Le Dico des dictionnaires
- Автор: Pruvost Jean
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions JC Lattès
- ISBN: 978-2709635684
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
Et si l’on consulte une édition du Petit Larousse illustré du XXIe siècle, le millésime 2012 par exemple, on constate un premier changement d’importance : toutes les illustrations sont en couleurs. La chose était éditorialement impossible en 1905, sans atteindre des prix pharaoniques. Et la surprise est de taille : de quatorze illustrations on passe à quatre figures et deux encarts : le dahlia, le daim, le dattier, le dauphin, pour les figures, et donc adieu dame-jeanne, dais et danois, etc. Et pour les encarts, on bénéficie d’un premier, utilement illustré, sur le mouvement Dada, en tant que mouvement, qui aurait pu se trouver dans les noms propres, et d’un second encart consacré à la danse, avec quatre photographies, dont une danseuse de Bali et une figure de flamenco.
Problème dictionnairique : sur la page où se trouve l’encart Dada, impossible d’ajouter une autre illustration, sous peine de donner l’impression d’un encombrement d’illustrations. Ainsi sont sacrifiés le dactyle, la graminée fourragère, la dague et le daguerréotype qui semble définitivement exclu. Quant au danois, pas de place dans le tout petit espace qui resterait sur la page qui abrite l’encart sur la danse ! Il eût été juste à côté de la danseuse de Bali !
Rien n’est ici à attribuer au savoir objectivement transmis ou au service exhaustivement rendu : il faut que l’ouvrage soit agréable et fasse rêver. Place donc à Dada et à la danse.
Le charme particulier d’un dictionnaire, qui peut passer entre autres par le bouquet d’illustrations qui y est offert, lorsqu’il s’agit d’un dictionnaire encyclopédique, dépend aussi de ses atours typographiques, de sa mise en page, de sa maniabilité, le tout ayant un coût.
Ainsi, pour le Petit Robert, sans cesse en expansion depuis 1967, date de sa première édition, il fallut déployer l’ingéniosité la plus active pour intégrer les ajouts annuels, parfois très conséquents, tout en garantissant un prix de vente qui ne soit pas déprimant.
Comment procéder alors ? En réduisant par exemple les marges, la taille des caractères, les interlignes, etc., pour arriver à intégrer à coût égal ou acceptable ce que chaque nouvelle édition ajoutait en information précieuse aux yeux du lexicographe. On finit même par jouer sur l’épaisseur des feuilles, pour ne pas donner l’impression d’un monument lourd et difficile à manipuler, réservé aux haltérophiles. Malgré tous ces efforts vient forcément le moment où la clientèle consciemment ou inconsciemment se montre réticente devant ce qui est devenu typographiquement indigeste.
Si vous disposez des premiers Petit Robert, comparez-les à ceux de la fin du siècle : il suffit de feuilleter les pages pour prendre conscience qu’on ne se trouve plus dans le même grammage du papier, que les définitions ne s’inscrivent plus dans la même épaisseur du support. Chacun en avait parfaitement conscience dans la maison d’édition, il fallait procéder à un régime amaigrissant, le Petit était devenu gras ; obèse, il ne séduirait plus !
Le Weight Watcher lexicographique eut lieu pour la refonte de 2006. Prenons le centimètre pour mesurer sa taille et les résultats du régime. Dans l’édition précédente, avant de le faire fondre, combien mesure marge de droite ou de gauche : huit millimètres. Qu’en est-il dans l’édition refondue : un centimètre huit. Un centimètre à bien y regarder, c’est énorme ! Le dictionnaire pouvait enfin respirer, dans un vêtement-page moins collant. Et entre les colonnes ? Un millimètre de plus aussi dans la séparation entre les colonnes, enfin entre chaque article, on passe de deux millimètres à quatre millimètres. Les mots le réclamaient depuis plus d’une décennie : laissez-nous respirer, on étouffe, on est trop serrés. On se touche presque ! Déjà qu’on ne choisit pas l’article qui précède et celui qui suit, à cause de notre maître l’ordre alphabétique, éloignez-nous au moins les uns des autres : que purin soit un peu plus loin que purifier, de grâce ! Qu’ils ne se touchent plus.
Justement, à propos de l’article toucher, consultons-le. Avant la refonte de 2006 : une colonne offre 83 lignes. Après la refonte, 79. L’article respire mieux… Certes, le lecteur qui consulte l’édition refondue, s’il ne dispose pas d’un Petit Robert plus ancien, n’a aucune conscience du progrès accompli. Il est pourtant réel. Il ne saura pas non plus ce qu’il a perdu, qui est tout aussi réel. Heureux auteurs de dictionnaires qui ne sont pas trop soumis à des lecteurs acheteurs de chaque millésime, qui ne manqueraient pas dans le même temps d’être laudatifs sur ce qui va mieux, sur ce qui est ajouté, et forcément critiques sur ce qui a été supprimé.
Nous sommes cependant là au cœur de la dictionnairique, car, à dire vrai, la lexicographie de 2005 à 2006 y a perdu. Pour ainsi gagner en espace, de manière très légitime en raison de la recherche d’une meilleure lisibilité, il a bien fallu en effet se séparer de quelque chose. Qui sont les disparus ? Ce sont les encadrés étymologiques, remarquables, qui se trouvaient à la fin de certains mots. À la fin du mot toucher par exemple ont été sacrifiées sur l’autel dictionnairique quatorze lignes d’excellence à propos de la famille étymologique du verbe toucher, en France et dans les langues romanes en général. L’encadré étymologique de toucher disparaît tout comme une centaine d’autres encadrés, dont par exemple l’encadré espace.
« Ce mot vient du latin spatium, “champ de courses, arène”, “étendue, distance”, “espace” et “durée, laps de temps” (cf. roum. spatiu, it. spazio, occ. espaci, cat. espai, esp. espacio, port. espaço). La famille correspond aux différents sens pris en français par espace… » Et suivent cinq lignes tout aussi riches d’informations, qui demeurent d’ailleurs dans la version électronique du Petit Robert, merveille des espaces électroniques presque illimités.
Un détail : on ne trouvera pas l’édition antérieure à 2006 dans les bibliothèques qui ont à cœur de remplacer au fur et à mesure les dictionnaires millésimés. C’est partir du principe faux que c’est toujours mieux, mais c’est aussi un simple problème d’espace disponible. Toujours la place, si chère…
En résumé : passons dictionnairiquement de huit millimètres à dix-huit millimètres — quelle vilaine phrase —, et gardons précieusement tous les millésimes.
Dumas et Larousse
Il a gagné des millions, mais sa poche est un tonneau des Danaïdes, mais son cœur s’émeut à l’aspect d’une misère ! Il lui a été beaucoup pardonné, parce qu’il a beaucoup donné. S’il avait pu contenir la fougue de sa nature, il aurait écrit des chefs-d’œuvre, il a dépensé son génie en détails.