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Un festin pour les corbeaux

Электронная книга - «Un festin pour les corbeaux». Краткое содержание книги:

Lady Brienne, dite la pucelle de Torth, poursuit la quête désespérée dont l’a chargée Jaime Lannister. Accompagnée du septon Meribal, de Podrick, son fidèle écuyer, et de Ser Hyle, elle arpente sans relâche le royaume à la recherche de Sansa Stark. Mais à défaut de la fille, c’est la mère, Catelyn, qu’elle trouvera… ou du moins ce qu’il en reste.
Car Sansa, depuis le régicide auquel elle a été mêlée à son insu, se cache au Val d’Arryne, sous l’identité d’Alayne Stone, prétendue bâtarde de Lord Petyr Baelish, Littlefinger. Plus pour longtemps, cependant : ce dernier a concocté un plan qui, s’il fonctionne, devrait faire revenir la jeune fille sur le devant de la scène.
Et pendant que tous les Loups s’agitent, Cersei Lannister tente de maintenir en un seul morceau l’empire qu’a laissé Lord Tywin, son père. N’a-t-elle pas joué une fois de trop avec le feu en réarmant la Foi et ses ecclésiastiques pour le moins radicaux ?
Un festin pour les corbeaux, douzième tome du Trône de Fer, clôt un chapitre important de la magistrale saga de George R.R. Martin.
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Il n’y avait pas grand-chose à répondre à cela, mais Sam avait fait tout son possible pour le réconforter si peu que ce fut. Et Vère vint ensuite chanter une chanson pour le vieillard, une espèce de chansonnette absurde qu’elle avait apprise de l’une des autres épouses de Craster mais qui n’en fit pas moins sourire le destinataire et l’aida à se rendormir.

C’avait été là l’un de ses derniers bons jours. Ensuite, il finit par passer plus de temps assoupi qu’éveillé, pelotonné sous des tas de fourrures dans la cabine du capitaine. Il lui arrivait parfois de marmonner dans son sommeil. Dès son réveil, il faisait appeler Sam, affirmant qu’il avait quelque chose à lui dire, mais le plus souvent, quand Sam arrivait, il avait oublié ce dont il comptait lui parler. Et quand bien même il s’en souvenait, ses propos étaient totalement chaotiques. Il évoquait des rêves dont il ne nommait jamais celui qui les avait faits, une chandelle de verre qu’on ne pouvait pas allumer et des œufs qui ne pouvaient pas éclore. Il disait que le sphinx était l’énigme et non pas l’énigmateur, mais allez savoir, vous, ce que cela pouvait bien signifier. Il priait Sam de lui lire des extraits d’un livre de Septon Barth, dont les écrits avaient été brûlés sous le règne de Baelor le Bienheureux. Une fois, il se réveilla en larmes. « Les dragons doivent avoir trois têtes, pleurnicha-t-il, mais je suis trop vieux et fragile pour être du nombre. Je devrais être avec elle afin de lui montrer la voie, mais mon corps m’a trahi. »

Tandis que La Brise cannelle frayait sa route parmi les Degrés de Pierre, mestre Aemon en était venu à ne plus guère se rappeler le nom de Sam. Certains jours, il le prenait pour l’un de ses frères morts. « Il était trop fragile pour faire un aussi long voyage », dit Sam à Vère sur le château de proue, après avoir siroté trois nouvelles gouttes de rhum. « Jon aurait dû s’en rendre compte. Aemon étant âgé de cent deux ans, jamais il n’aurait fallu lui faire prendre la mer. S’il était resté à Châteaunoir, il aurait pu vivre dix ans de plus.

— Elle aurait aussi bien pu le brûler, dans ce cas. La femme rouge. » Même ici, à mille lieues du Mur, Vère répugnait à prononcer tout haut le nom de lady Mélisandre. « Elle voulait du sang de roi pour ses feux. Val le savait. Lord Snow aussi. C’est pour ça qu’ils m’ont fait emporter l’enfant de Délia et laisser le mien à la place. Mestre Aemon s’est endormi pour ne plus se réveiller, mais s’il était resté là-bas, elle l’aurait brûlé. »

Il va brûler, de toute manière, songea misérablement Sam, simplement, c’est moi qui vais devoir me charger de cette besogne. Les Targaryens donnaient toujours leurs défunts aux flammes. Mais comme Quhuru Mo ne voulait pas entendre parler de bûcher funéraire à bord de La Brise cannelle, on avait fourré la dépouille d’Aemon dans un baril d’alcool de mûres pour qu’elle se conserve jusqu’à ce que le navire ait atteint Villevieille.

« La nuit d’avant sa mort, il m’a demandé la permission de tenir le bébé, poursuivit Vère. J’avais peur qu’il le lâche, mais il ne l’a pas lâché. Il l’a bercé et lui a fredonné une chanson, et le fils de Délia a levé sa menotte pour toucher son visage. A la façon dont il lui tiraillait la lèvre, j’ai cru qu’il risquait de lui faire mal, mais le vieil homme n’a fait qu’en rire. » Elle caressa la main de Sam. « Nous pourrions baptiser le petit Mestre, si ça te plaît. Quand il sera assez vieux pour ça, pas maintenant. Nous pourrions, non ?

— Mestre n’est pas un prénom. Mais tu pourrais toujours le nommer Aemon. »

Vère réfléchit à la suggestion. « Délia l’a mis au monde pendant la bataille, pendant que les épées chantaient tout autour d’elle. Aemon des Combats. Aemon Chant d’Acier. »

Un nom qui pourrait plaire même à mon père. Un nom de guerrier. Le gosse était le fils de Mance Rayder et le petit-fils de Craster, après tout. Il n’avait pas une seule goutte du sang pleutre de Sam. « Oui. Appelle-le comme ça.

— Quand il aura deux ans, promit-elle, pas avant.

— Où est-il, au fait ? » s’avisa subitement Sam. Entre le rhum et le chagrin, il lui avait fallu tout ce temps pour s’apercevoir que Vère ne l’avait pas avec elle.

« C’est Kojja qui le garde. Je l’ai priée de s’en occuper pendant un moment.

— Ah. » Fille du capitaine, Kojja Mo était plus grande que Sam et svelte comme une pique, et elle avait la peau aussi noire et lisse que du jais poli. Elle commandait en outre les archers rouges du navire, et l’arc d’orcœur à double courbure qu’elle maniait pouvait décocher des traits à quelque quatre cents pas. Quand ils avaient été attaqués dans les Degrés de Pierre par les pirates, ses flèches avaient abattu une douzaine d’individus, pendant que celles de Sam tombaient toutes à la mer. La seule chose que Kojja préférait à son arc était de faire sauter l’enfant de Délia sur ses genoux et de lui chanter des chansons en langue d’Eté. Le petit prince sauvageon était devenu le chouchou de toutes les femmes de l’équipage, et Vère paraissait le leur confier plus volontiers qu’elle ne l’avait jamais fait avec n’importe quel homme.

« C’est bien aimable à elle, commenta Sam.

— Elle me faisait une peur bleue, au début, reconnut Vère. Elle était si noire, et elle avait des dents si grandes et si blanches, je craignais qu’elle soit une bête fauve ou un monstre, mais elle ne l’est pas. Elle a bon cœur. Je l’aime bien.

— Je le sais. » Pendant la plus grande partie de son existence, Vère n’avait pas connu d’autre homme que le terrifiant Craster. Le reste de son univers était alors composé de femmes. Les hommes lui font peur, mais pas les femmes, saisit brusquement Sam. Il n’avait pas de mal à le comprendre. A Corcolline, il avait lui-même préféré la compagnie des filles. Ses sœurs étaient gentilles avec lui, et les autres filles avaient beau l’accabler parfois de railleries, les cruautés verbales étaient plus faciles à ignorer que les coups et les mauvais traitements que lui infligeaient les autres garçons du château. Même maintenant, là, sur La Brise cannelle, Sam se sentait beaucoup plus à l’aise avec Kojja Mo qu’avec son Quhuru Mo de père, mais peut-être cela tenait-il à ce qu’elle parlait la Langue Commune et lui non.

« Je t’aime bien toi aussi, Sam, chuchota Vère. Et j’aime bien cette boisson. Elle a un goût de feu. »

Oui, songea Sam, une boisson pour dragons. Leurs coupes étant vides, il se rendit auprès du baril afin de les remplir une nouvelle fois. Le soleil était bas, à l’ouest, vit-il, et boursouflé au point d’avoir le triple de sa dimension normale. Son éclat rougeâtre donnait au visage de Vère un aspect cramoisi. Ils burent une coupe en l’honneur de Kojja Mo, puis une pour l’enfant de Délia, et encore une pour celui de Vère, là-bas, sur le Mur. Après quoi, force leur fut d’en vider deux à la mémoire d’Aemon, de la maison Targaryen. « Puisse le Père le juger en toute équité », fit Sam en reniflant. Le soleil avait presque disparu quand ils en eurent terminé de l’hommage à mestre Aemon. Seul brillait encore, à l’ouest, au-dessus de l’horizon, un long filet ténu, telle une écorchure sanguinolente en travers du ciel. Vère ayant dit que la boisson faisait toupiller le bateau, Sam l’aida à descendre l’échelle qui conduisait aux quartiers des femmes, à l’avant.

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