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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— Vous vous sentiez bien ?

Lauren semblait en proie à des émotions violentes et contradictoires. Ses traits se déformaient au gré des fragments de souvenirs qui lui traversaient l’esprit. Elle passait de la béatitude à la peur.

— Je vous en prie, Lauren. Je sais que c’est difficile. Faites-le pour Tyrone, vous pouvez l’aider.

Elle regarda le médecin avec tristesse :

— Vous pensez que je le reverrai ?

— Rien n’est impossible, Lauren. Parlez-moi.

— Vous me promettez que ce que je vais vous dire restera secret ?

— Vous avez ma parole.

Doucement, elle se livra :

— Il m’a serrée contre lui. Il me caressait en m’embrassant. C’était incroyable. J’avais l’impression qu’il avait envie de moi comme un fou, mais il n’était pas brutal. Je n’aurais jamais cru cela possible. J’en ai déjà vu, des excités, mais il n’était pas comme eux. Il ne disait rien. Il n’y avait que son souffle. C’était comme s’il me découvrait, comme s’il n’avait jamais touché une fille. Je dois avouer que j’étais d’accord. Je ne le regrette pas, d’ailleurs. Et puis l’infirmier est arrivé. Il a essayé de nous séparer. Tyrone est devenu enragé. Ils se sont battus. Je vous promets, j’ai essayé de les en empêcher mais ils étaient trop violents. Todd a surgi à son tour. Il a crié qu’il allait chercher l’arme d’urgence. Il a déclenché l’alarme. La lampe rouge a décuplé la colère de Tyrone. Je l’ai vu saisir Kenny et le projeter contre le mur avec une force incroyable. C’est là qu’il m’a bousculée et que je me suis blessée à la tête, mais il ne l’a pas fait exprès. Je me suis sauvée dans le couloir. Todd est revenu et lui a tiré dessus avec les tranquillisants.

La jeune femme eut un mouvement nerveux, comme si elle se nettoyait les bras d’une couche de poussière.

— Voilà, c’est tout, dit-elle dans un souffle. Je ne veux plus jamais en parler.

— Vous n’en parlerez plus, Lauren. Mais vous êtes sans doute la seule qui ait pu avoir un tel lien avec ce genre de patient. Cela va peut-être nous aider.

Kinross réfléchit un instant puis demanda :

— Lauren, si je vous le proposais, accepteriez-vous de revoir Tyrone ?

Le visage de la jeune femme s’illumina.

32

Au centre de la pièce octogonale faiblement éclairée, sur un promontoire de plusieurs marches, comme un autel, trônait une baignoire. Dans une ambiance aseptisée, les notes de la sonate n° 2 de Chopin résonnaient dans une absolue perfection sonore. Un homme se prélassait dans son bain. La baignoire était remplie d’un liquide légèrement bleuté bien plus épais que l’eau, et le thermomètre digital encastré juste à côté du bouton d’appel affichait seulement 20 °C, comme d’habitude.

Un majordome entra :

— Monsieur…

— Qu’y a-t-il, Desmond ?

— Votre liaison avec Shanghai. Il est l’heure.

— Déjà 7 heures là-bas… Passez-moi la communication.

Le volume de la musique diminua au fur et à mesure qu’un écran descendait face à lui. L’image grésilla et un visage asiatique apparut. Le correspondant de Shanghai paraissait tendu.

— Bonjour, monsieur ! déclara-t-il avec un fort accent.

— Bonjour à vous, répondit l’homme. Comment s’est déroulée votre réunion d’hier soir avec nos amis chinois ?

— Ils sont durs à la négociation. Ils exigeaient 30 %, mais conformément à vos instructions je leur ai dit que nous n’irions pas au-delà de 12. Ils ont claqué la porte. Ce genre de comportement est habituel lorsque l’on négocie ici. Ils sont d’ailleurs revenus, en essayant tantôt d’apitoyer, tantôt de menacer. Je crois qu’ils vont traîner des pieds. À l’heure qu’il est, j’attends de leurs nouvelles. Ils prétendent qu’ils peuvent obtenir ailleurs les semences de riz modifiées.

— Je suis bien placé pour vous affirmer qu’ils n’y parviendront pas. Ils vont revenir. Croyez-moi, s’ils veulent nourrir leur milliard de bouches, ils reviendront. Ils n’ont pas le choix. Et ne leur laissez pas croire que nous les attendons. Si à midi ils n’ont pas manifesté de meilleures dispositions, faites-leur savoir que ce n’est plus avec nous qu’ils devront traiter, mais avec la Corée qui fait une offre supérieure.

L’homme sur l’écran ne réussit pas à masquer sa surprise :

— Vous vendriez l’exclusivité du riz transgénique à la Corée ?

— Je vais la vendre à qui paiera le prix que je demande. Ce sera la Corée ou un autre. Si les Chinois ne veulent pas que leur principale ressource alimentaire soit sous le contrôle de leurs concurrents, qu’ils se dépêchent. Je n’ai pas de temps à perdre.

Le correspondant était perturbé.

— Je vais le leur dire, monsieur.

— Tenez-moi au courant.

Sur un signe de son maître, Desmond coupa la communication et l’écran remonta. L’homme dans son bain se détendit au point d’avoir l’air presque satisfait.

— Desmond, c’est un pion décisif que nous avançons là-bas.

— Vous vous y préparez depuis longtemps.

— Je ne suis pas certain que l’on puisse se préparer pour ce qui nous attend, Desmond. Voulez-vous demander à Chopin de jouer plus fort ?

Le piano résonna avec plus de puissance. Au rythme de la mélodie, l’homme faisait évoluer ses longs doigts à la surface du liquide, sa main ressemblant à une araignée d’eau. Il se plongea dans ses souvenirs. Il avait connu tellement d’époques, de modes, de batailles économiques, de gens aujourd’hui disparus. La plupart des objets qui constituaient son quotidien n’étaient même pas imaginables lorsqu’il était enfant. Qui aurait pensé que l’on manipulerait un jour l’ADN des plantes ? Comment pouvait-on même alors supposer qu’elles renferment un code génétique au cœur de chacune de leurs cellules ? Et ce n’était qu’un exemple parmi bien d’autres. Pour lui-même, il murmura :

— Oui, c’est un pion essentiel que je joue là-bas, mais il est temps d’avancer ma tour et de tuer le roi…

33

Scott ouvrit le réfrigérateur de Jenni et haussa les sourcils. Des yaourts au lait de soja, des salades, une dizaine de kiwis impeccablement alignés et des bouteilles de verre remplies de jus étranges. Nelson arriva en trottinant et se frotta sur ses jambes.

— Eh bien, mon pote, fit Kinross à voix basse, je ne vois pas ce qui peut te faire envie là-dedans. Je vais être obligé de te piquer quelques croquettes pour ne pas crever de faim.

Le chat miaula, insistant.

— Qu’est-ce que tu veux ? Un kiwi ? Tu vas savoir te l’éplucher tout seul ?

Scott repéra la bouteille de lait et la prit. Le chat le suivit. Il ouvrit les placards à la recherche d’un bol. Jenni passa, sortant de la salle de bains, ses cheveux enroulés dans une serviette :

— Il a déjà un bol, au pied de la table derrière toi. Il faut lui faire chauffer le lait avant. Et à la casserole. Monsieur ne veut pas de lait chauffé au micro-ondes.

Scott considéra le chat :

— Tu n’aimes pas les micro-ondes ?

Il se baissa pour le caresser.

— Tu devrais faire de la recherche et nous expliquer pourquoi. Il y a sûrement une bonne raison.

Nelson se mit à ronronner sous les caresses. Kinross interpella Jenni :

— Tu es toujours en colère contre moi ?

La jeune femme ne répondit pas. Scott la chercha de pièce en pièce et la trouva dans sa chambre, en peignoir, en train de choisir ses vêtements devant son armoire. Il s’appuya au chambranle de la porte.

— Tu m’en veux encore d’avoir soupçonné Greenholm ?

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