Les eunuques ne sont jamais chauves
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #164
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-08101-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Les eunuques ne sont jamais chauves». Краткое содержание книги:
Il pleut des morts !
Partout le danger !
D'accord, je baise énormément pour pouvoir conserver le moral, n'empêche que je traverse une zone à hauts risques davantage semée d'embûches que la place de la Concorde.
Là où je vais, si tu veux revoir Paris, faut ouvrir l'œil et serrer les miches.
Seulement moi, tu me connais ?
C'est les poings que je serre et la porte de devant de mon bénard que j'ouvre.
En grand !
C'est bon pour la ventilation de mes aumônières.
— C’est l’un des jardiniers qui l’a trouvé dans la fosse à compost.
— Donc, quelqu’un l’a tué ? émets-je, sobrement et lapalissement.
— Exactement.
— Et l’on a des soupçons au sujet de son meurtrier ?
— On en a.
— Je le connais ? fais-je d’un ton badin.
— Robert Windsor.
— Le giton du prince ?
Elle corrige :
— L’ami du prince.
Moi j’en prends un pacsif gros commak dans la conscience. Par quel concours de circonstances l’Anglais a-t-il été impliqué dans cet assassinat ? Comment le favori, le minet cher à Soliman Draggor, s’est-il vu accuser du crime ? Je le jugeais intangible, l’Arabe semblant fou de lui.
— La chose paraît invraisemblable !
Elle murmure :
— Il faut se méfier des apparences. Sa Majesté a découvert que cet homme appartenait aux services secrets britanniques.
— Pas possible !
— Tout est toujours possible, l’ignorez-vous ?
Je ne trouve rien à rétroquer (dirait Béru). Dans un effort, je demande, en m’efforçant de donner quelque fermeté à ma voix mêlé-cassienne :
— Il a avoué l’assassinat du Chinois ?
— Je suppose.
— Vous n’en êtes pas certaine ?
— Sa Majesté l’a longuement questionné, en tête à tête.
J’imagine très bien l’interrogatoire. En comparaison, la « question », au Moyen Age, ressemblait à une partie de jeu de paume.
— Et qu’est devenu ce beau gosse ?
— Eh bien, le prince l’a renvoyé en Angleterre.
Si le détroit de Gibraltar est considéré comme étant britannique, dès lors, oui : Windsor doit se trouver en territoire anglais !
Elle fait brusquement :
— Je vous passe Sa Majesté.
Effectivement, l’organe velouté dudit caresse mes superbes trompes d’Eustache :
— Où êtes-vous, monsieur Tiarko ?
— Quelque part en Roumanie, Monseigneur. Pardonnez-moi de vous avoir fait réveiller. Mais avant toute chose, laissez-moi vous présenter mes sentiments respectueux.
— Du nouveau ?
— En surabondance, sire.
— C’est-à-dire ?
— Je ne sais trop par quel bout vous rendre compte de mes recherches.
Il a un hennissement d’étalon mis en présence d’une pouliche en chaleur.
— Commencez par la fin ; vous avez retrouvé le trésor Izmir ?
— Je ne l’ai pas en ma possession, mais je sais où il est.
Sa brève question claque comme… Un écrivaillon dirait : « comme un coup de fouet », mais tu penses bien que je me respecte trop pour me déshonorer avec un tel lieu commun ! Non, sa brève question claque comme une capote anglaise sur l’énorme bitoune de Béru.
— Où où où ? sirène-t-il.
— Vous le saurez en temps opportun, Majesté.
— Quehouhoi ? hurle le tyran, peu accoutumé à rencontrer ce genre d’obstruction chez ses terlocuteurs.
J’ai un rire calme, encore que sonore. Celui d’un honnête homme ayant accompli sa mission et qui entend savourer la satisfaction de la réussite. Puis je chope la converse au collet, bien décidé à ne plus m’en laisser conter :
— Écoutez, Soliman, j’en ai classe de vos coups bas et autres entourloupes. Travailler pour vous n’est pas une sinécure ! Non seulement il faut se crever le cul, mais en outre, on doit vaincre les pièges, embûches, traquenards et tueurs à gages dont vous égayez le parcours. Ouvrez en grand vos oreilles, Majesté de mes couilles ! Primo, les mauvaises nouvelles : Howard est mort, Gerda est morte, j’ai laissé Éloi dans un précoma qui ne me disait pas grand-chose, et cet ahuri de Blint était tellement sonné à la suite d’un traumatisme crânien qu’il ne pourrait même plus lire un livre d’images destiné aux moins de quatre ans.
Là, je respecte un temps mort pour lui donner celui d’assimiler cette nécrologie de masse.
Il émet un bruit bizarre, comme s’il grinçait des ratiches sous l’emprise de la rage.
— Je poursuis ! annoncé-je-t-il. Malgré les manœuvres polluantes exercées par vos pieds-plats, je suis arrivé à mes fins. Je sais qui s’est approprié le trésor personnel des Pahlavi ; j’ai, par conséquent, toutes les chances de remettre la main dessus. Seulement, pour y parvenir, je dois avoir les coudées franches. Si vous tentez quoi que ce soit pour me squeezer, vous ne verrez jamais vos putains de cailloux, cher Soliman. Réfléchissez : rien, vous m’entendez, rien ne m’obligeait à vous contacter cette nuit si j’avais décidé de faire cavalier seul. Malgré vos ignobles coups fourrés, je suis toujours décidé à jouer franc-jeu avec vous.
« Vous ne pouvez sûrement pas comprendre cette attitude, avec votre goût viscéral pour la traîtrise ; pourtant c’est ainsi. Dès que j’aurai le trésor en ma possession, je vous préviendrai, je vous le jure sur la tête de ma mère et, pour moi, ce serment est sacré. Je pense que ce sera l’affaire de quelques jours, pas davantage. Alors patientez ! Faites-vous chipolater la zigounette, bouffez du caviar, visionnez des films hard, mais ne cherchez plus à me fabriquer. Bientôt, je vous le dis, vous pourrez plonger vos sales pattes dans les diams, rubis, saphirs, émeraudes et autres pierres précieuses qui vous empêchent de dormir. Je suis votre unique chance de les retrouver. Commettez un écart, et vous l’aurez dans le fion ! A capito ? »
Ce nouveau bruit que je perçois dans l’écouteur, ce sont encore ses dents qui grincent, tu crois ? Dis donc, il va faire sauter ses plombages, s’il continue !
— J’attends votre réponse, Toto. Vous êtes d’accord pour interrompre les hostilités contre moi ?
Un moment passe.
Et puis sa voix mourante, déformée par la rage :
— D’accord, monsieur Tiarko !
30
JE LE TROUVE AMITIEUX, MATHIEU
Nous nous sommes installés à la terrasse. Il faisait un temps pour kermesse en plein air. Le village des Baux, perché sur sa falaise, paraissait être une découpe de la roche. Moment de félicité, si rare qu’il me faisait frissonner. M’man portait une robe légère, imprimée, dans les tons iris, avec des motifs verts. C’était la première fois que je lui voyais une toilette aussi pimpante. Elle paraissait dix ans de moins.
Je me suis mis à songer à son destin. Elle était jeune encore à la mort de papa, cette chérie. Elle n’aurait pas eu de mal à « refaire sa vie » comme on dit puis, chez nous, à Saint-Chef-en-Dauphiné, à retrouver un compagnon d’attelage. Seulement elle avait épousé mon dabe pour la durée de son existence à elle, et alors c’était inenvisageable, tu comprends ? N’en plus, j’aurais mal supporté qu’elle eût un second époux. D’autant que ç’aurait pu tomber sur un gusman pas franco du collier, gringrin, et qui loufe au lit.
— Pourquoi me regardes-tu ainsi, mon grand ?
— Parce que je t’aime.
Une expression d’indicible bonheur a éclairé son visage strié de fines rides grises.
— J’adore être ici, dit-elle.
— C’est bien pour cela que je t’y amène. Tu es d’ac’ qu’on prenne un petit gigot en croûte, ce soir ?
— Je raffole de l’agneau.
— Et moi de la croûte.
On nous a apporté deux grands cocktails de jus de fruits frappés ; dans l’après-midi, c’est mieux de ne pas s’alcooliser.
Sans cesser de tirer sur mon chalumeau, j’ai regardé la piscine proche. Des adolescentes y batifolaient en poussant des cris d’enfants riches. Un ballon aux côtes multicolores suffisait à les exciter ; elles n’avaient pas encore l’âge du chibre, mais ça n’allait pas tarder.
A l’autre extrémité du bassin, des pensionnaires offraient leur peau au soleil provençal. Parmi ceux-ci, j’ai retapissé Gheorghiu Tiarko (le vrai). Il s’était allongé à plat ventre, le menton posé dans le creux de ses mains. Il contemplait les jeunes filles en fleurs sans concupiscence, mais avec intérêt tout de même. C’était un type brun, légèrement plus grand que moi. Nous avions le même âge à trois mois près.