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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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— Je me fous éperdument de la manière dont vous lui avez parlé ! Qu’a-t-il fait, bon Dieu !

— Il a, euh… désobéi aux ordres en ordonnant le repli de son unité et de toutes celles qui y étaient couplées, c’est-à-dire la 44 AI, la 31B, la 103R, la…

— Passez-moi les détails.

— Bien, seigneur. Il a ordonné aux troupes de quitter le théâtre des opérations au prétexte qu’il y avait des civils atamides sur le secteur…

— Des civils atas ? C’est l’expression qu’il a employée ? »

Robert n’arrivait pas à croire qu’on puisse appeler « civils » ces animaux. Il n’arrivait pas à croire que son vieil ennemi ait fait une telle bourde.

« Il a ordonné le repli pour ne pas avoir à tuer des Atamides ?

— Pas exactement, Monsieur le duc. Il a estimé que les guerriers atas défendaient ce secteur avec acharnement parce que des civils s’y trouvaient et qu’il valait mieux attendre qu’ils les aient évacués pour revenir à l’attaque. »

Ce n’était peut-être pas aussi idiot que ça en avait l’air au premier abord.

« Et vous, qu’en pensez-vous ? demanda Robert avec l’agressivité dont il était coutumier.

— Moi ? répondit le cadre, paniqué. Mais je ne suis pas…

— Répondez-moi, et vite !

— Je… D’après leurs données tactiques, il semblerait que la plupart de leurs unités étaient vouées à l’anéantissement dans les vingt minutes environ. Les prévisions avaient sous-estimé les renforts des Atamides sur le secteur. Mais les ordres du marquis de Villeneuve-Cassaignes étaient de…

— Oui, oui », répondit Robert qui avait entendu tout ce qu’il voulait savoir, puis il partit en laissant le cadre, médusé, la bouche ouverte au milieu de sa phrase.

Son malaise oublié, Robert remonta quatre à quatre l’escalier menant à la mezzanine de commandement. Il n’y avait pas une minute à perdre, il était hors de question de laisser passer sa chance comme il l’avait fait lors de la mort d’Argant et du conseil disciplinaire qui avait suivi. Déboulant en trombe dans l’atmosphère concentrée du commandement, il s’attira quelques haussements de sourcils désapprobateurs des seigneurs présents. Robert se recomposa une attitude convenant davantage au lieu puis se dirigea vers Raymond de St. Gilles. Celui-ci, assis à une table en compagnie de plusieurs généraux, participait à une simulation sur les prochaines batailles. La surface lumineuse de la table affichait une carte d’état-major où des vecteurs offensifs traçaient des motifs complexes. Se penchant jusqu’à l’oreille du comte de Toulouse, Robert lui murmura :

« Laissez tomber ce jeu pour enfants, il s’est passé quelque chose. »

Raymond se tourna vers lui, mi-irrité, mi-intrigué, tout près de lui dire que dans ce « jeu pour enfants » allait se jouer la vie de plusieurs milliers d’hommes, mais quelque chose dans l’expression de son allié ultra le fit changer d’avis.

« Messieurs, continuez sans moi, une affaire urgente m’appelle. » Les généraux présents se levèrent prestement tandis que le comte de Toulouse quittait la table.

Les deux seigneurs firent quelques pas en silence afin de se mettre à l’abri des oreilles indiscrètes, marchant jusqu’au garde-corps donnant sur l’hologramme géant du centre de la salle. La représentation était si grande aujourd’hui qu’il aurait suffi à Robert de tendre le bras pour passer sa main au travers.

« Qui y a-t-il, cher ami ? Vous avez l’air fébrile. Ça ne va pas ? »

Robert se passa la main dans les cheveux. Il avait conscience de donner l’image d’un adolescent excité, mais il s’en moquait.

« J’ai peut-être enfin une occasion de régler son compte à ce roquet de Tarente », dit-il d’une voix sifflante.

Raymond s’adossa au garde-corps et croisa les bras.

« Tiens. Le chien fou aurait-il encore fait des siennes ?

— Exactement. Figurez-vous que je viens d’apprendre, par un heureux hasard, que cet imbécile a ordonné à ses troupes de quitter le terrain au beau milieu d’un engagement, désobéissant aux directives temps réel de la Tour de contrôle.

— Quand est-ce arrivé ?

— C’est en train d’arriver ! s’exclama Robert, un sourire carnassier sur le visage. Je suis passé à côté de leur superviseur au moment où Tarente coupait la communication. À l’heure actuelle, ils doivent être à peine en train d’embarquer dans les barges de transport. »

Saint-Gilles commençait à comprendre pourquoi Robert était aussi animé.

« Je vois où vous voulez en venir. Nous avons plusieurs heures devant nous pour organiser sa disgrâce définitive, n’est-ce pas ?

— C’en est même presque trop facile ! Je n’ai jamais vu quelqu’un donner des bâtons pour se faire battre avec autant de constance. Cela me peine de le reconnaître, mais ce vieux sénile d’Urbain IX avait raison, il suffisait d’attendre pour que Tancrède de Tarente creuse lui-même sa tombe ! Avec un tel crime, nul ne pourra lui éviter un châtiment sévère. » Robert se mit à parler moins fort. « Par contre, nous ne devons surtout pas réitérer l’erreur de le juger en conseil de discipline. Cette fois, il faut qu’il passe directement en cour martiale. Là, il n’aura que des juges militaires face à lui et vous pouvez me croire qu’ils n’en feront qu’une bouchée. »

Les coins de la bouche de Saint-Gilles se soulevèrent, dessinant un rictus ressemblant à un sourire.

« Et je suppose que vous connaissez déjà bon nombre d’entre eux. »

Ce n’était pas une question, Robert se contenta de hocher la tête.

« Et en ce qui concerne Pierre l’Ermite ? reprit Saint-Gilles. Peut-être vaut-il mieux le prévenir le plus tard possible, afin qu’il n’ait pas le temps de s’organiser.

— Non, je ne pense pas que ce soit nécessaire. Pierre l’Ermite n’est plus un problème pour nous, il est totalement dépassé par les événements. Il a manifestement cessé de s’intéresser à cette guerre peu après le début des combats et il ne vient pratiquement jamais au Centre de commandement. Comme je l’ai toujours dit, il n’avait pas la moitié de la carrure nécessaire pour diriger une telle campagne. Aujourd’hui, je tirerais une charge T-farad sur Tarente en pleine rue et devant témoins qu’il n’aurait même plus le courage de me faire une simple réprimande ! »

Agacé, Raymond secoua la tête. Comme d’habitude, Robert en faisait trop. Le chef spirituel de la croisade s’était certes inexplicablement mis en retrait depuis quelques semaines, mais il n’était pas pour autant sur le banc de touche. Raymond commençait à craindre que, comme souvent, Robert ne se montre imprudent.

« Attention à ne pas le sous-estimer, sermonna-t-il. Je crois que nous ne devons pas négliger le…

— Oui, oui, bien entendu, coupa Robert avec impatience. Toutefois, que pourrait-il bien prétexter pour s’opposer à une cour martiale ? C’est bien le moins que l’on puisse faire après une telle rébellion ! »

Le comte de Toulouse eut soudain l’air mal à l’aise.

« Certes, certes, néanmoins, il faudra prendre garde que cette cour ne mette pas en relief d’éventuelles euh… mauvaises appréciations dans le commandement exécutif. » Robert ne put retenir un rire.

« D’éventuelles mauvaises appréciations ? répéta-t-il de façon maniérée. Vous faites certainement allusion au commandement calamiteux de votre beau-frère, n’est-ce pas ? » Ne goûtant guère une telle ironie, Raymond sentit une soudaine chaleur enflammer ses joues, mais Robert continua de plus belle.

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