Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«Madame, repris-je, je vous supplie de ne me pas refuser. Vous n’ignorez pas que les malheureux ont quelque sorte de consolation à raconter leurs aventures les plus fâcheuses. Ce que je vous demande vous soulagera, si vous avez la bonté de me l’accorder.»
«Écoutez donc, me dit-elle, la chose la plus désolante qui puisse arriver à une personne aussi passionnée que moi, qui croyais n’avoir plus rien à désirer. Quand je vis entrer les voleurs le sabre et le poignard à la main, je crus que nous étions au dernier moment de notre vie, le prince de Perse et moi, et je ne regrettais pas ma mort, dans la pensée que je devais mourir avec lui. Au lieu de se jeter sur nous pour nous percer le cœur, comme je m’y attendais, deux furent commandés pour nous garder, et les autres cependant firent des ballots de tout ce qu’il y avait dans la chambre et dans les pièces à côté. Quand ils eurent achevé et qu’ils eurent chargé les ballots sur leurs épaules, ils sortirent et nous emmenèrent avec eux.
«Dans le chemin, un de ceux qui nous accompagnaient me demanda qui j’étais; et je lui dis que j’étais danseuse. Il fit la même demande au prince, qui répondit qu’il était bourgeois.
«Lorsque nous fûmes chez eux, où nous eûmes de nouvelles frayeurs, ils s’assemblèrent autour de moi, et après avoir considéré mon habillement et les riches joyaux dont j’étais parée, ils se doutèrent que j’avais déguisé ma qualité: «Une danseuse n’est pas faite comme vous, me dirent-ils; dites-nous au vrai qui vous êtes?»
«Comme ils virent que je ne répondais rien: «Et vous, demandèrent-ils au prince de Perse, qui êtes-vous aussi? Nous voyons bien que vous n’êtes pas un simple bourgeois, comme vous l’avez dit.» Il ne les satisfit pas plus que moi sur ce qu’ils désiraient de savoir. Il leur dit seulement qu’il était venu voir le joaillier, qu’il nomma, et se divertir avec lui, et que la maison où ils nous avaient trouvés lui appartenait.
«- Je connais ce joaillier, dit aussitôt un des voleurs qui paraissait avoir de l’autorité parmi eux; je lui ai quelque obligation, sans qu’il en sache rien, et je sais qu’il a une autre maison; je me charge de le faire venir demain: nous ne vous relâcherons pas, continua-t-il, que nous ne sachions par lui qui vous êtes. Il ne vous sera fait cependant aucun tort.
«Le joaillier fut amené le lendemain, et comme il crut nous obliger, comme il le fit en effet, il déclara aux voleurs qui nous étions véritablement. Les voleurs vinrent me demander pardon, et je crois qu’ils en usèrent de même envers le prince de Perse, qui était dans un autre endroit et ils me protestèrent qu’ils n’auraient pas forcé la maison où ils nous avaient trouvés, s’ils eussent su qu’elle appartenait au joaillier. Ils nous prirent aussitôt, le prince de Perse, le joaillier et moi, et ils nous amenèrent jusqu’au bord du fleuve: ils nous firent embarquer dans un bateau qui nous passa de ce côté; mais nous ne fûmes pas débarqués, qu’une brigade du guet à cheval vint à nous.
«Je pris le commandant à part, je me nommai et lui dis que le soir précédent, en revenant de chez une amie, les voleurs qui repassaient de leur côté, m’avaient arrêtée et emmenée chez eux; que je leur avais dit qui j’étais, et qu’en me relâchant, ils avaient fait la même grâce, à ma considération, aux deux personnes qu’il voyait, après les avoir assurés qu’ils étaient de ma connaissance. Il mit aussitôt pied à terre pour me faire honneur, et après qu’il m’eut témoigné la joie qu’il avait de pouvoir m’obliger en quelque chose, il fit venir deux bateaux et me fit embarquer dans l’un avec deux de ses gens que vous avez vus, qui m’ont escortée jusqu’ici; pour ce qui est du prince de Perse et du joaillier, il les renvoya dans l’autre, aussi avec deux de ses gens pour les accompagner et les conduire en sûreté jusque chez eux.
«J’ai confiance, ajouta-t-elle en finissant et en fondant en larmes, qu’il ne leur sera pas arrivé de mal depuis notre séparation, et je ne doute pas que la douleur du prince ne soit égale à la mienne. Le joaillier, qui nous a obligés avec tant d’affection, mérite d’être récompensé de la perte qu’il a faite pour l’amour de nous. Ne manquez pas, demain matin, de prendre deux bourses de mille pièces d’or chacune, de les lui porter de ma part, et de lui demander des nouvelles du prince de Perse.»
«Quand ma bonne maîtresse eut achevé, je tâchai sur le dernier ordre qu’elle venait de me donner, de m’informer des nouvelles du prince de Perse, de lui persuader de faire des efforts pour se surmonter elle-même, après le danger qu’elle venait d’essuyer et dont elle n’avait échappé que par un miracle. «Ne me répliquez pas, reprit-elle, et faites ce que je vous commande.»
«Je fus contrainte de me taire, et je suis venue pour lui obéir; j’ai été chez vous, où je ne vous ai pas trouvé, et dans l’incertitude si je vous trouverais où l’on m’a dit que vous pouviez être, j’ai été sur le point d’aller chez le prince de Perse, mais je n’ai osé l’entreprendre; j’ai laissé les deux bourses en passant chez une personne de connaissance: attendez-moi ici, je ne mettrai pas de temps à les apporter.»
Scheherazade s’aperçut que le jour paraissait, et se tut après ces dernières paroles. Elle continua le même conte la nuit suivante, et dit au sultan des Indes:
CLXXXIV NUIT.
Sire, la confidente revint joindre le joaillier dans la mosquée où elle l’avait laissé, et en lui donnant les deux bourses: «Prenez, dit-elle, et satisfaites vos amis.
– Il y en a, reprit le joaillier, beaucoup au-delà de ce qui est nécessaire; mais je n’oserais refuser la grâce qu’une dame si honnête et si généreuse veut bien faire à son très-humble serviteur. Je vous supplie de l’assurer que je conserverai éternellement la mémoire de ses bontés.» Il convint avec la confidente qu’elle viendrait le trouver à la maison où elle l’avait vu la première fois, lorsqu’elle aurait quelque chose à lui commander de la part de Schemselnihar, et apprendre des nouvelles du prince de Perse; après quoi ils se séparèrent.
Le joaillier retourna chez lui, bien satisfait, non seulement de ce qu’il avait de quoi satisfaire ses amis pleinement, mais de ce qu’il voyait même que personne ne savait à Bagdad que le prince de Perse et Schemselnihar se fussent trouvés dans son autre maison lorsqu’elle avait été pillée. Il est vrai qu’il avait déclaré la chose aux voleurs; mais il avait confiance en leur secret. Ils n’avaient pas d’ailleurs assez de commerce dans le monde pour craindre aucun danger de leur côté quand ils l’eussent divulgué. Dès le lendemain matin, il vit les amis qui l’avaient obligé, et il n’eut pas de peine à les contenter. Il eut même beaucoup d’argent de reste pour meubler son autre maison fort proprement, où il mit quelques-uns de ses domestiques pour l’habiter. C’est ainsi qu’il oublia le danger dont il avait échappé, et sur le soir il se rendit chez le prince de Perse.
Les officiers du prince, qui reçurent le joaillier, lui dirent qu’il arrivait bien à propos; que le prince, depuis qu’il ne l’avait vu, était dans un état qui donnait tout sujet de craindre pour sa vie, et qu’on ne pouvait tirer de lui une seule parole. Ils l’introduisirent dans sa chambre sans faire de bruit, et il le trouva couché dans son lit, les yeux fermés, et dans un état qui lui fit compassion: il le salua en lui touchant la main, et il l’exhorta à prendre courage.