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Les eunuques ne sont jamais chauves

Электронная книга - «Les eunuques ne sont jamais chauves». Краткое содержание книги:

Le plus terrifiant bras de fer de ma carrière me met aux prises avec un tyran fou.
Il pleut des morts !
Partout le danger !
D'accord, je baise énormément pour pouvoir conserver le moral, n'empêche que je traverse une zone à hauts risques davantage semée d'embûches que la place de la Concorde.
Là où je vais, si tu veux revoir Paris, faut ouvrir l'œil et serrer les miches.
Seulement moi, tu me connais ?
C'est les poings que je serre et la porte de devant de mon bénard que j'ouvre.
En grand !
C'est bon pour la ventilation de mes aumônières.
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SOIS PAS BÉGUEULE, ISEULT

Moi, excepté un Davidoff « Number one », dans les cas d’exception, où je tire douze goulées avant de le transformer en mégot de milliardaire, je ne fume pas, ce qui me permet d’avoir la voix claire, les éponges transparentes et de ne faire chier personne lorsque je suis à table. Rien qui me déprime davantage que de claper en compagnie d’un gusman (voire d’une gerce) qui pétune pendant le repas. J’ai tout soudain l’impression d’être exclu et de partager cet instant de convivialité avec des gens étranges venus d’ailleurs.

Eh bien, magine-toi, Benoît, qu’à cet instant crucial, stupidement, j’ai un besoin physique d’allumer un barreau de chaise, en soufflant sur son bout incandescent pour qu’il prenne bien, et à me lancer dans la réalisation aléatoire de ronds de fumée. Paraîtrait-il que cet exercice est propice à la réflexion. Je me rattrape sur les peaux mortes cernant mes ongles. Les cisaillant de mes incisives et les crachant à petits pets buccaux.

Je me prends à témoin.

— Albert, me dis-je car j’adore ce prénom et me l’approprie à l’occasion, histoire de laisser le mien se reposer, Albert, tu t’es déjà trouvé plongé dans des fosses à purin encore plus nauséabondes que celle-là. Sois toi-même, garde ta confiance dans les valeurs sûres : ta maman, Dieu, la France. Il vaut mieux avoir une seule étoile, mais qui brille, plutôt que sept qui rouillent dans les geôles de l’île d’Yeu.

Cet auto-requinquement réalisé, je me décide, sachant que dans les circonstances glaireuses, tout est préférable à l’inaction.

Primo : dégauchir un véhicule et me casser d’ici dans les meilleurs délais. C’est alors que, tu sais quoi, Eloi ? J’avise, dans le frais morninge, une Renault Machin immatriculée en Suisse, canton de Neuchâtel avec l’écusson rouge, blanc, vert, agrémenté de la jolie croix helvète. La tire du peintre se trouve devant leur bungalow.

Je gage que tu commences à piger ?

Oui ? Magnifique !

Je savais que je ferais quelque chose de toi. Comme quoi faut jamais se laisser rebuter par l’air glandu de quelqu’un : tout individu a des ressources cachées.

Sachant la méticulosité des Suissagas, je cramponne d’ores et déjà l’ami sésame pour une petite violation de domicile (une auto étant considérée comme tel, et lorsqu’il s’agit d’une bagnole de la Confédération, on peut dire comme Guillaume Tell), ma stupeur est totale quand je m’aperçois que, non seulement elle n’est pas verrouillée, avec antivol branché et tout le bataclan illusoire, mais que la clé est sur le tableau de bord. Faut dire que son proprio est un artiste, partant, il a moins que ses compatriotes le sentiment de propriété.

Trois minutes plus tard, le gars Apollon-Jules est allongé sur la banquette arrière et ma valdingue se trouve dans le coffiot.

Un sentiment qui ressemble à une crise de conscience m’incite à aller voir où mon partenaire imposé en est. Ce gazier a le crâne en alliage dur car, figure-toi, qu’il paraît reprendre quelque peu ses esprits. Oh ! ce n’est pas encore la vivacité chiraquienne, n’en tout cas ses falots sont ouverts et il gémit en catiminette.

Je me penche sur lui :

— Hello, Blint, vous m’entendez ?

Il gazouille un charmant « areu areu » de bébé, ce qui le rajeunit considérablement.

— My dear, lui déclaré-je, remettez-vous tranquillement de ce début d’insolation, moi je suis obligé de reconduire le gamin chez ses parents. Quand vous téléphonerez au prince, dites-lui que mon départ n’est pas une démission, juste un temps de récupération, et que je vais poursuivre mes recherches car je suis un homme pugnace. A la revoyure, baby ! Prenez un maximum de repos et vous retrouverez ce brio qui fait votre charme.

Je pose un baiser maternel sur son front glacé et joue rip à guichets fermés.

Me voici totalement retrouvé : fringant de partout, avec déjà la zézette qui frétille.

Je roule aussi vite que le permettent les autorités. La partie est serrée. Le jeu consiste a passer la frontière hongroise avant que le « vol » de mon véhicule ait été signalé.

Il est six heures vingt. Je suppose que le barbouilleur ne doit pas être un lève-tôt, comme la plupart des artistes. Quoiqu’il est enfant d’une nation laborieuse où la vie commence bien avant celle des pays qui lui sont limitrophes.

Je suppute, le panard sur le champignon. Mettons qu’il se réveille à huit plombes. Chiottard, petit déje, ablutions. Ça nous mène à neuf. Il découvre alors la disparition de sa pompe. Dramuscule. Artiste, mais suisse, donc attaché aux valeurs. Ramdam, te dis-je. Alerte générale. Tu crois que la police roumaine va se crever le fion pour une tire étrangère ? A la rigueur préviendra les services routiers.

Non, je risquerais trop gros au franchissement de la frontière. Je vais manœuvrer autrement : prendre la route à travers les Carpates jusqu’à ce que je dégauchisse un autre mode locomotoire.

Je ne sais pourquoi, ces monts sombres me fascinent. Réminiscence de mes lectures de jeune homme, des films dits d’épouvante qui firent frémir ma jeunesse (morte à la fleur de l’âge). Depuis mon arrivée dans ce patelin, je rêve de m’enfoncer entre ces fûts, de me perdre dans le clair-obscur du sous-bois. C’est un appel, à tout le moins un instinct. Quelque force occulte (la force, on se la met où on peut) s’empare de moi, agit en mes lieu et place. Il me FAUT la forêt. Cette étendue d’arbres presque noirs, de monts couronnés de châteaux en ruine. C’est plus que littéraire comme besoin, je dirais qu’une voix subconsciente exige que je m’y rende. Alors je, que veux-tu.

La route n’est pas pavée de bonnes intentions, hélas ! Ornières, nids-de-poule (grands comme des aires d’aigle), pointes de roches intempestives, fondrières, tout le bigntz, quoi. Les embûches (de Noël) des randonneurs en rangs d’oignons. Je me cogne du soixante compteur. A cette allure, je ne suis pas près de quitter le pays !

Moi qui avais projeté une décarrade éclair, tu juges ? Ferais-je de l’instabilité mentale ? Patouillé-je du bulbe ? comme demandait l’autre jour M. Raymond Barre à l’infirmière qui vient le changer après son goûter de quatre heures. Toujours est-il, que veux-tu, Lulu…

Belle journée. Çà et là, un rai de soleil perce les frondaisons. J’ai baissé ma vitre pour déguster l’air salubre de la forêt et écouter les ramages et autres incongruités des zizes.

Il m’arrive, fort rarement, de croiser la Jeep déglinguée d’un forestier. Il me salue de la main. Je lui réponds.

Et puis soudain, dans mon dos, une voix à laquelle j’étais loin de penser : celle d’Apollon-Jules :

— Tonton Antoine ! J’ai envie de chier ! Le voilà réveillé après ces tribulations matinales qui n’ont pas altéré son sommeil.

— Facile, fais-je : t’as des hectares de gogues à ta disposition.

Je me range sur un talus et le môme se débagnole.

— Tu as du papier ? m’enquiers-je-t-il.

Il a une réponse qui en dit long comme la ligne Moscou-Vladivostok sur son hygiène de vie :

— Pour quoi faire ?

Le branlo-chieur s’est traîné le fion sur la mousse, ensuite nous sommes repartis. Bien réveillé, la boyasse à jour, il s’est mis à chialer la faim.

Moi, que veux-tu, dans la précipitance de l’événement, je n’ai pas songé à embarquer des vivres.

— Dès que nous trouverons une épicerie, je t’achèterai de la croque, éludé-je.

— Y en a bientôt une ?

— Encore quelques kilomètres.

Il rengracie, mécontent de mon organisation. C’est un authentique Bérurier : il ne conçoit pas qu’on puisse s’embarquer sans choucroute.

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