Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Le Retour du Général - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le Retour du Général

Электронная книга - «Le Retour du Général». Краткое содержание книги:

Le général de Gaulle est de retour. Après un appel à la résistance, prononcé lors d’un piratage télévisuel, il se lance dans une ultime bataille pour la « grandeur de la France ». Toujours vaillant sous son képi à deux étoiles, ce revenant passionne l’opinion publique. A-t-il vécu jusqu’à cent vingt ans ? S’est-il fait hiberner comme le héros de Louis de Funès ? S’agit-il d’un imposteur ?
Dans cette fantaisie romanesque, Benoît Duteurtre revisite la mythologie française et sa dernière figure légendaire — confrontés aux urgences de la mondialisation. Réflexions et observations sur l’époque alternent avec le portrait de ce Général un peu foutraque qui reprend le pouvoir, parle comme un révolutionnaire et ranime jusqu’à l’absurde les idéaux de la vieille Europe.
Biographie de l'auteur
Après Le Voyage en France (prix Médicis 2001), Service clientèle (2003) ou La petite fille et la cigarette (2004), traduits dans plus de vingt langues, Benoît Duteurtre a publié récemment Les Pieds dans l’eau (2008) et Ballets roses (2009).
1 ... 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36
Перейти на страницу:

Les trois ados se dévisagèrent avec des sourires ébahis. Ils n’avaient rien compris, à l’exception de « merde », « fish » et « chicken ». Le plus curieux insista :

— 10 môa, papy, pourkoa tu di kon mange d’la merde ?

— D’abord, jeune homme, cessez vos familiarités. Assez de papies, de papas, de mamies et de mamans ! C’est un vocabulaire infantile.

— Onfontil, répéta difficilement la petite fille rousse.

— Et je ne parle pas des « jeunes », ce mot sacré qui cache ce que vous êtes réellement : des adolescents incultes et boutonneux !

Les trois copains se demandèrent s’il les insultait. Le plus maquillé de la bande, qui masquait son acné sous des couches de fond de teint, se palpa le visage avec inquiétude ; mais ses camarades semblaient d’accord pour considérer que ce vieux fou n’était pas dangereux. Comme les enfants, ils décidèrent de prendre son discours à la rigolade. Le monsieur reprit :

— En ce temps-là, donc, on élevait les animaux dans les prés…

Une voix murmura :

— Çai complétman débil !

— Non, monsieur ! Ce n’est pas débile… Car, en ce temps-là, de nombreuses personnes considéraient que la nature n’était pas destinée principalement à améliorer la rémunération des actionnaires.

L’auditoire commençait à se fatiguer. Un grand ricana :

— Cé kôa cé salad ?

Le vieux continuait imperturbablement :

— En ce temps-là, certaines personnes considéraient que l’État devait répartir la richesse et la mettre au service de tous…

Cette fois, le garçon maquillé éleva la voix :

— Non, Sir ! L’éta, cé la source du nazism et de la guère…

Un autre termina comme s’il récitait la même leçon :

— Concurrence et libre entreprise son lé 2 mamèles du progré.

Le vieil homme haussa les épaules :

— Oui, je sais. Tout au long des siècles, depuis les Mérovingiens, d’affreux nazis ont passé leur temps à persécuter la population ; principalement les femmes, les enfants, les gens de couleur. Bla bla bla…

— On nai kan mem plu zeureu en Neustrie !

— Non, cent fois non ! soupira le vieux. La Neustrie est une invention faite pour vous brouiller la mémoire. Quand je suis né, personne ne connaissait la Neustrie, disparue au IXe siècle après Jésus-Christ. La création des régions autonomes a marqué l’offensive finale visant à détruire la mémoire des nations.

Tout en disant ces mots, il leva les yeux vers la tour de la Cité administrative ornée de deux drapeaux qui ondoyaient sous le vent : celui de la Neustrie et celui de l’Union. Le premier représentait un enfant sur fond bleu azur (chaque région avait choisi un symbole d’espoir : l’enfant, l’eau, le cœur…). Le second comportait cinquante étoiles : les cinquante régions de l’Europe. Le vieil homme reprit :

— Il est vrai qu’en ce temps-là tout le monde ici avait plus ou moins honte de son pays.

Une sirène hurla au bout de la rue. Un char approchait à petite vitesse. Attirés par le bruit, les enfants tournèrent la tête.

— Merd, lé flik ! s’exclama l’un des garçons.

— Et alors, vous ne faites rien de mal ? dit le vieux fou.

Quand le véhicule s’arrêta devant le groupe et qu’on vit en descendre quatre policiers en tenue de combat portant l’inscription : « Veolia Police Departement », il apparut effectivement que le seul suspect était le monsieur lui-même. Tout en s’approchant, l’adjudant releva ses lunettes à infrarouges :

— Vou fèt kôa ici, à parlé au jeun’s ? Savé pa k’sé interdi ?

Le monsieur se tourna vers les adolescents pour expliquer :

— De mon temps, la police ne dépendait pas d’entreprises comme Veolia. C’était un service public censé faire respecter la même loi pour tout le monde, et dans tout le pays.

Les enfants restaient penauds. Seul l’un des trois grands lança aux policiers :

— Y fai rien d’mâle. Y délir, cé tou.

— T’mail pas de ça, p’tit, répliqua l’agent.

Il s’adressa de nouveau à l’homme :

— Zèt un rigolo, vou. Mais zèt ossi dan zun kartié Veolia. Le régleman vou zotoriz pas a parlé o mineur dans la ru !

— Pourkôa vou vené ici ? demanda un autre qui avait conservé ses lunettes à écran connectées sur le réseau.

— J’aime bien ce banc ; c’est un vieux banc qui a échappé aux rénovations.

— Vo papié !

— Pas sur moi…

— Vou zabitai 7 ville ?

— Je suis de passage. Je loge chez ma sœur.

— La direktris de l’écol sé plinte. On veu plu vous voir dan le koin.

— Je vous ai compris. Je vous salue, messieurs ! Et vive la France !

À ces mots, les policiers se dévisagèrent, interloqués. Il leur sembla bien que l’homme avait prononcé un slogan nazi. Mais, après tout, ils n’étaient là que pour assurer la sécurité du quartier.

Le monsieur s’était levé ; il tourna à l’angle de la rue Silvia-et-Jean-Monnet, puis disparut.

Le lendemain, les enfants attendirent à l’emplacement habituel, en vain ; et ils attendirent encore les jours suivants. Alors ils commencèrent à regretter le monsieur qui racontait des balivernes sur ce prétendu bon vieux temps où les cuisses de poulets avaient des plumes et s’ébattaient dans les cours de fermes, où les steaks vivaient dans des étables, où les employés des grandes entreprises étaient logés pour trois fois rien, où l’on travaillait trente-cinq heures par semaine, où les glaciers des montagnes descendaient dans les vallées, où les enfants n’avaient pas le droit de parler à table. Ils regrettaient surtout les engueulades inattendues chaque fois que cet homme, au lieu de répondre à leurs questions, les traitait de « pauvres petits abrutis décérébrés ». Ils adoraient ce genre de formules.

Ils se plaignirent si bien qu’une délégation de mamans se rendit à l’école, quelques semaines plus tard, pour savoir où était passé le monsieur qui faisait rire les enfants. La directrice les reçut aimablement avant d’admettre que la police était intervenue, à sa demande, pour éloigner cet individu louche. Il racontait des histoires malsaines, propres à faire croire que tout était mieux avant. On ne pouvait tolérer, en outre, qu’un homme mûr s’adresse aux petits, quand la loi interdisait ce genre de contact. Elle pensait avoir accompli son devoir et proposa la mise en place d’une cellule de soutien psychologique pour aider les écoliers à chasser ce mauvais souvenir. Mais les mères ne se contentèrent pas de cette explication. L’une d’elles s’emporta dans ce français vieillot qu’on pratiquait encore dans certaines familles :

— Ce n’est pas parce qu’un vieillard raconte des balivernes qu’il faut lui clouer le bec ! Les enfants ont besoin de contes pour rêver…

— Et kôa de plus bo que lé zieu d’un anfan qui rave ? reprit une autre.

— Peu tètre… lé zieu d’un anfan qui ri ! répliqua la troisième.

— Justement, reprit la première, ce vieux monsieur amusait beaucoup nos enfants. Et ils rentraient à la maison plus calmes !

— Kan maime, reprit calmement la directrice, il né pa sein ke nos kids parle a un ome aparaman sélibatair…

— Vous avez tort, reprit la meneuse. Il ne faut pas abuser des règles de sécurité ; cela devient étouffant.

1 ... 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)