comme dit mon pote Bruno) sont réunies trois personnes, dont l’une a été réunie par les deux autres puisqu’il s’agit du général Gheorghi Dobroujda et qu’il gît sur le sol, à plat ventre, les membres écartés en croix de Saint-André par des cordes. On a baissé son pantalon, ce qui est un manque de respect caractérisé vis-à-vis d’un militaire de son grade, quand bien même il aurait été déchu. Cette manœuvre est sans connotation sexuelle ; on a agi de la sorte simplement pour pouvoir introduire dans son rectum l’embout du gonfleur de secours qui figurait dans la trousse de ma voiture.
Maintenant, parlons des deux tourmenteurs de cet ancien fidèle des Ceauşescu. C’est d’eux que provient ma stupeur.
Je te dis ?
Le peintre ! mon pote. Le barbouilleur de l’auberge et sa polissonne julie que j’ai calcée de queue de maître durant une bonne partie de la journée d’hier. Jure-moi sur la sainte Bible que tu t’attendais à ça et je te rembourse cet ouvrage, bien que j’aie déjà dépensé les droits d’auteur en futilités.
C’est la nana qui manœuvre la gonflette ; l’homme, qui a un tempérament artistique, s’amuse à appuyer le bout incandescent de son cigare sur les lobes oculaires de sa victime, comme s’il voulait transformer ses orbites en cendrier. Tu te rends compte s’il est néfaste, ce salingue !
Évidemment, le général ne peut contenir ses hurlements de souffrance. C’est pas réprimable des douleurs de cette nature ! T’as beau avoir du courage, de la volonté, tout le chenil, tu craques.
Ma baiseuse ardente, je le réalise tardivement, est une sadique. Tu verrais sa gueule, tu pigerais mieux le panard qu’elle se chope à dilater la tripaille du pauvre homme.
— Stop ! fait soudain son complice.
Elle interrompt la pression. Le compagnon remet son havane en bouche pour le faire brasiller. Il tire une belle et longue goulée qu’il rejette avec une lenteur asiate.
— A quoi bon vous obstiner, général ? demande-t-il à sa victime. Nous poursuivrons ces sévices jusqu’à ce que vous parliez. Vos intestins éclateront et vous deviendrez aveugle. Mais nous continuerons à vous martyriser jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et quelle mort !
Il se reprend à fumer. Sans le consulter, sa gerce remet la sauce avec sa grosse cartouche d’air comprimé. Cri exténué et pré-agonique du Roumain.