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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— Je ne t’en veux pas de l’avoir soupçonné, je te trouve grossier d’en avoir parlé le jour même de l’enterrement de sa femme. C’est tout.

La vigueur avec laquelle Jenni passait les cintres en revue en disait long sur son état de nerfs. Kinross demanda :

— Hier soir, tu n’avais pas l’air très heureuse que je reste avec toi.

— C’était gentil à toi, mais je m’en serais sortie toute seule.

— Tu aurais préféré que Hold te tienne compagnie ?

Jenni se retourna et lui décocha un regard sans ambiguïté.

— Je ne sais pas comment un garçon aussi intelligent que toi peut sortir des trucs aussi stupides…

— Certains confrères ont des théories passionnantes sur le sujet.

Elle malmena un autre cintre et préféra passer à autre chose :

— As-tu fini de me préparer tes notes pour le conseiller en brevets ?

— Tu auras tout ce soir. De toute façon, si quelque chose n’est pas clair, il te le dira. Je n’ai aucune idée de la manière dont ce genre de dossier se monte légalement. On pourra toujours demander conseil à Greenholm. Au fait, tu sais si David t’accompagnera ?

— Il m’a dit que non.

— Il t’a dit que non… nota Scott un brin ironique.

Jenni passa dans la salle de bains pour s’habiller. Scott se retrouva seul et en profita pour regarder les quelques photos alignées sur la coiffeuse. Il y en avait beaucoup d’Aden, une seule de Mark et trois de Nelson. Scott fut surpris de découvrir aussi deux clichés de lui. Un avec Jenni, pris lors d’une séance de travail qui s’était éternisée au labo ; l’autre, à l’occasion d’un congrès à Paris. Scott sourit. Au nombre de photos, il était devant Mark mais se faisait battre par le chat. Il prit celle de la séance de travail. Jenni et lui y figuraient côte à côte, derrière une table couverte de documents. À ce moment-là, ils ignoraient encore ce qu’allait révéler leur découverte. Sinon ils n’auraient pas souri comme cela.

Scott replaça la photo sur la coiffeuse. En forçant la voix, il demanda à travers la porte :

— Tu te souviens, lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, on se faisait des réunions, juste pour échanger des idées, « pour voir large » comme tu disais…

— Toutes les deux semaines. Dommage qu’on ne le fasse plus.

— C’était bien. Pourquoi a-t-on arrêté ?

— Trop de choses à faire, tes patients, le labo, et puis les jours qui filent…

Jenni oublia volontairement de mentionner que Diane avait aussi fait des crises de jalousie au sujet de ces rendez-vous informels en dehors des heures de travail.

— Il faudrait en reprendre le temps, répondit Scott. On en a besoin.

Jenni ouvrit brusquement la porte de la salle de bains. Elle était habillée, coiffée et maquillée. Scott n’osa pas lui dire qu’elle était magnifique, mais elle l’était. La jeune femme le fixa et dit :

— À propos de Hold, il faut que je te dise quelque chose.

34

Dans la salle d’interrogatoire prêtée par l’Edinburgh Police Centre, Scott se balançait d’une jambe sur l’autre devant quelques confrères assis face à lui :

— Merci à tous d’être venus, déclara-t-il.

Deux psychiatres, deux psychologues, un profileur, un expert en communication non verbale et un spécialiste du comportement animal avaient répondu à son invitation pressante. Kinross expliqua :

— Si je vous ai demandé d’être présents, c’est parce qu’une opportunité unique s’offre à nous. J’ai besoin de votre regard pour essayer de comprendre ce qui va se dérouler. Vous avez tous reçu une copie de la fiche médicale de Tyrone Lewis, le jeune patient que des services américains nous ont confié.

Scott désigna un large rideau qui couvrait tout le mur derrière lui :

— Vous le découvrirez dans quelques instants, dans la pièce voisine. À travers la vitre sans tain, lui ne pourra pas nous voir. Nous l’avons installé dès ce matin pour lui laisser le temps de s’acclimater au lieu. Malgré son jeune âge, ce garçon présente de nombreux symptômes de démence aggravée de comportements violents. Le dossier que vous avez reçu ne mentionne pas qu’avant-hier, il a tué l’un de nos infirmiers.

Un murmure parcourut la petite assistance.

— Malgré ce drame, reprit Kinross, ce jeune homme peut sans doute nous aider à en apprendre plus sur ce type de maladie. Une de nos infirmières, Lauren, semble éveiller une réaction en lui. Il est impossible de dire si c’est d’ordre hormonal instinctif ou s’il existe un lien d’une autre nature. C’est précisément à cette question que je souhaite essayer de répondre, et votre analyse sera précieuse.

Au fond de la pièce, il désigna une régie vidéo devant laquelle étaient assis deux opérateurs :

— La salle dans laquelle se trouve Lewis est filmée par quatre caméras, plus une placée à vos côtés. Je vais maintenant éteindre la lumière et ouvrir le rideau.

Scott plongea la pièce dans l’obscurité et écarta le tissu. Lewis était étendu sur un simple matelas posé à même le sol.

— Voici notre patient. Au sens clinique, ce jeune homme a perdu toutes ses facultés cognitives. Selon nos tests, il a dépassé le stade le plus grave mesurable par les évaluations. J’insiste sur le fait qu’étant donné les circonstances, cette expérience ne pourra être menée qu’une seule fois. Je vais maintenant rejoindre l’infirmière qui a accepté de s’y prêter. Elle le fait en espérant aider ce jeune homme. Elle court un risque réel. Au premier signe d’agression, des agents injecteront des tranquillisants au patient. Si l’un de vous détecte le moindre élément annonciateur de risque, qu’il le signale immédiatement et nous arrêterons tout. Des questions ?

— À quoi vous attendez-vous ? demanda un psychiatre.

— Aucune idée, répondit Kinross. Sa réaction est impossible à prévoir. La dernière fois qu’ils se sont vus, il s’était montré calme avec elle, certainement attiré sexuellement.

— Et elle ? demanda un psychologue.

— Sans connaître la nature exacte de son mal, elle a été séduite. Il est impossible de définir si c’est une attirance purement physique ou si un autre facteur entre en compte.

Le spécialiste comportemental intervint :

— Vous avez sans doute un pronostic ?

— Aucun. Je n’ai pas voulu cette expérience pour vérifier une hypothèse. Nous sommes tous ici pour observer. S’il réagit à l’instinct, suivant ce qui se passera entre eux, il peut avoir envie de lui faire l’amour ou de la tuer. La rapidité de nos analyses sera vitale. Si vous n’avez pas d’autres questions…

Abandonnant le collège d’experts en pleine discussion, Scott sortit pour retrouver la jeune femme. Comme un boxeur avant d’entrer sur le ring, Lauren attendait, entourée de trois agents et d’un inspecteur principal qui lui rabâchaient les consignes de sécurité.

— Lauren, fit Kinross, c’est le moment.

— Je suis prête.

— Souvenez-vous, ajouta-t-il doucement, rien ne vous oblige à entrer dans cette pièce.

— Je suis sa seule chance. Tout le monde le prend déjà pour une bête sauvage…

L’inspecteur commenta d’un ton sec :

— J’espère que vous êtes conscient de ce que vous faites. Je ne laisserai pas ce type faire une victime de plus.

— N’intervenez pas avant que je vous en donne l’ordre, répliqua Kinross. Nous nous sommes mis d’accord avec vos supérieurs. Je comprends vos appréhensions…

— Appréhensions ? Vous rigolez. Dans votre hôpital, vous pouvez essayer tout ce qui vous chante mais ici, vous êtes sous ma responsabilité.

Kinross se tourna vers Lauren :

— Il vous suffit de dire « stop », et je vous sors de là.

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