La nurse anglaise
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-06163-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:
Le malheureux galant bafouillait à en perdre toute contenance. Afin de le laisser se remettre, le nain lui déclara qu’il avait oublié un médicament dans la voiture.
Il rejoignit la Rolls au volant de laquelle Tom Lacase dormait avec application. L’excellent garçon ne s’alimentait jamais pendant ses heures de service, fussent-elles inoccupées. L’arrivée de son petit maître le réveilla en sursaut. D’instinct il rajusta sa cravate et sortit de son carrosse afin d’ouvrir la portière à sir David.
— Un simple coup de téléphone à donner, prévint celui-ci.
Il s’installa et décrocha l’appareil logé dans l’accoudoir médian, se félicitant d’avoir conseillé à Victoria de prendre le portable. La nurse répondit presque instantanément.
— Comment vont les travaux ? demanda-t-il.
— Vite et bien, assura-t-elle.
— Je vous préviens que Mary a rendez-vous avec notre Viking à quatre heures.
— Ce sera terminé bien avant.
— Êtes-vous certaine qu’on ne verra rien ?
— Jo a trouvé une cachette géniale.
— Le déclenchement pourra vraiment s’opérer à distance ?
— Mon cousin garantit que sa commande peut être efficace à plus de cent mètres.
— Il ne peut travailler au flash. Comment seront les clichés si ces tourtereaux ferment les rideaux ?
— L’appareil est équipé d’une pellicule spéciale, un minimum de lumière suffira.
— Mais si…
Pour la première fois depuis le début de leurs relations, elle marqua quelque humeur.
— Sir, nous faisons l’impossible. Si l’opération devait s’avérer blanche, nous la réitérerions.
— Je ne veux pas qu’elle soit blanche ! déclara cet être capricieux avant de raccrocher.
On avait déjà commencé de les servir. En garçon bien élevé, Hamsun attendait le retour de son hôte devant un gratin évasif, de couleur verdâtre.
Ils mangèrent silencieusement. Le mets avait un goût indécis ; assez plaisant mais difficile à déterminer. L’hôtelier vint apaiser leur curiosité en expliquant qu’il s’agissait d’une tourte aux orties, agrémentée d’œufs de caille hachés avec de la graisse de bacon. Il leur raconta qu’entre deux veuvages provoqués, le bon roi Henry VIII raffolait de ce plat. Forts d’un tel précédent, les deux convives s’en délectèrent.
— Un grand amour a quelque chose d’intimidant, assura David ; il est émouvant de constater à quel point il vous accapare. Vous donnez l’impression d’être envoûté, cher Olav.
Le grand niais eut un sourire, comme sur les tableaux certains anges de la Renaissance.
— Je le suis, avoua-t-il avec une expression désarmante.
— Cette femme doit posséder quelque chose d’exceptionnel pour vous mettre dans un tel état ?
— Elle est sublime ! s’écria le Norvégien. Son abandon est pathétique ; lorsque je la prends, sa figure devient celle de la passion.
Le nain eut un sourire doux et complice.
« S’il voit son visage, c’est qu’ils laissent de la lumière », songea-t-il avec soulagement.
Ce repas quelque peu étrange se poursuivit sans qu’Olav prît trop garde aux spécialités « médiévales » qu’on leur servit. En homme très jeune qui découvre l’amour, il ne parlait que de ce féroce bonheur qui, tout à coup, changeait les données de son existence. Il s’exprimait librement, mais sans impudeur, trop émerveillé qu’il était par son aventure pour pouvoir en taire les aspects les plus intimes.
Ebloui, il racontait sa belle avec les mots les plus vrais, soucieux de la présenter à David « telle qu’il la voyait ». Au fur et à mesure qu’il la décrivait, l’âme du nain s’assombrissait. Chacune des confidences reçues rendait plus vertigineux l’abîme de misère qui gâchait sa pitoyable vie. Il demeurait anéanti devant les préparations stupides qui continuaient de déferler sur leur table en grand apparat ridicule.
A la fin, il craignit de craquer. Pour réagir, se réconforter, il se mit à songer aux gens qu’il avait décidé de tuer : les amants passés de Victoria.
D’évoquer ces inconnus le rasséréna. Il devait tenir bon : il avait une œuvre à accomplir.
David fit signe au sommelier de remplir les verres.
31
Sur le chemin du retour, le nain brancha la radio afin d’éviter toute conversation. Trois heures approchaient et il estimait que Victoria et son cousin avaient terminé leur besogne.
En cours de route, ils entendirent les informations.
Parmi un flot de nouvelles disparates, on parla de la mort du garde à cheval. Le médecin légiste concluait à. une rupture d’anévrisme. Sir David rendit grâce à son poison des Andes qui agissait si promptement sans laisser de trace. Il se disait que le facteur chance avait joué en laissant le temps au brillant militaire de se débarrasser de la fléchette avant de succomber. Il existait une harmonie dans l’agencement de ses méfaits, grâce à laquelle ceux-ci n’engendraient jamais d’enquêtes fâcheuses.
Ils parvinrent an domicile d’Olav Hamsun quinze minutes avant l’heure de son rendez-vous. Le Norvégien tremblait d’impatience et se précipita hors de la Rolls, Son hôte, narquois, le regarda s’engouffrer dans l’immeuble. Au moment où Tom redémarrait, ils aperçurent la petite Hilmann verte stationnée dans une rue perpendiculaire. La jeune femme se tenait à l’intérieur, lisant une revue posée contre son volant.
— Laissez-moi ici, Tom ! ordonna le nain.
D’un œil minutieux, il s’assura que Mary ne croisait pas dans les parages et changea de véhicule.
Le sourire radieux de la nurse lui réchauffa le cœur.
— Tout a magnifiquement fonctionné, assura-t-elle, Jo a procédé à un essai depuis l’endroit où nous sommes, l’appareil s’est parfaitement déclenché.
Elle ouvrit la boîte à gants et en sortit un contacteur assez voisin de ceux qui actionnent la télévision à distance.
— Il suffira que nous pressions cette touche de façon espacée pour impressionner le rouleau de trente-six poses. Pendant qu’il le manœuvrait dans l’auto, je suis restée dans la chambre : on perçoit à peine le déclic non plus que le bruit de l’embobinage.
Ils eurent le plaisir de voir survenir Mary, emmitouflée dans son long manteau à col de fourrure, bottée et chapeautée. Elle se déplaçait d’une allure furtive, la tête inclinée. Probablement avait-elle congédié son taxi à deux blocs de chez son amant, par mesure de sécurité.
— Elle a de l’allure ! remarqua David.
Victoria lui jeta un regard furibond. Elle savait qu’il convoitait secrètement sa belle-sœur et cela la rendait malade de jalousie.
Quand elle eut disparu, il renversa son siège, croisa les mains sur son ventre et soupira :
— Laissons-les se mettre en batterie.
Des passants les considéraient d’un air surpris.
En cette saison le crépuscule s’amorçait déjà et les éclairages des vitrines prenaient de l’importance.
— On devrait avoir droit aux étreintes habillées, déclara le nain au bout d’un Instant, Prenez donc un premier portrait, ma tendre chérie.
Docile, elle pressa la touche.
— Ne trouvez-vous pas curieuse cette chasse aveugle ? demanda-t-il. Nous tirons au jugé, sans savoir où est située la cible.
— L’objectif est braqué sur le lit ! fit-elle remarquer avec une pointe d’ironie.
La nurse pressa à nouveau le bouton.
— Avez-vous prévu un rendez-vous, demain, avec le Norvégien ? questionna-t-elle. Il faudra récupérer la bobine et en mettre une autre à la place pour le cas où le résultat ne serait pas satisfaisant.