Nous étions les hommes
- Автор: Legardinier Gilles
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Editions Pocket
- ISBN: 978-2266220354
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
Kinross s’éclaircit la gorge :
— Monsieur Greenholm, puis-je vous poser une question ?
— J’ai désormais tout mon temps pour y répondre, docteur. Je vous en prie.
— C’est au sujet d’hier soir…
Greenholm marqua le pas.
— En fait, je voudrais vous parler de vos derniers échanges avec Mary, mais il est peut-être trop tôt…
Jenni le coupa :
— Je crois que c’est effectivement prématuré, et puis c’est personnel, Scott.
— Laissez, professeur. Même dans quelque temps, à défaut d’être prématuré, ce sera toujours aussi douloureux, alors autant le faire aujourd’hui. Je vous écoute, docteur.
Jenni était furieuse après Kinross. Il sentit son regard mais ne pouvait plus faire machine arrière.
— Avez-vous constaté son basculement ?
— J’ai passé la fin de l’après-midi avec elle. Je n’ai remarqué rien de plus et rien de moins que d’habitude. Parfois elle semblait cohérente, parfois non. J’ai cependant noté une chose étonnante : même lorsque son esprit était défaillant, elle sentait précisément dans quel état je me trouvais. Elle n’aurait pas été capable de dire la date ou même mon prénom, mais elle ressentait exactement mes tensions et mon appréhension. Elle était d’une remarquable acuité émotionnelle, comme si son instinct gagnait ce que son esprit perdait, au moins au début… Ensuite, j’ai dû m’absenter en début de soirée et c’est Edna qui est restée avec elle. Je suis revenu vers 21 heures. Nous avons parlé, je lui ai posé des questions. Elle a eu des moments de lucidité comme elle n’en avait pas eu depuis des mois, mais entre ces courts moments, elle…
Greenholm s’arrêta. Pour trouver la force de continuer, il prit une longue inspiration.
— Vous n’êtes pas obligé, précisa Jenni.
Le vieil homme se tourna vers elle et lui sourit :
— Nous avons promis de nous dire toute la vérité, chère mademoiselle. Je disais donc qu’après, les choses se sont compliquées… Je sentais que je la perdais, plus que jamais. Elle avait des difficultés d’élocution, d’orientation aussi. Même mes propos les plus simples lui échappaient. Elle m’a ensuite regardé comme un inconnu. C’est terrible. Elle est là, mais plus rien n’est pareil. Quel sentiment détestable !
Il fit une pause avant de reprendre :
— Elle s’est endormie peu après 1 h 30, épuisée. J’ai tout fait pour la garder éveillée, mais elle était à bout de forces.
— Vous souvenez-vous de la dernière chose « consciente » qu’elle vous ait dite ?
Greenholm s’en souvenait parfaitement. Il ne l’oublierait jamais. Pourtant, il fit semblant de réfléchir et répondit :
— Nous avons parlé de tellement de choses… Peut-être que, plus tard, cela me reviendra. Je sais par contre que les ultimes paroles que je lui ai dites, c’est « Bonne nuit ».
Le vieil homme eut un de ses petits rires grinçants :
— Une vie partagée pour finir par ces quelques mots si anodins… Je l’ai regardée, je lui ai pris la main et j’ai fini par m’endormir à mon tour. Au petit matin, je serrais sa main froide et elle n’était plus là du tout.
Les dernières syllabes se perdirent dans le souffle d’une bourrasque. Cette fois, Jenni décida de ne pas retenir son élan. Pour le soutenir, elle prit William Greenholm par le bras et fusilla Scott du regard par la même occasion. Contre toute attente, le vieil homme se laissa faire. D’une voix fatiguée, il reprit :
— Je vous disais que j’avais été obligé de laisser Mary en début de soirée. C’était pour nos affaires. Un ancien collaborateur m’a donné le nom de quelqu’un qui peut nous aider à déposer et à gérer votre brevet. Un dénommé Brestlow. On me l’a chaudement recommandé. Jeune et doué. Un Canadien, quelqu’un d’apparemment très estimé dans son métier. J’ai eu beaucoup de mal à le joindre. Il m’a fait l’effet d’un homme éduqué et très précis. Il est parfaitement au courant de ce qu’il faut faire pour protéger votre découverte.
Soudain, Greenholm s’arrêta à nouveau et chercha autour de lui :
— Où est David ?
30
— Vous n’avez pas trouvé notre homme, c’est ça ? résuma le père Endelbaum.
— Ce n’est pas aussi simple. Il ne suffit pas de rentrer des paramètres dans un ordinateur pour que le nom sorte comme par magie. Ce genre de truc n’arrive que dans les mauvaises séries télé.
Assis à côté de son supérieur, Thomas assistait à l’entretien. Marcus Tersen insista :
— Tous nos contacts sont alertés. Nous travaillons jour et nuit. Mais avec le peu d’indications que nous avons, autant chercher une aiguille dans une énorme botte de foin. J’ai aussi beaucoup de mal à expliquer pourquoi nous effectuons cette recherche… Un type mort depuis sept ans qui accuse son propre assassin, cela peut surprendre ! Même en connaissant l’ouverture et la fiabilité dont vous faites preuve en matière de sciences de l’esprit, il paraît naturel de se demander quel crédit accorder à votre source. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, votre indicateur est assez surnaturel…
Thomas intervint sèchement :
— Surnaturel pour les esprits fermés. La science passe son temps à découvrir des choses dont elle refusait d’admettre l’existence auparavant. Le magnétisme des boussoles était surnaturel, les feux follets, la foudre, les marées et les aurores boréales aussi. Plus personne ne peut douter que la télépathie, la télékinésie et certaines guérisons miraculeuses existent. Pourtant, certains s’obstinent encore à nier les faits, les qualifiant avec mépris de surnaturels. Tout ce qu’on ne comprend pas l’est ! Les petits esprits considèrent ce qu’ils croient savoir comme des vérités et tout le reste comme surnaturel. Ça les rassure. Nos centres d’études sont remplis de gens « surnaturels » que les tenants du savoir ne veulent surtout pas voir parce que cela ébranle leur prétendue supériorité.
Endelbaum et Tersen étaient surpris de la soudaine virulence du jeune homme. Thomas ajouta :
— Je vous rappelle que notre source nous a permis d’élucider une affaire non résolue. Feilgueiras avait disparu. Beaucoup supposaient qu’il s’était enfui et la police avait même abandonné l’enquête. Sans cette voix, personne n’aurait jamais retrouvé la dépouille de la victime.
— Admettez au moins que c’est inhabituel.
Tersen se passa la main dans les cheveux. Malgré son expérience, ce cas-là lui posait des problèmes inédits.
Marcus Tersen occupait une place à part dans l’organigramme de la Compagnie de Jésus. Il était en charge de la « documentation extérieure », ce qui l’amenait à s’occuper aussi bien de la sécurité des chercheurs détachés dans les centres d’études du monde entier que de la collecte de données ou de la rencontre d’intervenants pour les recherches directement menées par l’ordre. Il dirigeait ce que beaucoup considéraient comme le service secret des Jésuites. Il les avait cependant rejoints tardivement. Historien de formation, Tersen s’était d’abord fait une réputation dans la résolution d’énigmes historiques en tous genres. Il avait entre autres contribué à démasquer les faux carnets d’Hitler et participé au décryptage du manuscrit de Voynich pour l’université de Yale. C’est à cette époque que le prédécesseur d’Endelbaum l’avait approché et convaincu de les rejoindre. Tersen avait sa propre vision de la religion, comme beaucoup de membres d’ailleurs, mais l’idée de défendre une recherche objective et indépendante l’avait séduit. Lorsque le père Endelbaum lui avait demandé d’identifier un assassin potentiel, certainement mêlé à la disparition d’un scientifique, cela cadrait parfaitement avec ses compétences. Il reprit :