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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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— Libre à lui de le faire. Mais vous allez retourner tout de suite à son chevet et l’informer que je ne lui permets absolument pas de mourir.

— Si tel est le bon plaisir de Votre Grâce. » Pycelle s’inclina avec raideur.

Il survint de nouveaux pétitionnaires, et puis d’autres et encore d’autres, chacun plus assommant que le précédent. Et, ce soir-là, quand le dernier d’entre eux eut fini par se retirer et qu’elle était en train d’avaler un souper tout simple en compagnie de son fils, elle lui dit soudain : « Tommen, lorsque tu fais tes prières avant de te coucher, ne manque pas d’exprimer à la Mère et au Père ta reconnaissance d’être encore un enfant. Régner est une rude besogne. Je te le garantis, tu n’aimeras pas beaucoup ça. Les gens te dévorent à coups de bec comme des corbeaux meurtriers. Tout le monde veut une lichette de ta chair.

— Oui, Mère », lui répondit Tommen d’un ton tristounet. La petite reine lui avait parlé de ser Loras, se souvint-elle. D’après ser Osmund, il avait fondu en larmes. Il est jeune. Quand il aura l’âge de Joff, il ne se rappellera même pas à quoi ressemblait Loras. « Mais ça me serait égal, les coups de bec, poursuivit-il. Je devrais quand même vous accompagner tous les jours à la Cour, afin d’écouter. Margaery dit…

— … beaucoup trop de choses ! jappa Cersei. Je lui ferais volontiers arracher la langue pour un demi-sol.

— Ne dites pas ça, vous ! » cria subitement Tommen, sa petite bouille ronde virant au rouge. « Laissez sa langue tranquille. Ne la touchez pas ! C’est moi, le roi, pas vous. »

Elle le dévisagea, suffoquée. « Qu’est-ce que tu as dit ?

— C’est moi qui suis le roi. C’est à moi qu’il appartient de dire qui mérite d’avoir la langue arrachée, pas à vous. Je ne tolérerai pas que vous fassiez du mal à Margaery. Je ne le tolérerai pas. Je vous l’interdis. »

Elle le saisit par l’oreille et, malgré ses piaulements, le traîna vers la porte devant laquelle ser Boros Blount se trouvait chargé de monter la garde. « Ser Boros, Sa Majesté Tommen vient d’oublier ce qu’il doit à sa dignité. Reconduisez-le gentiment à sa chambre à coucher et faites-y monter Pat. Cette fois-ci, je veux qu’il le fouette lui-même. Il devra continuer jusqu’à ce que les deux fesses du garçon soient en sang. Si Sa Majesté refuse ou émet un seul mot de protestation, convoquez Qyburn et ordonnez-lui d’arracher la langue à Pat, de sorte que Sa Majesté puisse apprendre ce que coûte l’insolence.

— A vos ordres, bougonna ser Boros, tout en jetant un coup d’œil embarrassé du côté du roi. Sire, veuillez avoir l’obligeance de m’accompagner. »

Cependant que la nuit tombait sur le Donjon Rouge, Jocelyn fit une flambée dans la cheminée de la reine tandis que Dorcas allumait les chandelles au chevet du lit. Cersei ouvrit la fenêtre pour prendre un peu d’air, et elle constata que les nuages s’étaient de nouveau amoncelés et masquaient les étoiles. « Que cette nuit est noire, Votre Grâce ! » murmura Dorcas.

Mouais, songea la reine, mais pas aussi noire que dans la Crypte-aux-Vierges ou sur Peyredragon, où Loras Tyrell gît sanglant et brûlé, ou bien encore tout au fond des cellules aveugles sous le Donjon Rouge. Elle ne comprit pas pourquoi cette dernière idée lui avait traversé l’esprit. Elle s’était résolue à ne plus repenser à Falyse. Un combat singulier. Falyse aurait dû se montrer assez perspicace pour ne pas épouser un pareil imbécile. De Castelfoyer était arrivée la nouvelle que lady Tanda était morte d’un refroidissement de poitrine consécutif à la fracture de sa hanche. Lollys la Simplette avait été solennellement accoutrée du titre de lady Castelfoyer, avec son ser Bronn pour seigneur et maître. Tanda morte et Gyles en train de mourir. Heureusement que nous avons Lunarion, sans quoi la Cour serait entièrement privée de bouffons. La reine sourit en s’allongeant, la tête sur l’oreiller. Quand j’ai embrassé cette chère Margaery sur la joue, j’ai pu savourer le goût de ses larmes.

Elle fit un rêve ancien, dans lequel figuraient trois fillettes en manteau brun, une sorcière aux fanons flasques, et une tente qui puait la mort.

La tente de la sorcière était sombre et surmontée d’un grand toit pointu. Cersei Lannister n’avait pas plus envie d’y pénétrer maintenant que lorsqu’elle était seulement âgée de dix ans, mais ses deux compagnes ne la lâchaient pas de l’œil, de sorte qu’il lui était impossible de se dérober. Elles étaient trois dans le rêve, comme elles l’avaient été dans la réalité vécue. La grosse Jeyne Farman traînassait en arrière, ainsi qu’elle le faisait toujours. C’était même miraculeux qu’elle soit venue jusque-là. Melara Cuillêtre était plus audacieuse, plus âgée et plus jolie dans son genre, l’espèce de genre à taches de rousseur. Emmitouflées dans des pèlerines de grosse bure dont elles avaient rabattu les capuchons, toutes les trois s’étaient esquivées de leur lit pour aller en tapinois consulter la sorcière en traversant les lices de tournoi. Melara avait entendu les servantes chuchoter que l’horrible vieille était capable de frapper les gens de malédiction, de les faire tomber amoureux, d’évoquer les démons et de prédire l’avenir.

Dans la réalité vécue, la tête leur tournait, le souffle leur manquait, elles se chuchotaient des trucs pendant le trajet, et elles étaient aussi excitées qu’apeurées. Le rêve était différent. Dans le rêve, les pavillons étaient plongés dans l’ombre, et les chevaliers et serviteurs qu’elles croisaient étaient faits de brouillard. Elles erraient longuement avant de trouver la tente de la sorcière. Lorsqu’elles y parvenaient enfin, toutes les torches étaient sur le point de s’éteindre. Cersei regardait les deux autres se recroqueviller en échangeant tout bas des cachotteries. Rebroussez chemin, tentait-elle de leur dire. Allez-vous-en. Il n’y a rien pour vous ici. Mais ses lèvres avaient beau bouger, pas un mot n’en sortait.

La fille de lord Tywin fut la première à franchir la portière, suivie de près par Melara. Jeyne Farman entra la dernière, tout en tâchant de rester planquée derrière ses amies, comme elle le faisait invariablement.

L’intérieur de la tente était plein d’odeurs. Cannelle et muscade. Poivres, et tant rouge et noir que blanc. Lait d’amande et oignons. Clous de girofle et citronnelle et safran précieux, sans compter des épices plus étranges et plus rares encore. L’unique lumière émanait d’un brasero de fer forgé en forme de tête de basilic, et c’était une lumière d’un vert lugubre qui donnait aux parois de la tente un air froid, mort et putréfié. Est-ce que ç’avait été comme ça dans la réalité vécue ? Il semblait à Cersei qu’elle n’arrivait pas à s’en souvenir.

La sorcière était en train de dormir dans le rêve, comme elle l’avait été jadis dans la réalité. Laissez-la tranquille ! voulait crier la reine. Petites folles que vous êtes, ne réveillez jamais une sorcière endormie ! Faute de langue, tout ce qu’elle pouvait faire était regarder la gamine se débarrasser de son manteau, donner des coups de pied dans le lit de la sorcière et commander « Réveillez-vous, nous voulons nous faire prédire nos avenirs. »

Quand Maggy la Grenouille ouvrit les yeux, Jeyne Farman poussa un couinement d’effroi et s’enfuit de la tente, retournant se plonger tête baissée dans la nuit. Rondouillarde stupide timide petite Jeyne, le teint terreux, grosse et crevant de trouille devant chaque ombre. Mais c’était elle, la sage du lot. Jeyne était toujours vivante, à Belle Ile. Elle avait épousé l’un des bannerets du seigneur son frère et mis bas une douzaine de moutards.

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