Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Le Dico des dictionnaires - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
1 ... 28 29 30 31 32 33 34 35 36 ... 126
Перейти на страницу:

« Fontenelle aimait beaucoup les asperges, déclare-t-il, surtout accommodées à l’huile ; l’abbé Terrasson, qui au contraire aimait les manger au beurre, étant venu un jour lui demander à dîner, Fontenelle lui dit qu’il lui faisait un grand sacrifice en lui cédant la moitié de son plat d’asperges, et ordonna qu’on mît cette moitié au beurre. Peu de temps avant de se mettre à table, l’abbé se trouva mal et tomba bientôt en apoplexie. Fontenelle alors se lève précipitamment, court vers la cuisine et crie : “Tout à l’huile, maintenant [que Terrasson est terrassé], tout à l’huile !” »

Citations et anecdotes au rendez-vous

Quelle citation est par exemple appelée pour définir le cuisinier ? Pierre Larousse, non sans complaisance, donne d’emblée la parole à La Mothe de Vayer pour lui arracher quelques proportions plaisantes : « Un bon cuisinier se vendait à Rome quatre talents, somme avec laquelle on eût acheté une douzaine de grammairiens et de philosophes »… Primum vivere, deinde philosophari !

Quant à l’article consacré aux dictionnaires, et notamment à celui de l’Académie, Larousse ne peut se retenir de reprendre l’anecdote « savoureuse » qui se rattache à la définition de l’écrevisse. Avec une feinte délicatesse, l’auteur du Grand Dictionnaire universel rappelle d’abord que la proposition malheureuse prêtée à un Académicien ayant suggéré de définir le crustacé comme un « petit poisson rouge qui marche à reculons » est sans doute due à la médisance d’un mauvais plaisant. « Un autre Académicien aurait fait observer que l’écrevisse n’est pas un poisson, que cet animal n’est rouge que lorsqu’il est cuit et qu’il ne marche pas à reculons ; mais à cela près, la définition était parfaitement exacte ! »

Ensuite, que la cuisine vienne au secours des observateurs de la langue, et donc des lexicographes, tel est bien le constat amusant énoncé par Larousse dans le récit qu’il fait d’un débat lancé à propos des formules « de suite » et « tout de suite », au sein du bureau de l’Académie. Celui-ci se trouvait en effet en pleine activité définitoire sur la distinction entre les deux formules, « par une chaleur sénégalienne », précise Larousse. « Des avis différents partageaient la commission : … chacun y parlait haut, Et c’était justement la cour du roi Pétaud. » « Messieurs, s’écria Boisrobert, je propose une motion. La journée est superbe, nous passons notre temps à disputer comme des moines de la séance ; allons manger une douzaine d’huîtres aux Vendanges de Bourgogne ; nous traiterons la question au dessert. — Bien dit, répond Chapelain ; les huîtres éclaircissent les idées. Partons tout de suite. — C’est cela dit Patru, de suite. » Et il ouvre la marche. Boisrobert, l’orateur ordinaire de la troupe, s’adresse alors à l’écaillère en ces termes : « “Veuillez, lui dit-il, nous ouvrir de suite six douzaines d’huîtres. — Oui, ajoute Conrard, et servez-les-nous tout de suite. — Mais, messieurs, répond l’écaillère, si vous voulez que j’ouvre vos huîtres de suite, il m’est impossible de vous servir tout de suite.” Ce fut un trait de lumière pour nos Académiciens. Le problème était résolu, et par qui ? par une écaillère. »

Le Grand Dictionnaire universel, un dictionnaire de cuisine ?

Il ne faut pas en être étonné, Pierre Larousse en digne fils d’aubergiste ajoute à maints articles portant sur un produit de la nature la mention « art culinaire », une rubrique qui en vérité donne au Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle l’aspect d’un dictionnaire gigogne, à la manière d’un grand dictionnaire abritant plusieurs petits dictionnaires, et notamment ici un dictionnaire de cuisine. Ainsi, pour l’article aubergine, Larousse propose-t-il de véritables recettes, les aubergines farcies, les aubergines frites, les aubergines grillées qui font l’objet de tous les soins du lexicographe-gastronome. Ce dernier conclut en précisant que « l’aubergine qui est un des mets favoris des Méridionaux doit son principal prix à la préparation, et c’est de ce légume surtout que l’on peut dire que la sauce vaut mieux que le poisson ».

Même processus pour l’artichaut, qui, dixit Larousse, « figure avec avantage sur nos tables et offre une ressource précieuse pour l’alimentation. On le prépare de différentes manières ; voici les principales : Artichauts à la sauce blanche, artichauts à la barigoule, artichauts frits, artichauts à la poivrade, artichauts à la provençale ». Le beurre fait forcément aussi l’objet d’une rubrique « art culinaire » avec en l’occurrence le beurre noir, le beurre d’anchois, le beurre d’ail, le beurre d’écrevisse, le beurre de homard, qui doit être d’une belle couleur rouge. Il n’est pas question, comme on le constate, du beurre de bernard-l’ermite…

Si l’on mettait bout à bout toutes les rubriques consacrées à l’art culinaire, on disposerait d’un dictionnaire de cuisine qui serait de même taille environ que celui proposé par Alexandre Dumas, c’est aussi en ce sens que les deux œuvres, malgré leur nature et leur taille très différentes, sont néanmoins susceptibles d’une comparaison éclairante.

De son côté, Alexandre Dumas offre des articles dont la définition est parfois digne d’une anthologie de la description animale. Quelle définition offre-t-il par exemple du « céphalopode » ? « Figurez-vous un sac musculeux, épais, mollasse, visqueux, sphérique chez les uns, cylindrique ou en fuseau chez les autres et de couleurs changeantes comme le caméléon. Renfermez-y des organes de respiration aquatique, un appareil circulatoire, un tube digestif, y compris un estomac comparable au gésier des oiseaux. Surmontez ce sac d’une tête ronde, munie de deux gros yeux situés latéralement, entre lesquels débouchera un petit tube représentant non pas un nez, mais l’anus au milieu du visage […]. Enfin, tout autour de cette bouche, implantez une couronne d’appendices charnus, souples, vigoureux, rétractiles, quelquefois beaucoup plus longs que le corps et le plus souvent armés à leur face externe de deux rangs de ventouses. Vous avez une idée approximative des céphalopodes, ainsi nommés depuis Cuvier, parce qu’ils ont les pieds sur la tête. » On est en l’occurrence très proche de l’art du portrait tel qu’il s’exerçait au début du XVIIe siècle dans les salons des Précieuses et Précieux. Alexandre Dumas reprend bel et bien, avec délectation, le rôle de l’animateur du jeu de conversation s’attachant à faire deviner au public la personne — ici un animal — que l’on se devait de dépeindre avec esprit, sans en citer le nom.

Si Alexandre Dumas peut ainsi se libérer des contraintes lexicographiques traditionnelles, il peut aussi se montrer très classique. Par exemple pour l’ablette : « Petit poisson de rivière et de lac, plat et mince, long de trois à six pouces, couvert d’écailles qui servent à donner aux fausses perles l’éclat des véritables : sa chair est molle et fade et ne se mange que frite comme celle du goujon dont elle est loin d’atteindre la saveur. » En définitive, pour une fois, la définition d’Alexandre Dumas est plus fine que celle de Pierre Larousse qui y ajoute une connotation très française : « Petit poisson d’eau douce, commun surtout dans la Seine, et remarquable par la couleur argentée de ses écailles. » On remarque au passage que Pierre Larousse, se distinguant ainsi d’Émile Littré, cite un écrivain contemporain dont il apprécie l’œuvre romanesque. Une citation ensoleillée de George Sand illustre en effet la définition de l’hôte privilégié de la Seine : « Des myriades d’ABLETTES argentées s’ébattaient au soleil dans les petits lacs creusés sur le sable de la rive par le pied des bœufs. »

1 ... 28 29 30 31 32 33 34 35 36 ... 126
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)