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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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Le terme de son tour de veille approchait quand Sam finit par se faire coincer. Il était en train de dévaler d’une échelle quand Xhondo l’empoigna par son col. « Noir Sam venir avec Xhondo », dit-il en le traînant à travers le pont puis en le déballant aux pieds de Kojja Mo.

Dans le lointain, au nord, se discernait une brume basse sur l’horizon. Kojja la désigna du doigt. « Voilà la côte de Dorne. Des rochers, du sable et des scorpions, et pas un seul bon mouillage sur des centaines de lieues. Tu peux la gagner à la nage, si ça te chante, et puis marcher jusqu’à Villevieille. Il te faudra traverser le fin fond du désert, escalader quelques montagnes et franchir à la nage la Torentine. Autrement, tu pourrais toujours aller rejoindre Vère.

— Vous ne comprenez pas. La nuit dernière, nous…

— … vous avez honoré votre défunt, ainsi que les dieux qui vous ont créés tous les deux. Xhondo a fait la même chose. Je gardais l’enfant, sans quoi j’aurais été avec lui. Vous autres, à Westeros, vous faites tous une honte d’aimer. Il n’y a pas de honte à aimer. Si vos septons disent qu’il y en a, vos sept dieux doivent être des démons. Dans les îles, nous sommes plus perspicaces. Nos dieux nous ont procuré des jambes pour nous permettre de courir, des nez pour nous permettre de sentir, des mains sensibles pour toucher. Quel dément dieu cruel donnerait des yeux à un homme et lui dirait qu’il doit les garder fermés pour toujours et ne jamais accorder un regard à toute la beauté du monde ? Seulement un dieu monstre, un démon des ténèbres. » Kojja mit sa main entre les jambes de Sam. « Les dieux t’ont donné ça pour une raison aussi, pour…

— Baiser, proposa obligeamment Xhondo.

— Oui, pour baiser. Pour offrir du plaisir et pour fabriquer des enfants. Il n’y a pas de honte à ça. »

Sam se recula. « J’ai prêté un serment. Je ne prendrai pas d’épouse et je n’engendrerai pas d’enfants. Tels sont les vœux que j’ai prononcés.

— Elle sait les vœux que tu as prononcés. Elle est une enfant par certains côtés, mais elle n’est pas aveugle. Elle sait pourquoi tu portes le noir, pourquoi tu vas à Villevieille. Elle sait qu’elle ne peut pas te garder. Elle te veut pour un petit bout de temps, c’est tout. Elle a perdu son père et son mari, sa mère et ses sœurs, sa maison, son monde. Tout ce qu’elle a, c’est toi et le bébé. Aussi, ou tu vas la rejoindre, ou tu nages. »

Sam regarda désespérément la brume qui signalait la ligne lointaine des côtes. Il n’arriverait jamais à nager jusque-là, il le savait trop bien.

Il alla rejoindre Vère. « Ce que nous avons fait… S’il m’était permis de prendre une épouse, je te préférerais à n’importe quelle princesse ou jouvencelle de haute naissance, mais cela m’est interdit. Je suis et demeure un corbeau. J’ai prononcé les vœux, Vère. Je suis allé avec Jon dans les bois, et j’ai prononcé les vœux devant un arbre-cœur.

— Les arbres nous surveillent, chuchota Vère, tout en essuyant ses joues baignées de larmes. Dans la forêt, ils voient tout… mais il n’y a pas d’arbres, ici. Rien que de l’eau, Sam. Rien que de l’eau. »

Cersei

La journée avait été froide, grise et humide. Il avait plu des trombes tout le matin, et même après que le déluge s’était arrêté, dans l’après-midi, les nuages avaient refusé de se dissiper. On n’avait pas une seconde entrevu le soleil. Un temps si détestable était de nature à décourager même la petite reine. Au lieu d’aller se balader à cheval avec ses volailles et sa suite de gardes et d’admirateurs, elle resta constamment recluse dans la Crypte-aux-Vierges en compagnie de ses caqueteuses à écouter chanter le Barde Bleu.

La journée personnelle de Cersei fut un peu meilleure jusqu’au crépuscule. Le ciel plombé commençait à virer au noir quand on lui annonça que Chère Cersei avait profité de la marée du soir pour rentrer, et qu’Aurane Waters était dans l’antichambre et demandait une audience.

Elle l’envoya quérir tout de suite. Aussitôt qu’il pénétra dans la loggia, elle comprit qu’il était porteur de bonnes nouvelles. « Votre Grâce, dit-il avec un large sourire, Peyredragon est à vous.

— Merveilleux ! » Elle lui prit les mains et l’embrassa sur les deux joues. « Je sais que Tommen en sera enchanté lui aussi. Cela signifie que nous allons pouvoir libérer la flotte de lord Redwyne et chasser les Fer-nés des Boucliers. » Les nouvelles en provenance du Bief semblaient devenir de plus en plus désastreuses à chaque arrivée de corbeau. Selon toute apparence, les Fer-nés ne s’étaient pas contentés de leurs nouveaux cailloux. Ils lançaient des raids en force vers l’amont de la Mander, et ils avaient poussé l’audace jusqu’à attaquer la Treille et les îles plus petites qui l’entouraient. Les Redwyne n’avaient pas laissé dans leurs eaux plus d’une douzaine de vaisseaux de guerre, qui s’étaient tous fait battre à plate couture, capturer ou couler. Et maintenant, certains rapports mentionnaient que le fou furieux qui se faisait appeler Euron Œil de Choucas était en train d’expédier des boutres remonter la Chuchoteuse en direction de Villevieille.

« Lord Paxter était en train d’embarquer des provisions pour sa navigation de retour personnelle quand Chère Cersei a mis a la voile, spécifia lord Waters. Je serais prêt à parier que le gros de sa flotte a déjà appareillé maintenant.

— Espérons qu’ils bénéficieront d’une navigation rapide et d’un temps meilleur que celui d’aujourd’hui. » La reine entraîna Waters vers la banquette de la fenêtre et le fit s’asseoir auprès d’elle. « Nous faudra-t-il remercier ser Loras pour ce triomphe ? »

Le sourire du visiteur s’évanouit. « D’aucuns seront de cet avis, Votre Grâce.

— D’aucuns ? » Elle lui décocha un regard interrogatif. « Pas vous ?

— Je n’ai jamais vu de chevalier plus courageux, lui répondit Waters, mais il a transformé en carnage ce qui aurait pu être une victoire sans effusion de sang. Un millier d’hommes ont péri, ou il s’en faut de trop peu pour qu’on pinaille sur le chiffre exact. Des nôtres pour la plupart. Et pas seulement de la piétaille, Votre Grâce, mais des chevaliers et de jeunes lords, les plus valeureux et les plus braves.

— Et ser Loras lui-même ?

— Il fera le mille et unième. On l’a transporté dans le château après la bataille, mais ses blessures sont d’une extrême gravité. Il a perdu tant de sang que les mestres ne veulent même pas lui poser de sangsues.

— Oh, quelle tristesse. Tommen va en avoir le cœur brisé. Il éprouvait tant d’admiration pour notre vaillant Chevalier des Fleurs.

— Le petit peuple aussi, déclara son amiral. Le royaume sera inondé de jouvencelles pleurnichant dans leur vin quand Loras mourra. »

Il ne se trompait pas, la reine le savait. Trois mille badauds du commun s’étaient engouffrés dans la porte de la Gadoue pour assister au départ de ser Loras le jour de son appareillage, et trois sur quatre étaient des femmes. Ce spectacle n’avait servi qu’à l’emplir, elle, de mépris. Elle brûlait de leur crier qu’elles étaient de vulgaires brebis, de les avertir que tout ce qu’elles pourraient jamais espérer de Loras Tyrell était une risette et une fleur. Au lieu de quoi elle l’avait proclamé le chevalier le plus hardi des Sept Couronnes, et elle avait souri quand Tommen lui avait offert en prévision de la bataille une épée sertie de pierreries. Le roi l’avait même étreint à pleins bras, geste qui n’entrait nullement dans les plans de Cersei mais qui n’avait plus la moindre importance à présent. Elle pouvait se permettre d’être généreuse. Loras Tyrell était à deux doigts de crever.

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