Nous étions les hommes
- Автор: Legardinier Gilles
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Editions Pocket
- ISBN: 978-2266220354
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
Thomas regardait son supérieur en train d’essayer de se rassurer. Endelbaum ajouta :
— Cet homme doit payer des impôts, avoir une carte de crédit, un permis de conduire ou se soigner. On finira par le débusquer.
— Je me demande ce qu’il conviendra de faire lorsque nous l’aurons trouvé…
— Ceci dépasse nos prérogatives. De toute façon, nous n’en sommes pas là. Découvrons qui il est et ce qu’il trame, et nous informerons les autorités.
— Les quelques éléments que nous avons pu recouper à son sujet sont vraiment déconcertants. Si c’est effectivement un criminel, il est d’un genre très particulier. Le fait est qu’il se cache. Le neutraliser risque d’être compliqué.
— Ne nous emballons pas, Thomas. Nous sommes des chercheurs au service du bien de tous, pas des justiciers. Nous allons faire notre possible. C’est la première fois que nos différents services vont collaborer à une telle échelle.
— J’espère que ce sera suffisant…
— Plus de cinq siècles d’histoire, des milliers de frères à travers la planète, des compétences reconnues dans les plus grandes universités du monde : nous devrions arriver à faire face.
— Mon père, un homme que j’admire beaucoup m’a appris que se surestimer est le meilleur moyen de ne rien découvrir d’autre que son propre orgueil.
— C’est assez juste. Qui dit cela ?
— Vous.
Endelbaum leva les yeux au ciel et enchaîna :
— Quoi qu’il en soit, quand nous parlerons aux responsables de secteurs, vous me laisserez faire. Vous n’interviendrez que lorsqu’il sera temps d’expliquer ce que nous savons et ce que nous cherchons.
— Nous savons très peu et nous cherchons à éviter le pire.
— Pas d’ironie, Thomas. Depuis que cette histoire a débuté, je vous découvre sous un autre jour. Vous, si pondéré, si pragmatique, vous foncez désormais avec un peu trop d’empressement.
— Tout cela me bouleverse, je sens qu’il faut agir, et vite. Penser ou discuter ne sera pas suffisant.
— Comment pouvez-vous être si sûr de vous ?
— En d’autres circonstances, on appelle cela une intuition, ou la foi.
Thomas Schenkel jaugea son supérieur afin de savoir s’il pouvait oser dire ce qu’il pensait au plus profond de lui.
— Mon père, j’ai l’étrange pressentiment que tout ce que nous sommes, tout ce que l’ordre a pu apprendre et tout son pouvoir existent uniquement pour éviter cette catastrophe-là.
26
Assis en salle de consultation, Kinross observait Michael, le plus prometteur de ses internes, en train de faire passer un test de premier niveau. Le jeune homme portait une blouse parfaitement repassée et s’appliquait à parler en articulant. Face à lui, un homme détendu au visage flétri était assis entre sa femme et sa fille. À l’évidence, il ne savait absolument pas pourquoi il se trouvait là. Un jeu, peut-être.
— Monsieur Gilligan, je vais maintenant vous demander de me dessiner les aiguilles d’une montre correspondant à différentes heures.
Les deux accompagnantes se consultèrent du regard, espérant que Willard se sortirait mieux de cette épreuve apparemment facile que de celle des listes de mots.
L’interne présenta une feuille sur laquelle était tracé le cadran vierge d’une pendule. Il fit ensuite glisser un crayon vers son patient.
— Monsieur Gilligan, dessinez-moi cette pendule lorsqu’il est 10 h 20.
L’homme prit le crayon d’un geste volontaire. Il appliqua la mine sur la feuille et sembla soudain hésiter.
— 10 heures combien ?
— 10 h 20, monsieur Gilligan. Prenez votre temps.
Après quelques instants, son épouse commença à blêmir. L’homme releva les yeux et sourit à l’interne.
— Qu’est-ce que vous m’avez demandé ?
— Dessinez-moi les aiguilles lorsqu’il est 10 h 20. Ici, monsieur Gilligan.
— D’accord.
L’homme prit son temps et traça fièrement deux traits horizontaux dont aucun ne passait par le centre de la montre.
Sa fille ferma les yeux et essaya de contenir ses larmes. Scott avait vécu cette scène des centaines de fois. Des gens complètement normaux en apparence, qui avaient commencé par oublier quelques rendez-vous, un ou deux anniversaires, leur chemin, des médicaments ou des courses, et dans l’esprit desquels on découvrait soudain une brèche béante jusque-là insoupçonnée.
Il jugea que Michael s’en sortait suffisamment bien pour le laisser terminer la consultation seul. Il lui glissa à voix basse :
— C’est parfait. Poursuivez sur ce rythme.
Il contourna le bureau et sortit en déclarant d’une voix posée :
— Ne vous inquiétez pas, monsieur Gilligan. Je vous laisse finir le test et on se revoit tout à l’heure.
Il quitta la pièce pour rejoindre son bureau mais eut la surprise de voir Hold arriver vers lui.
— David ?
— Je souhaitais vous parler, je ne vous dérange pas ?
— Bien sûr que non. Comment va Jenni ? demanda Kinross en l’entraînant à l’écart du passage.
— Elle se repose chez elle, répondit Hold. Nous avons récupéré ses dossiers, ses fichiers et rassemblé les copies. Il nous a fallu une bonne partie de la nuit pour finir. Mais tout est en sécurité à présent.
— J’ai moi aussi commencé à tout réunir. Je ne sais pas si ce luxe de précautions est nécessaire…
Hold le coupa :
— Docteur, c’est vous qui avez vu le corps de Falsing. La thèse de l’accident n’est pas la plus probable. Alors, en attendant de savoir qui vous menace, je crois plus prudent de protéger vos vies et vos travaux.
— Soit. Mais vous vouliez me parler, je crois…
Hold opina et demanda sur un ton plus grave :
— Vous connaissez bien mademoiselle Cooper ?
— Nous sommes assez proches. Pourquoi cette question ?
— Vous savez si elle voit quelqu’un ?
La question déstabilisa Kinross. Peut-être parce que cette éventualité lui semblait hors de propos, plus sûrement parce que l’idée que Jenni puisse avoir une liaison sans l’en avertir remettait en cause l’idée qu’il se faisait de leur relation.
— Qu’est-ce qui vous fait penser une chose pareille ?
— Certains indices. Il semble qu’elle effectue des visites régulièrement, sans préciser ce dont il s’agit sur son agenda.
Scott haussa les sourcils.
— Vous surveillez Jenni, monsieur Hold ?
— Je fais mon travail. Pour protéger, il faut connaître.
La réponse ne contenta pas complètement le docteur qui répliqua, cassant :
— Reprenez donc l’agenda de Jenni et vous vous apercevrez que ses « visites » ont toujours lieu aux alentours du 22 de chaque mois. Si vous la suivez, vous vous rendrez compte qu’elle fait toujours la même chose : elle quitte son labo, va acheter des fleurs sur Melton Road, un bouquet rond, des couleurs vives, ensuite elle roule vers le sud-est jusqu’à Lanark Road. Là, elle s’engage sur la bretelle qui rejoint le circulaire et elle se gare juste avant le rond-point, sur l’emplacement réservé à la police. À pied, elle longe la voie rapide jusqu’en sortie de courbe, et là, elle attache son bouquet sur le réverbère qui a coûté la vie à son frère.
Kinross ajouta méthodiquement :
— Elle reste sur place quelques instants. Parfois, elle pleure. Elle fait cela depuis qu’Aden s’est tué à moto. Une seule fois, elle m’en a parlé, mais elle n’a jamais accepté d’être accompagnée.