Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
La menace avait porté. Quelques minutes plus tard, Tancrède vit ce qui restait des unités refluer vers le point d’extraction. Tandis qu’il contemplait la scène du haut de son percheron, plusieurs cadres de l’état-major hurlaient en même temps dans ses oreilles qu’il devait cesser immédiatement ce repli illégal, que tout le détachement devait rejoindre la zone de combat, que désobéir sur le champ de bataille était passible de…
Tancrède prit une longue inspiration, la relâcha lentement puis leur dit, en détachant toutes les syllabes : « Allez pourrir en enfer. Allez tous pourrir en enfer. »
Puis, il coupa son canal com.
Ce fut un pur hasard si Robert de Montgomery fut le premier informé de la rébellion de Tancrède de Tarente.
Comme la plupart des barons de la croisade, Robert ne quittait pratiquement jamais le Quartier Général de l’état-major des armées croisées. Ce bâtiment, situé sur le point le plus élevé du promontoire central de la Nouvelle-Jérusalem, regroupait l’ensemble des moyens de communication et de commandement qui permettaient aux seigneurs de diriger les combats en toute sécurité. Des dizaines d’officiers œuvraient ici à transmettre les directives aux chefs de section sur le terrain tout en surveillant les données tactiques qui défilaient en permanence sur leurs écrans.
Au centre du bâtiment, une grande salle circulaire abritait le fameux projecteur holo ISM-3n qui avait permis, quelques semaines plus tôt, de diffuser au-dessus des troupes la représentation géante du pape. Depuis, il avait retrouvé sa fonction initiale : donner la possibilité aux chefs militaires d’obtenir toute vue nécessaire du théâtre des opérations, relayée soit par satellite, soit par n’importe laquelle des innombrables caméras intégrées aux exosquelettes de guerre. Cependant, la fonction la plus spectaculaire de ce complexe mécanisme optique consistait à projeter des vues tactiques schématisées simulant l’évolution des combats. Les vues projetées en relief dans le vaste espace de la salle atteignaient parfois plus de vingt mètres de côté et, lorsque cela arrivait, les opérateurs assis autour de la grande table circulaire qui faisait le tour de la lentille étaient comme absorbés par le nuage de lumière qui jaillissait de toutes parts. Ils ne pouvaient alors même plus voir les représentations qu’ils généraient. Cela n’avait toutefois aucune importance, ces images étaient destinées aux seigneurs et eux, confortablement installés sur la mezzanine de commandement en hauteur, n’en perdaient pas une miette.
En temps normal, l’atmosphère des lieux était calme et feutrée, mais lors des offensives, la tension montait rapidement et tout le monde se mettait à crier et à courir en tout sens pour porter des ordres. En dépit de la faiblesse de l’éclairage qui maintenait une certaine pénombre, les projections holo pouvaient parfois éclabousser de lumière tout le QG, y compris jusqu’aux bureaux secondaires. Et ce jour-là, les reflets fantomatiques que les images projetaient sur les murs dansaient une sarabande infernale en parfait accord avec l’agitation fébrile qui s’était emparée du QG. L’offensive contre le secteur du tombeau du Christ était lancée.
Le marquis de Villeneuve-Cassaignes arpentait le large couloir circulaire du rez-de-chaussée en s’époumonant à répéter ses instructions à tous les cadres penchés sur leurs consoles, qui eux-mêmes les relayaient aux officiers sur le front, en criant dans leur micro, le visage couvert de sueur. Villeneuve-Cassaignes, marquis de Haute-Cerdagne et commandant exécutif des armées croisées, était chargé d’appliquer la stratégie élaborée par le conseil de guerre. À cet effet, il avait toute latitude pour choisir localement telle ou telle tactique dans la mesure où les objectifs définis par le conseil finissaient par être atteints.
Assis sur l’une des banquettes de la mezzanine des officiers, Robert contemplait ce bouillonnement d’un air soucieux. Depuis maintenant presque une heure, il se sentait mal. Des contractions de son estomac lui procuraient de douloureuses nausées qui, conjuguées à la chaleur et l’agitation du QG lui étaient devenues presque insupportables. Il soupçonnait le déjeuner servi ce midi au mess d’être responsable de ce brusque malaise. Pourtant, personne d’autre ne semblait en souffrir. Il décida de quitter les lieux et de prendre l’air quelques minutes pour le dissiper.
En descendant dans le couloir circulaire, il eut l’impression de se retrouver dans le grand salon du roi à Versailles 2, là où les courtisans et quémandeurs de toute nature venaient attendre, parfois plusieurs jours, qu’on daigne leur accorder une audience. Robert n’avait bien entendu jamais eu à subir à cette attente, mais lorsqu’il voulait être reçu par Philippe IX, il lui fallait néanmoins traverser cette foule de sangsues. Cet après-midi-là, la densité humaine et l’anxiété exsudée au QG n’étaient pas sans lui rappeler cet endroit. En dépit de son rang et de sa célébrité, plusieurs auxiliaires pressés le bousculèrent ou lui passèrent devant sans même s’excuser au point qu’il finit par en attraper un par le revers de sa veste.
« Toi ! » s’exclama-t-il, furieux. L’homme esquissa un geste pour se dégager de la prise, mais s’arrêta net lorsqu’il vit qui le retenait. « Tu ferais mieux de faire un peu plus attention si tu ne veux pas finir avec le visage en bouillie !
— Veuillez me pardonner, seigneur, bégaya l’officier. Je ne vous avais pas vu… Je n’aurais… »
Robert le relâcha en le poussant vers l’arrière d’un geste brusque. Il aurait volontiers passé sa colère sur cet abruti, toutefois sa nausée lui en coupait l’envie. L’homme trébucha et dut se rattraper à la manche de quelqu’un d’autre pour ne pas se retrouver par terre. Robert de Montgomery lui lança un dernier regard chargé de mépris puis reprit sa tentative pour atteindre la sortie.
À ce moment, il entendit juste derrière lui une voix qu’il connaissait bien et qu’il n’avait plus entendue depuis des mois. Son esprit se figea aussitôt. Même si la voix était à peine audible dans le brouhaha général et déformée par la transmission, Robert l’aurait reconnue entre mille.
« …en enfer. Allez tous pourrir en enfer. »
Tancrède de Tarente.
Oubliant aussitôt son malaise, le duc de Montgomery fit volte-face et chercha des yeux d’où elle venait. Il remarqua un opérateur tellement penché sur son écran qu’il le touchait presque du nez, les yeux exorbités et les veines du cou saillantes tant il était hors de lui.
« Lieutenant ! hurlait-il, la bave aux lèvres. Vous ne pouvez pas faire ça ! Vous n’en avez pas le droit ! Vous ne pouvez même pas imaginer ce qui va vous tomber dessus si vous ne cessez pas immédiatement ce repli ! »
Bousculant au passage deux personnes, Robert se précipita vers le cadre éructant, le saisit par les épaules et le plaqua sans ménagement dans son fauteuil.
« Qui est-ce ? » beugla-t-il.
Interloqué, les yeux écarquillés, le cadre dévisagea stupidement l’homme qui venait de lui crier dessus. Plusieurs personnes tournèrent la tête vers eux.
« Qui est le chef de section à qui vous venez de vous adresser ? demanda à nouveau Robert, en tâchant d’avoir l’air moins hystérique.
— Le chef de… ? répéta le cadre avant de réaliser qu’il avait en face de lui l’un des principaux barons de la croisade. Ah, euh… il s’agit du lieutenant Tancrède de Tarente, Monsieur le duc !
— Qu’a-t-il fait pour que vous lui passiez un tel savon ?
— Je suis désolé, s’écria le cadre en croyant avoir commis une faute. Je n’aurais pas dû lui parler comme ça, je sais que…