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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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L’individu se révéla être originaire de Tyrosh ; courtaud, trapu et suant, il affichait un sourire onctueux qui lui rappela Varys et une barbe teinte en vert et rose. Cersei le prit en grippe à première vue, mais elle était toute prête à lui passer ses tares si le coffret qu’il portait recelait véritablement la tête de Tyrion. Le bois de cèdre en était marqueté d’ivoire formant un motif de pampres et de fleurs, et ses charnières et fermoirs étaient en or blanc. Bref, une chose exquise, mais la reine ne prêta d’intérêt qu’à ce qu’il pouvait bien contenir. Il est assez grand, du moins. Tyrion avait une tête grotesquement énorme, pour quelqu’un de si malingre et de si petit.

« Votre Grâce, murmura le Tyroshi en s’inclinant bien bas, je constate que vous êtes aussi adorable que dans les contes. Même au-delà du détroit, nous avons entendu parler de votre splendeur insigne et du chagrin qui déchire votre noble cœur. Nul être au monde n’est capable de vous rendre votre brave jouvenceau de fils, mais mon espoir est de pouvoir au moins vous offrir de quoi adoucir votre peine. » Il posa sa main sur le coffret. « Je vous apporte la justice. Je vous apporte la tête de votre valonqar. »

L’antique terme valyrien donna des sueurs froides à la reine, mais également un picotement d’espoir. « Le Lutin n’est plus mon frère, s’il le fut jamais, déclara-t-elle. Et je ne veux plus prononcer son nom. C’était un nom dont on se glorifia jadis avant qu’il ne le déshonore.

— A Tyrosh, nous l’appelons Mains rouges, en raison du sang qui ruisselle de ses doigts. Le sang d’un roi, le sang d’un père. Certains affirment qu’il fut aussi l’assassin de sa mère en s’arrachant de ses entrailles à coups de griffes impitoyables. »

Quelle absurdité, songea Cersei. « C’est vrai, dit-elle. Si la tête du Lutin se trouve dans ce coffret, je vous élèverai à la dignité de lord et vous accorderai de riches terres et des places fortes. » Les titres coûtaient moins cher que de la crotte, et le Conflans foisonnait de castels dont les ruines désolées se dressaient au milieu de champs en friche et de villages incendiés. « Ma Cour attend. Ouvrez la boîte et voyons cela. »

Le Tyroshi souleva le couvercle d’un geste théâtral et se recula, tout sourires. A l’intérieur reposait sur un lit de velours bleu douillet la tête d’un nain qui la regardait fixement.

Cersei l’examina avec attention. « Ce n’est pas mon frère. » Elle avait dans la bouche un goût aigre. Je suppose que c’était me bercer d’un excès d’espoir, surtout après Loras. Les dieux ne sont jamais généreux à ce point. « Cet homme a des yeux marron. Le Lutin en avait un noir et un vert.

— Les yeux, c’est un fait… Votre Grâce, les yeux de votre frère s’étaient quelque peu… décomposés. J’ai pris la liberté de les remplacer par du verre… mais pas de la bonne couleur, comme vous le dites. »

La réflexion ne fit que l’exaspérer davantage. « Votre tête peut bien avoir des yeux de verre, mais moi non. Il y a des gargouilles à Peyredragon qui présentent plus de similitudes avec le Lutin que cette créature. Il est chauve, et deux fois plus vieux que mon frère. Qu’est-il arrivé à ses dents ? »

La fureur contenue de ses intonations fit se ratatiner l’homme. « Il avait un superbe râtelier d’or, Votre Grâce, mais nous… Je regrette…

— Oh, pas encore. Mais vous n’y couperez pas. » Je devrais le faire étrangler. Qu’il halète pour reprendre souffle jusqu’à ce que sa figure vire au noir, de la même manière que mon fils bien-aimé. La sentence était sur ses lèvres.

« Une simple méprise, en toute honnêteté. Un nain a tellement l’air pareil à un autre, et puis… Votre Grâce remarquera, il n’a pas de nez…

— Il n’a pas de nez parce que vous le lui avez coupé.

— Non ! » La sueur qui lui perlait au front trahissait le mensonge de sa dénégation.

« Si. » Une douceur empoisonnée se glissa dans la voix de Cersei. « Au moins avez-vous eu suffisamment de bon sens pour ça. Le crétin précédent a essayé de me faire gober qu’un magicien errant le lui avait fait repousser. Cependant, il me semble que vous êtes redevable d’un nez à ce nain-ci. La maison Lannister paie ses dettes, et vous en agirez de même. Ser Meryn, emmenez ce fraudeur chez Qyburn. »

Ser Meryn Trant empoigna le Tyroshi par le bras et l’entraîna, malgré sa persistance à protester. Quand ils furent partis, Cersei se tourna vers Osmund Potaunoir. « Ser Osmund, retirez cette immondice de ma vue, et faites entrer les trois autres qui se prétendent détenteurs de renseignements sur le Lutin.

— Ouais, Votre Grâce. »

Chose navrante à dire, les trois soi-disant informateurs se révélèrent tout aussi judicieux que le Tyroshi. L’un d’eux garantit que le Lutin se planquait dans un bordel de Villevieille où il faisait jouir les hommes en les suçant. Tout bouffon que c’était à imaginer, Cersei n’y crut pas un seul instant. Le second se fit fort d’avoir vu le nain dans un spectacle d’histrions à Braavos. Le troisième soutint mordicus que Tyrion s’était fait ermite dans le Conflans et qu’il vivait sur une colline hantée. La reine leur répondit à tous de la même manière. « Si vous voulez bien pousser l’obligeance jusqu’à mener quelques-uns de mes vaillants chevaliers jusqu’à ce nain-là, vous serez richement récompensés, promit-elle. Pourvu toutefois qu’il s’agisse effectivement du Lutin. Dans le cas contraire… eh bien, mes chevaliers n’ont pas plus de patience pour les insolents qui cherchent à les duper que pour les imbéciles qui les lancent aux trousses d’ombres chimériques. On risque sa langue dans l’aventure… » Et, du coup, les trois zèbres perdirent tous instantanément leur bel aplomb et concédèrent qu’il se pouvait, somme toute, que le nain qu’ils avaient repéré ne fut pas forcément le bon.

Cersei ne s’était jamais doutée jusqu’alors qu’il y eût un si grand nombre de nains. « Ces petits monstres contrefaits pulluleraient-ils dans l’univers entier ? se lamenta-t-elle, tandis qu’on flanquait dehors le dernier des mouchards. Combien peut-il donc y en avoir ?

— Un peu moins qu’auparavant, répondit lady Merryweather. Me serait-il permis d’avoir l’honneur d’accompagner Votre Grâce à la Cour ?

— S’il vous est possible d’en supporter l’ennui, fit Cersei. Robert ne comprenait rien à rien dans la plupart des domaines, mais il y en avait un sur lequel il ne se trompait pas. C’est une assommante corvée que de gouverner un royaume.

— Cela m’afflige de voir Votre Grâce aussi accablée de soucis. Moi, je dis, courez vous divertir et laissez à la Main du Roi le soin de subir ces fastidieuses pétitions. Nous pourrions nous déguiser en servantes et passer la journée parmi les gens du vulgaire, pour écouter ce qu’ils disent de la chute de Peyredragon. Je connais l’auberge où se produit le Barde bleu, quand il ne chante pas sur convocation expresse de la petite reine, et certaine cave où un conjurateur transforme le plomb en or, l’eau en vin et les filles en garçons. Peut-être qu’il consentirait à mettre en œuvre ses sortilèges sur nous deux. Cela n’amuserait pas Votre Grâce d’être un homme pendant une nuit ? »

Si j’étais un homme, je serais Jaime, songea la reine. Si j’étais un homme, je pourrais gouverner le royaume en mon propre nom à la place de Tommen. « Seulement si vous restiez vous-même une femme, répliqua-t-elle, sachant que c’était là ce que Taena avait envie d’entendre. Vous êtes une diablesse de me tenter comme vous le faites, mais quelle espèce de reine serais-je si je plaçais mon royaume entre les mains tremblantes d’Harys Swyft ? »

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