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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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Hélas, pareille prolixité attire la jalousie : à part Victor Hugo, la plupart des grands écrivains sont méprisants à leur égard. Même incompréhension et mépris dédaigneux devant telle fécondité. À l’Académie, Balzac et Dumas ne seront pas élus, parce que, déclare l’épouse du célèbre publiciste Émile Girardin, « la consigne est la même qu’au jardin des Tuileries : on ne laisse point passer ceux qui ont de trop gros paquets ». « Énorme compilation », déclare avec mépris Marcellin Berthelot à propos du dictionnaire de Pierre Larousse, au moment où lui-même entreprend sa Grande Encyclopédie… qui sera finalement diffusée par la maison Larousse !

Un même succès posthume

L’estime des intellectuels viendra à titre posthume pour Alexandre Dumas comme pour Pierre Larousse. Installés solidement dans la mémoire du peuple au-delà du siècle qui les a vus naître, objets d’une certaine condescendance bienveillante et amusée de la part de l’intelligentsia pendant longtemps, ils connaissent de fait un regain d’intérêt certain dans le dernier tiers du XXe siècle. Peu à peu, ils quittent le statut dans lequel on les avait cantonnés, celui de « figures » étonnantes, de « tempéraments » exceptionnels qu’on se complaisait à présenter dans leur énormité, pour enfin être pris au sérieux dans la qualité même de l’œuvre léguée à la postérité.

Le 30 novembre 2002, voilà Alexandre Dumas entrant au Panthéon, avec un discours du président d’alors, Jacques Chirac, l’assimilant à un bâtisseur de « notre identité nationale ». Il n’y a pas longtemps non plus que de son côté Pierre Larousse échappe à l’image d’un géant dont l’œuvre serait plus anecdotique que profonde. Cette résurrection a d’abord été amorcée grâce à André Rétif, archiviste de la Librairie Larousse, auteur d’un ouvrage publié en 1975, aujourd’hui épuisé, Pierre Larousse et son œuvre. Elle se confirme avec le volumineux ouvrage collectif édité chez Larousse, Pierre Larousse et son temps, sous la direction de Jean-Yves Mollier et de Pascal Ory, publié en 1995. Enfin, et en constante ligne de fond, l’Association Pierre Larousse avec, d’une part, le colloque Du Grand Dictionnaire au Petit Larousse des 26–27 mai 2000 dont les Acte ont paru chez Champion, et avec, d’autre part, un nouveau colloque en 2003, offre à Pierre Larousse le prestige scientifique qu’il mérite. La parution sous la forme d’un dévédérom du Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, d’abord chez Champion en 2000 puis chez Redon en 2002, dont j’ai fait une longue préface, confirme, s’il en était besoin, la pleine reconnaissance de l’œuvre du lexicographe bourguignon. Christophe Claro, en publiant en 1993 chez Arléa, dans la collection « Retour aux grands textes », la préface Du Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, ne se trompait assurément pas en affirmant qu’« il n’est pas impossible que le véritable enfant de Pierre-Athanase Larousse, celui qui coûta chacune de ses heures et sans doute même la vie, soit à ranger au Panthéon des chefs-d’œuvre de son siècle ».

Ainsi Larousse glorifié et Dumas panthéonisé, en franchissant le seuil du XXIe siècle avec tous les honneurs, ont démenti leurs détracteurs passés, ils font même partie de l’avenir qui se construit.

L’œuvre à dévorer

On a aussi édité […] le Grand Dictionnaire de cuisine (1872, in 8°). « Je veux, disait-il souvent, clore mon œuvre littéraire de cinq cents volumes par un livre de cuisine. » On connaît les prétentions justifiées d’ailleurs du romancier d’exceller dans l’art illustré par Carème, ses romans, ses Impressions de voyage, ses Mémoires surtout foisonnent d’anecdotes et de hauts faits culinaires sur ce qu’il savait faire, la casserole à la main.

Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, Supplément (1878), rédigé par les successeurs de Pierre Larousse.

« Je veux clore mon œuvre littéraire de cinq cents volumes par un livre de cuisine », déclare Dumas dix ans avant la réalisation du dictionnaire comme s’il souhaitait se retirer en livrant un monument qui échappe à la fiction. Au soir de sa vie, Alexandre Dumas, « pansu, rubicond, épuisé par une existence de travail et de plaisirs », fait en somme preuve, comme le déclare Sébastien Lapaque, dans un article consacré à « Alexandre le bienheureux » (Le Figaro hors série, 2002), d’un « ultime appétit », celui d’« une vie de dépense qui n’en négligea aucun ».

Quant à Larousse, qui écrivit quelques pièces de théâtre pour enfants, ce que l’on ne sait guère, qui se définissait au reste comme un « littérateur », sa dimension de bon vivant se manifeste notamment et justement dans la cuisine dont il est un ardent défenseur et consommateur… Le Grand Dictionnaire se révèle en effet, pour qui le lit dans le détail, abondant en recettes et en conseils d’ordre gastronomique. En somme le dictionnaire réunit, rapproche encore plus concrètement les deux hommes : le truculent Dumas y est touché par la rigueur lexicographique, et le sérieux Larousse y manifeste avec bonheur sa gourmandise.

Le Grand Dictionnaire de cuisine

L’ouvrage, dont l’exécution typographique est irréprochable, a formé un gros volume de 1 200 pages, c’est en même temps un manuel pratique pour toutes les tables et un recueil de faits et anecdotes et de souvenirs de voyages, où Alexandre Dumas a prodigué sa bonne humeur naturelle.

Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, Supplément (1878)

C’est en 1858 qu’Alexandre Dumas commence à évoquer le projet, convaincu écrit-il alors que ce serait « l’oreiller de sa vieillesse ». Ce sera sa dernière œuvre, le dictionnaire sera même comme le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse publié à titre posthume. Pas moins de 3 000 recettes y sont proposées, de manière à la fois plaisante et érudite. De fait, Dumas n’en est pas à son coup d’essai en matière d’articles culinaires puisqu’il avait collaboré à l’Almanach des gourmands de Charles Monselet, fondé par Grimod de la Reynière, gastronome et initiateur de la presse gastronomique. Alexandre Dumas clamait alors sa vocation : « Il n’est pas, chers lecteurs, que vous ne sachiez que j’ai des prétentions à la littérature, mais qu’elles ne sont rien auprès de mes prétentions à la cuisine ! » Et de déclarer à qui voulait l’entendre : « Mon goût pour la cuisine, comme celui de la poésie, me vient du ciel. »

C’est donc seulement à soixante-sept ans que Dumas écrit son dictionnaire de la cuisine, quelque peu empâté par les excès de table, mais avec une parfaite lucidité et une mémoire que ses contemporains disaient prodigieuse. Heureusement ! Car au moment de rédiger les premiers feuillets, voilà qu’il ne retrouve plus ses notes, sans doute perdues dans l’un de ses innombrables déménagements. Il lui faut alors faire appel à sa mémoire et comme il le fait dans ses romans mêler dans son dictionnaire le souvenir précis à la fantaisie et l’anecdote. À la manière de Larousse, qui distille à la fois l’information objective et quelques anecdotes marquantes, de préférence bourguignonnes.

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