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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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Taena fit une moue. « Votre Grâce est trop consciencieuse.

— C’est exact, concéda Cersei, et je m’en repentirai d’ici à la fin de la journée. » Elle glissa son bras sous celui de lady Merryweather. « Venez. »

Jalabhar Xho fut le premier à lui présenter une requête, ce jour-là, conformément à la préséance que lui conférait son statut de prince en exil. Tout splendide qu’il paraissait dans son rutilant manteau de plumes, il n’était venu que pour mendier. Cersei le laissa débiter sa sempiternelle demande d’hommes et d’armes pour l’aider à reconquérir le Val de l’Hibiscus rouge puis déclara : « Sa Majesté mène actuellement sa propre guerre, prince Jalabhar. Elle n’a pas de troupes disponibles pour appuyer les vôtres en ce moment même. L’année prochaine, peut-être. » C’était le discours que lui tenait invariablement Robert. L’année prochaine, elle lui dirait jamais, mais pas aujourd’hui. Peyredragon était à elle.

Lord Hallyne, de la Guilde des Alchimistes, se présenta lui-même pour quémander que ses pyromants soient autorisés à faire éclore tout œuf de dragon qui serait découvert à Peyredragon, le cas échéant, maintenant que l’île était dûment rentrée en sécurité dans le giron royal. « S’il subsistait de tels œufs, Stannis les aurait vendus pour solder sa rébellion », lui objecta la reine. Elle se retint de déclarer que c’était un projet dément. Depuis le décès du dernier dragon targaryen, toutes les tentatives de ce genre s’étaient infailliblement soldées par une mort, un désastre ou du déshonneur.

Un groupe de marchands lui succéda devant elle pour conjurer le Trône d’intercéder en leur faveur auprès de la Banque de Fer de Braavos. Les Braaviens exigeaient d’eux le remboursement de leurs dettes en souffrance, paraît-il, et refusaient tout nouveau prêt. Il nous faut avoir une banque à nous, décida Cersei, la Banque d’Or de Port-Lannis. Elle serait peut-être en mesure, une fois assurée la stabilité du trône de Tommen, de concrétiser cette idée. Dans les circonstances présentes, elle n’eut d’autre solution que d’inviter les marchands à payer leur dû aux usuriers.

La délégation de la Foi était conduite par son vieil ami Septon Raynard. Six des Fils du Guerrier l’ayant escorté à travers la ville, ils étaient en tout et pour tout sept, nombre sacré d’heureux présage. Le nouveau Grand Septon – ou Grand Moineau, selon le sobriquet dont l’avait affublé Lunarion – faisait absolument tout par septaines. Les chevaliers portaient des baudriers d’épée rayés aux sept couleurs de la Foi. Des cristaux adornaient le pommeau de leur longue rapière et la pointe de leur heaume. Ils trimbalaient des boucliers en forme de cerf-volant d’un style tombé en désuétude depuis la conquête et frappés d’un emblème que l’on n’avait pas vu depuis des siècles dans les Sept Couronnes : une épée arc-en-ciel dont les diaprures éclatantes se détachaient sur un champ de ténèbres. Près d’une centaine de chevaliers s’étaient déjà solennellement engagés à consacrer leur existence et leur lame au service de l’ordre ressuscité, relatait Qyburn, et de nouveaux adeptes grossissaient chaque jour leurs rangs. Poivrots des dieux, toute leur clique. Qui aurait cru que le royaume contenait tant et tant de soiffards mystiques ?

La plupart n’avaient été jusque-là que des chevaliers servants d’une maisonnée ou bien des chevaliers errants, mais voici qu’une poignée d’entre eux étaient désormais de haute naissance ; on trouvait dans ce ramassis des fils puînés, des lords de troisième classe, des vieillards désireux d’expier leurs péchés d’autrefois. Et puis il y avait Lancel. Elle s’était figuré que Qyburn devait lui faire une farce quand il l’avait informée que son lunatique de cousin venait de tout lâcher, château, domaines, épouse, pour revenir à Port-Réal s’affilier au Noble et Puissant Ordre des Fils du Guerrier, mais non, il se tenait bel et bien là, sous son nez, planté parmi les autres pieux écervelés.

Cersei n’apprécia pas du tout cela. Pas plus que ne furent à son gré l’ingratitude et la goujaterie sans fond du Grand Moineau. « Où est le Grand Septon ? lança-t-elle à Raynard d’un ton impérieux. C’est lui que j’avais convoqué. »

Septon Raynard adopta une voix vibrante de regrets. « Sa Sainteté Suprême a envoyé mon humble personne à sa place et prié de transmettre à Votre Grâce que les Sept l’ont dépêchée combattre la mauvaiseté.

— Comment cela ? En prêchaillant la chasteté le long de la rue de la Soie ? S’imagine-t-il qu’à force de prier sur les putains, il leur rendra leur virginité ?

— Nos corps ont été façonnés par nos Père et Mère d’En Haut pour nous permettre d’accoupler mâle et femelle afin de procréer des enfants légitimes, expliqua benoîtement Raynard. Il est ignoble et peccamineux aux femmes de vendre à prix d’argent l’intimité de leurs parties sacrées. »

Cette attitude dévotieuse aurait été plus convaincante si la reine n’avait pas su que Septon Raynard jouissait d’amitiés on ne pouvait plus spécifiques dans chacun des bordels de la rue de la Soie. Mais sans doute avait-il fini par trouver que se faire l’écho docile des babillages du Grand Septon l’échinait moins que le récurage des sols. « Ne vous avisez pas d’aller me sermonner, dit-elle. Les tenanciers de bordels nous ont fait part de leurs doléances, et à juste titre.

— Si les pécheurs parlent, qu’est-ce qui obligerait les vertueux à écouter ?

— Ces pécheurs-là alimentent les caisses royales, répliqua-t-elle vertement, et leurs liards aident à payer la solde de mes manteaux d’or et à construire des galères pour défendre nos côtes. Il faut aussi prendre en considération le commerce. Si Port-Réal n’avait pas de bordels, les navires s’en détourneraient au profit de Sombreval ou de Goëville. Sa Sainteté Suprême m’a promis la paix dans mes rues. Le putanat contribue au maintien de cette paix. Privés de putains, les hommes du commun sont enclins à recourir au viol. Dorénavant, que Sa Sainteté Suprême fasse ses prières dans le septuaire, c’est là qu’est leur place. »

La reine s’était attendue à devoir subir aussi les prônes quinteux de lord Gyles, mais au lieu de cela, ce fut le Grand Mestre Pycelle qui apparut, la mine grise et contrite, pour annoncer que Rosby était trop faible pour quitter son lit. « A mon grand regret, je crains fort que lord Gyles ne doive incessamment rejoindre ses nobles ancêtres. Puisse le Père le juger en toute équité. »

Si Rosby meurt, Mace Tyrell et la petite reine essaieront à nouveau de m’imposer Garth la Brute. « Lord Gyles a cette toux depuis des années, et elle ne l’a pas tué jusqu’à présent, gémit-elle. Il a toussé pendant la moitié du règne de Robert et pendant tout celui de Joffrey. S’il est maintenant en train de mourir, ce ne peut être que parce que quelqu’un veut sa mort. »

Le Grand Mestre Pycelle clignota d’un air incrédule. « Votre Grâce ? Qui… qui donc pourrait vouloir la disparition de lord Gyles ?

— Son héritier, peut-être. » Ou bien la petite reine. « Une femme qu’il aura dédaignée, dans le temps. » Margaery et Mace et la Reine des Epines, pourquoi pas ? Gyles est en travers de leur route. « Un vieil ennemi. Un nouveau. Vous. »

Le vieillard blêmit. « Vo… votre Grâce plaisante. Je… j’ai purgé Sa Seigneurie, je l’ai saignée, je l’ai soignée avec des cataplasmes et des infusions… Les inhalations lui procurent un peu de soulagement, et le bonsomme atténue la violence de sa toux, mais j’ai bien peur qu’en plus du sang il n’expectore maintenant des morceaux de poumon.

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