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La nurse anglaise

Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:

Sir David Bentham, lord et pair d'Angleterre, compte parmi les individus les plus petits du Royaume-Uni puisque, à vingt-huit ans, il ne mesure que 104 centimètres. En revanche, la nature a doté ce gentleman d'un attribut viril d'une taille et d'une puissance phénoménales dont il use sans répit. Le nanisme de sir David, joint à la richesse familiale, le dispense d'exercer une profession. Alors, comme il déteste l'oisiveté, pour passer le temps, il tue les gens…
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Il abandonna sa posture allongée pour s’asseoir en face d’elle.

— Je ne vous ai pas entendue, fit-il pour s’excuser. Vous avez du nouveau ?

Victoria acquiesça.

— Je n’ai eu aucun mal à le suivre car il a pris l’underground[5]. Il semblait mal à son aise et gardait la tête dans le col de son manteau de pluie… Une fois descendus, nous avons marché jusqu’à Great Russel Street. Il avançait rapidement. Très vite, il est parvenu au Y.M.C.A[6], qui se trouve dans cette rue et y est entré. Sans hésiter, j’en ai fait autant. Personne n’a pris garde à moi, à cause du va-et-vient qui existe dans l’immeuble. J’ai suivi votre homme jusqu’au quatrième où il dispose d’une chambre au bout d’un couloir. Je ne sais quelle détermination me poussait ; quand il a eu ouvert, je me suis précipitée avec lui dans la pièce en lui disant : « Il faut absolument que je vous parle. » Cela n’a pas semblé le surprendre. Il a refermé la porte puis m’a jeté un regard de chien battu. On aurait dit un médium en transe. Il a tiré de sa poche des moitiés de billets de banque et me les a tendus. J’ai aussitôt compris que vous les lui aviez donnés, aussi les ai-je pris.

Le nain faillit faire une objection mais, d’un geste, elle le pria d’attendre.

— Je n’avais qu’une idée : récupérer la fléchette. Ce garçon avait l’air si désemparé que je la lui ai tout bonnement réclamée, et il me l’a remise sans la moindre réticence.

— C’est un pauvre type, fit dédaigneusement David. Ensuite ?

Un sourire délicat naquit sur la bouche mutine de la nurse.

— Devant son état d’hébétude, j’ai voulu vérifier quelque chose, sir.

— C’est-à-dire ?

— Je me suis demandé si ces dards pouvaient être réutilisés avec succès, c’est pourquoi je l’ai planté sur le dos de sa main, quelques centimètres au-dessous de l’annulaire, là où nos veines montent à la surface. J’ai le plaisir de vous informer que le résultat a été immédiat.

— Quoi ? glapit le nain, vous voulez dire qu’il est…

— Rigoureusement, sir, avec une instantanéité qui lui a permis de conserver sa dignité.

Médusé par la froide détermination dont elle venait de faire preuve le cadet de lord Bentham serra son visage contre le pubis de Victoria. En lui s’élevait un hymne à la vie. La jeune femme constituait son garde-fou. Elle le protégeait des perfidies de l’existence et, surtout, de lui-même. Quelque part, elle remplaçait la mère dont il avait toujours eu besoin et qu’il n’avait jamais vraiment connue, car la duchesse n’admit jamais son nanisme. Il ne savait de la prime enfance que les jupons de Mrs. Macheprow, ce personnage qui l’avait élevé en le méprisant. Mrs. Macheprow, source de toutes ses haines.

En fille pratique, Victoria alla chercher un rouleau adhésif dans un tiroir du bureau et demanda à David d’amener l’autre partie de la liasse déchirée afin de recoller les billets.

33

Ils n’eurent pas la patience d’attendre le lendemain pour aller chercher la bobine chez Hamsun. Vers huit heures du soir, le nain appela son « protégé » sous le prétexte qu’il était seul et avait du vague à l’âme. Le gentil Norvégien consentit à venir boire un verre chez son protecteur auquel il ne pouvait rien refuser.

Sitôt que la nurse le vit déboucher dans Charles Street, elle prit le chemin de sa garçonnière.

En y pénétrant, elle reconnut le parfum de lady Mary aux fragrances nostalgiques et celui, plus âcre, de l’amour ardemment pratiqué. Le jeune amant s’était bien gardé d’aérer la chambre et de refaire le lit, désireux qu’il était de conserver dans sa provisoire solitude un peu de l‘enchantement vécu.

Victoria se précipita sur l’appareil, la gorge nouée par l’anxiété. Fébrilement, elle consulta la minuscule lucarne pratiquée dans la carène et son bonheur fut au zénith en constatant que la pellicule avait tourné jusqu’au chiffre 36.

Avec des précautions de démineur, elle rembobina le rouleau et s’en saisit. Après quoi elle le remplaça par un neuf. Rarement elle s’était trouvée dans un pareil état d’exaltation. Avant de partir, elle rouvrit la porte pour s’assurer qu’elle n’avait pas laissé de lumières derrière elle.

Elle connaissait, dans le quartier de Piccadilly, une boutique où l’on développait les photos jusqu’à une heure avancée de la soirée. Elle confia sa pellicule à un petit être blafard, à lunettes cerclées de fer, dont l’expression désabusée dérangeait.

Le garçon disparut derrière un rideau coulissant et ses appareils se mirent à produire des bruits robotiques. Pendant qu’il s’activait, la nurse regarda les nombreux portraits tapissant les murs du magasin. Elle jugea affligeante l’humanité étalée là. Plus ces gens prenaient des poses, des mines pour essayer d’exprimer la joie et de « stimuler » leur personnalité, plus elle les trouvait pitoyables.

Le temps lui parut interminable. Enfin l’espèce de laborantin surgit, ses épreuves brillantes à la main. Son regard était devenu aussi pointu que son nez.

— Sans être bégueule, j’aime pas beaucoup ce genre de boulot, fit-il, c’est un truc à se faire emballer par la police !

Blême de honte, Victoria ramassa la pochette et déposa un billet de dix livres sur le comptoir. Elle avait l’intention de laisser la monnaie, mais le type aux lunettes la rappela d’un très sec : « Hé ! Vous oubliez ça ! » qui la fit renoncer à ses largesses.

Une fois à l’abri de sa voiture, elle actionna le plafonnier et sortit les photos. A la vue de la première, elle, se mit à rougir. Le cliché représentait la sévère marquise Bentham en train de chevaucher à l’envers son jeune amant. Le Norvégien se tenait allongé, nu, le sexe dressé, et sa maîtresse, les jupes retroussées, s’empalait sur son membre qui se révélait de belle dimension. Lady Mary avait le visage chaviré par l’intensité de son plaisir ; la bouche entrouverte, le regard clos, elle se laissait gagner par la pâmoison.

La nurse, peu habituée aux images pornographiques, contemplait celle-ci avec une sorte de stupeur mêlée d’effroi. Voir en posture pareillement licencieuse une femme de la noblesse, connue jusqu’alors comme une personne guindée, la plongeait dans un indicible effarement.

L’image suivante était ratée, en ce sens que les amants ne se trouvaient pas dans le champ. Il en fut de même pour nombre des suivantes. Et puis elle retrouva le couple en action.

Cette fois-ci, ils se présentaient entièrement dénudés. C’était au tour de Mary Bentham d’être couchée ; Olav avait la tête entre ses cuisses. Sa partenaire se mordait la main pour, vraisemblablement, retenir des cris de jouissance.

Les photos qui succédaient donnaient de leurs étreintes une relation plus classique, les montrant ventre à ventre, dans une furia libératrice.

Victoria parcourut le reste des images avec beaucoup moins d’intérêt car elles lui semblèrent plus « tièdes ». Mais son tableau de chasse la ravissait. C’est dans un grand état d’ébullition qu’elle regagna leur domicile.

Le Scandinave s’y trouvait toujours ; à ses oreilles rouges et à son regard brillant, elle comprit que sir David l’avait fait boire. Certes, l’anglais n’était pas sa langue maternelle, mais d’ordinaire il ne butait pas sur chaque mot. Elle le salua gentiment et, sans rien dire, tendit la pochette contenant les photos au nain. Ce dernier la prit négligemment.

— Vous permettez ? demanda-t-il à son visiteur.

Il se mit à compulser les images, posément, sans marquer la moindre réaction. Victoria admira sa maîtrise de soi. Quand il eut terminé son examen, il les replaça dans leur enveloppe, laissant cette dernière entre leurs coupes de Champagne. Au silence que conservait son hôte, Hamsun, malgré son début d’ivresse, comprit qu’il ne devait plus s’attarder. Il bredouilla des remerciements et se leva. Ce fut la nurse qui le reconduisit.

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5

Métro londonien.

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6

Foyer réservé à des étudiants internationaux.

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