Le Mystère De La Chambre Jaune
- Автор: Леру Гастон
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Le Mystère De La Chambre Jaune». Краткое содержание книги:
Une fois dans la «chambre jaune», ils découvrent Mathilde râlant, allongée sur le sol et pleine de sang. On peut apercevoir des marques impressionnantes d’ongles sur son cou. Le criminel a filé. Pourtant, la porte est prise d’assaut par quatre personnes et l’unique fenêtre grillagée de la pièce est verrouillée avec ses volets clos qu’on ne peut fermer que de l’intérieur. Aucune fuite n’est possible! Le jeune Rouletabille décide de se rendre sur le lieu du crime afin de retrouver la trace du malfaiteur.
Je reportai les yeux sur Rouletabille.
«Ah ça! monsieur Fred! disait-il, depuis quand avez-vous donc une canne?… Je vous ai toujours vu vous promener, moi, les mains dans les poches!…
– C’est un cadeau qu’on m’a fait, répondit le policier…
– Il n’y a pas longtemps, insista Rouletabille…
– Non, on me l’a offerte à Londres…
– C’est vrai, vous revenez de Londres, monsieur Fred… On peut la voir, votre canne?…
– Mais, comment donc?…»
Fred passa la canne à Rouletabille. C’était une grande canne bambou jaune à bec de corbin, ornée d’une bague d’or.
Rouletabille l’examinait minutieusement.
«Eh bien, fit-il, en relevant une tête gouailleuse, on vous a offert à Londres une canne de France!
– C’est possible, fit Fred, imperturbable…
– Lisez la marque ici en lettres minuscules: «Cassette, 6 bis, opéra…»
– On fait bien blanchir son linge à Londres, dit Fred… les anglais peuvent bien acheter leurs cannes à Paris…»
Rouletabille rendit la canne. Quand il m’eut mis dans mon compartiment, il me dit:
«Vous avez retenu l’adresse?
– Oui, «Cassette, 6 bis, Opéra…» Comptez sur moi, vous recevrez un mot demain matin.»
Le soir même, en effet, à Paris, je voyais M. Cassette, marchand de cannes et de parapluies, et j’écrivais à mon ami:
«Un homme répondant à s’y méprendre au signalement de M. Robert Darzac, même taille, légèrement voûté, même collier de barbe, pardessus mastic, chapeau melon, est venu acheter une canne pareille à celle qui nous intéresse le soir même du crime, vers huit heures.
M. Cassette n’en a point vendu de semblable depuis deux ans. La canne de Fred est neuve. Il s’agit donc bien de celle qu’il a entre les mains. Ce n’est pas lui qui l’a achetée puisqu’il se trouvait alors à Londres. Comme vous, je pense «qu’il l’a trouvée quelque part autour de M. Robert Darzac…» Mais alors, si, comme vous le prétendez, l’assassin était dans la «Chambre Jaune» depuis cinq heures, ou même six heures, comme le drame n’a eu lieu que vers minuit, l’achat de cette canne procure un alibi irréfutable à M. Robert Darzac.»
XIII «Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat»
Huit jours après les événements que je viens de raconter, exactement le 2 novembre, je recevais à mon domicile, à Paris, un télégramme ainsi libellé: «Venez au Glandier, par premier train. Apportez revolvers. Amitiés. Rouletabille.»
Je vous ai déjà dit, je crois, qu’à cette époque, jeune avocat stagiaire et à peu près dépourvu de causes, je fréquentais le Palais, plutôt pour me familiariser avec mes devoirs professionnels, que pour défendre la veuve et l’orphelin. Je ne pouvais donc m’étonner que Rouletabille disposât ainsi de mon temps; et il savait du reste combien je m’intéressais à ses aventures journalistiques en général et surtout à l’affaire du Glandier. Je n’avais eu de nouvelles de celle-ci, depuis huit jours, que par les innombrables racontars des journaux et par quelques notes très brèves, de Rouletabille dans L’Époque. Ces notes avaient divulgué le coup de «l’os de mouton» et nous avaient appris qu’à l’analyse les marques laissées sur l’os de mouton s’étaient révélées «de sang humain»; il y avait là les traces fraîches «du sang de Mlle Stangerson»; les traces anciennes provenaient d’autres crimes pouvant remonter à plusieurs années…
Vous pensez si l’affaire défrayait la presse du monde entier. Jamais illustre crime n’avait intrigué davantage les esprits. Il me semblait bien cependant que l’instruction n’avançait guère; aussi eussé-je été très heureux de l’invitation que me faisait mon ami de le venir rejoindre au Glandier, si la dépêche n’avait contenu ces mots: «Apportez revolvers.»
Voilà qui m’intriguait fort. Si Rouletabille me télégraphiait d’apporter des revolvers, c’est qu’il prévoyait qu’on aurait l’occasion de s’en servir. Or, je l’avoue sans honte: je ne suis point un héros. Mais quoi! il s’agissait, ce jour-là, d’un ami sûrement dans l’embarras qui m’appelait, sans doute, à son aide; je n’hésitai guère; et, après avoir constaté que le seul revolver que je possédais était bien armé, je me dirigeai vers la gare d’Orléans. En route, je pensai qu’un revolver ne faisait qu’une arme et que la dépêche de Rouletabille réclamait revolvers au pluriel; j’entrai chez un armurier et achetai une petite arme excellente, que je me faisais une joie d’offrir à mon ami.
J’espérais trouver Rouletabille à la gare d’Épinay, mais il n’y était point. Cependant un cabriolet m’attendait et je fus bientôt au Glandier. Personne à la grille. Ce n’est que sur le seuil même du château que j’aperçus le jeune homme. Il me saluait d’un geste amical et me recevait aussitôt dans ses bras en me demandant, avec effusion, des nouvelles de ma santé.
Quand nous fûmes dans le petit vieux salon dont j’ai parlé, Rouletabille me fit asseoir et me dit tout de suite:
– Ça va mal!
– Qu’est-ce qui va mal?
– Tout!»
Il se rapprocha de moi, et me confia à l’oreille:
«Frédéric Larsan marche à fond contre M. Robert Darzac.»
Ceci n’était point pour m’étonner, depuis que j’avais vu le fiancé de Mlle Stangerson pâlir devant la trace de ses pas.
Cependant, j’observai tout de suite:
«Eh bien! Et la canne?
– La canne! Elle est toujours entre les mains de Frédéric Larsan qui ne la quitte pas…
– Mais… ne fournit-elle pas un alibi à M. Robert Darzac?
– Pas le moins du monde. M. Darzac, interrogé par moi en douceur, nie avoir acheté ce soir-là, ni aucun autre soir, une canne chez Cassette… Quoi qu’il en soit, fit Rouletabille, «je ne jurerais de rien», car M. Darzac a de si étranges silences qu’on ne sait exactement ce qu’il faut penser de ce qu’il dit!…
– Dans l’esprit de Frédéric Larsan, cette canne doit être une bien précieuse canne, une canne à conviction… Mais de quelle façon? Car, toujours à cause de l’heure de l’achat, elle ne pouvait se trouver entre les mains de l’assassin…
– L’heure ne gênera pas Larsan… Il n’est pas forcé d’adopter mon système qui commence par introduire l’assassin dans la «Chambre Jaune», entre cinq et six; qu’est-ce qui l’empêche, lui, de l’y faire pénétrer entre dix heures et onze heures du soir? À ce moment, justement, M. et Mlle Stangerson, aidés du père Jacques, ont procédé à une intéressante expérience de chimie dans cette partie du laboratoire occupée par les fourneaux. Larsan dira que l’assassin s’est glissé derrière eux, tout invraisemblable que cela paraisse… Il l’a déjà fait entendre au juge d’instruction… Quand on le considère de près, ce raisonnement est absurde, attendu que le familier – si familier il y a – devait savoir que le professeur allait bientôt quitter le pavillon; et il y allait de sa sécurité, à lui familier, de remettre ses opérations après ce départ… Pourquoi aurait-il risqué de traverser le laboratoire pendant que le professeur s’y trouvait? Et puis, quand le familier se serait-il introduit dans le pavillon?… Autant de points à élucider avant d’admettre l’imagination de Larsan. Je n’y perdrai pas mon temps, quant à moi, car j’ai un système irréfutable qui ne me permet point de me préoccuper de cette imagination-là! Seulement, comme je suis obligé momentanément de me taire et que Larsan, quelquefois, parle… il se pourrait que tout finît par s’expliquer contre M. Darzac… si je n’étais pas là! ajouta le jeune homme avec orgueil. Car il y a contre ce M. Darzac d’autres «signes extérieurs» autrement terribles que cette histoire de canne, qui reste pour moi incompréhensible, d’autant plus incompréhensible que Larsan ne se gêne pas pour se montrer devant M. Darzac avec cette canne qui aurait appartenu à M. Darzac lui-même! Je comprends beaucoup de choses dans le système de Larsan, mais je ne comprends pas encore la canne.