Le Dico des dictionnaires
- Автор: Pruvost Jean
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions JC Lattès
- ISBN: 978-2709635684
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
La cuisine s’assimile pour Alexandre Dumas et Pierre Larousse à la définition qu’en donne ce dernier : « La puissance souveraine du peuple. » Et en l’occurrence, selon la formule de Guizot, « le mot démocratie a des perspectives et des promesses infinies ». Parmi ces promesses, il y a notamment le fait que la cuisine permet à celui qui a du génie de faire fortune. L’article assaisonnement donne par exemple à Alexandre Dumas l’occasion de raconter comment M. d’Albignac, émigré à Londres et dans un état de pauvreté certain, se fit remarquer favorablement dans un restaurant, où les convives d’une table voisine s’approchèrent de lui ainsi : « Monsieur le Français, on dit que votre nation excelle dans l’art de faire la salade ; voudriez-vous nous favoriser et en accommoder une pour nous ? » Relevant avec succès cette sorte de défi, il fut dès lors demandé à toutes les bonnes tables anglaises pour assaisonner les salades. « Dans ce pays avide de nouveau, tout ce qu’il y avait de plus élégant […] se mourait pour une salade de la façon du gentleman français : I die for it, précise Alexandre Dumas dans la langue de Shakespeare, c’est l’expression consacrée. » Et, toujours prêt au bon mot, d’ajouter en séducteur incorrigible et peut-être même en connaisseur qu’il est : « Désir de nonne est un feu qui dévore, Désir d’Anglaise est cent fois pire encore. » Qu’importe la sauce pourvu qu’on en ait l’ivresse, la cuisine se révèle bien le lieu où l’on peut réussir par son talent en rendant heureux ceux pour qui l’on se dévoue : les Républicains Larousse et Dumas ne pouvaient que se réjouir qu’il y ait là un domaine démocratique où la réussite n’est pas affaire de noblesse de père en fils.
De fait, l’article encyclopédique que Pierre Larousse consacre à la cuisine prend délibérément la forme d’un hymne dédié au grand art de la cuisine, art démocratique par excellence. Mais, avant de chanter la cuisine sur l’air du suffrage universel, Pierre Larousse ne peut se retenir d’offrir au lecteur, sur le thème du cuisinier assimilé à un dieu vivant, quelques vers bien sentis du chansonnier et vaudevilliste Désaugiers. Ce dernier, que l’on surnommait l’Anacréon français, élève en effet sans barguigner le cuisinier au rang des ministres divins…
Pierre Larousse peut alors souligner que, quel que soit le lieu du culte gastronomique, prestigieux ou modeste, la cuisine est faite pour rassembler les hommes, et toujours pour le meilleur. « C’est qu’entre le spartiate au brouet noir et les aimables dîners servis au Rocher de Cancale se dresse un art, le seul peut-être qui soit apprécié à sa juste valeur par tout le monde à peu près, le grand art de la cuisine, qui mérite de marcher de pair avec la littérature, si l’on en croit ses plus fervents admirateurs. »
À Larousse de rappeler combien « cet art a ses disciples, il a eu ses poètes et à part les gens sans gaieté et sans estomac qui lui reprochent quelques indigestions, quelques apoplexies foudroyantes, il peut se flatter d’être, dans toute la force du terme, l’élu du suffrage universel, le seul souverain qu’on ne songe point à renverser, même parmi les membres de la société de tempérance ». La gastronomie est aux yeux des deux compères, Larousse et Dumas, républicaine. Ils sont convaincus du caractère égalitaire de la cuisine. Ainsi, dès qu’il présente les gâteaux, Pierre Larousse insiste quant au statut démocratique du gâteau : celui-ci « n’appartient pas seulement à notre civilisation luxueuse et délicate de gourmets et de dilettantes ; il est connu depuis un temps immémorial et dans les campagnes, mêmes les plus pauvres ».
Quant à la digestion, bienvenue pour conclure le chapitre dévolu à la lettre D, on en sourira, elle fait partie des sujets qu’on traitera sans humeur et avec humour. Et Larousse d’offrir à cet égard quelques vers plaisants :
E
E muet final. Voltaire prétend qu’il se prononce dans la déclamation et dans le chant comme la prétendue diphtongue eu, et que l’on dit gloireu et victoireu, comme glorieux et victorieux.