Le Mystère De La Chambre Jaune
- Автор: Леру Гастон
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Le Mystère De La Chambre Jaune». Краткое содержание книги:
Une fois dans la «chambre jaune», ils découvrent Mathilde râlant, allongée sur le sol et pleine de sang. On peut apercevoir des marques impressionnantes d’ongles sur son cou. Le criminel a filé. Pourtant, la porte est prise d’assaut par quatre personnes et l’unique fenêtre grillagée de la pièce est verrouillée avec ses volets clos qu’on ne peut fermer que de l’intérieur. Aucune fuite n’est possible! Le jeune Rouletabille décide de se rendre sur le lieu du crime afin de retrouver la trace du malfaiteur.
– Oui, oui, cela nous le savons… dit M. de Marquet.
– Ce retour sous le lit prouve que le vol, continua cet étonnant gamin de journaliste, n’était point le seul mobile de la venue de l’homme. Ne me dites point qu’il s’y serait aussitôt réfugié en apercevant, par la fenêtre du vestibule, soit le père Jacques, soit M. et Mlle Stangerson s’apprêtant à rentrer dans le pavillon. Il était beaucoup plus facile pour lui de grimper au grenier, et, caché, d’attendre une occasion de se sauver, si son dessein n’avait été que de fuir. Non! Non! Il fallait que l’assassin fût dans la «Chambre Jaune»…
Ici, le chef de la Sûreté intervint:
«Ça n’est pas mal du tout, cela, jeune homme! mes félicitations… et si nous ne savons pas encore comment l’assassin est parti, nous suivons déjà, pas à pas, son entrée ici, et nous voyons ce qu’il y a fait: il a volé. Mais qu’a-t-il donc volé?
– Des choses extrêmement précieuses», répondit le reporter.
À ce moment, nous entendîmes un cri qui partait du laboratoire. Nous nous y précipitâmes, et nous y trouvâmes M. Stangerson qui, les yeux hagards, les membres agités, nous montrait une sorte de meuble-bibliothèque qu’il venait d’ouvrir et qui nous apparut vide.
Au même instant, il se laissa aller dans le grand fauteuil qui était poussé devant le bureau et gémit:
«Encore une fois, je suis volé…»
Et puis une larme, une lourde larme, coula sur sa joue:
«Surtout, dit-il, qu’on ne dise pas un mot de ceci à ma fille… Elle serait encore plus peinée que moi…»
Il poussa un profond soupir, et, sur le ton d’une douleur que je n’oublierai jamais:
«Qu’importe, après tout… pourvu qu’elle vive!…
– Elle vivra! dit, d’une voix étrangement touchante, Robert Darzac.
– Et nous vous retrouverons les objets volés, fit M Dax. Mais qu’y avait-il dans ce meuble?
– Vingt ans de ma vie, répondit sourdement l’illustre professeur, ou plutôt de notre vie, à ma fille et à moi. Oui, nos plus précieux documents, les relations les plus secrètes sur nos expériences et sur nos travaux, depuis vingt ans, étaient enfermés là. C’était une véritable sélection parmi tant de documents dont cette pièce est pleine. C’est une perte irréparable pour nous, et, j’ose dire, pour la science. Toutes les étapes par lesquelles j’ai dû passer pour arriver à la preuve décisive de l’anéantissement de la matière, avaient été, par nous, soigneusement énoncées, étiquetées, annotées, illustrées de photographies et de dessins. Tout cela était rangé là. Le plan de trois nouveaux appareils, l’un pour étudier la déperdition, sous l’influence de la lumière ultra-violette, des corps préalablement électrisés; l’autre qui devait rendre visible la déperdition électrique sous l’action des particules de matière dissociée contenue dans les gaz des flammes; un troisième, très ingénieux, nouvel électroscope condensateur différentiel; tout le recueil de nos courbes traduisant les propriétés fondamentales de la substance intermédiaire entre la matière pondérable et l’éther impondérable; vingt ans d’expériences sur la chimie intra-atomique et sur les équilibres ignorés de la matière; un manuscrit que je voulais faire paraître sous ce titre: Les Métaux qui souffrent. Est-ce que je sais? est-ce que je sais? L’homme qui est venu là m’aura tout pris… Ma fille et mon œuvre… mon cœur et mon âme…
Et le grand Stangerson se prit à pleurer comme un enfant.
Nous l’entourions en silence, émus par cette immense détresse. M. Robert Darzac, accoudé au fauteuil où le professeur était écroulé, essayait en vain de dissimuler ses larmes, ce qui faillit un instant me le rendre sympathique, malgré l’instinctive répulsion que son attitude bizarre et son émoi souvent inexpliqué m’avaient inspirée pour son énigmatique personnage.
M Joseph Rouletabille, seul, comme si son précieux temps et sa mission sur la terre ne lui permettaient point de s’appesantir sur la misère humaine, s’était rapproché, fort calme, du meuble vide et, le montrant au chef de la Sûreté, rompait bientôt le religieux silence dont nous honorions le désespoir du grand Stangerson. Il nous donna quelques explications, dont nous n’avions que faire, sur la façon dont il avait été amené à croire à un vol, par la découverte simultanée qu’il avait faite des traces dont j’ai parlé plus haut dans le lavatory, et de la vacuité de ce meuble précieux dans le laboratoire. Il n’avait fait, nous disait-il, que passer dans le laboratoire; mais la première chose qui l’avait frappé avait été la forme étrange du meuble, sa solidité, sa construction en fer qui le mettait à l’abri d’un accident par la flamme, et le fait qu’un meuble comme celui-ci, destiné à conserver des objets auxquels on devait tenir par-dessus tout, avait, sur sa porte de fer, «sa clef». «On n’a point d’ordinaire un coffre-fort pour le laisser ouvert…» Enfin, cette petite clef, à tête de cuivre, des plus compliquées, avait attiré, paraît-il, l’attention de M. Joseph Rouletabille, alors qu’elle avait endormi la nôtre. Pour nous autres, qui ne sommes point des enfants, la présence d’une clef sur un meuble éveille plutôt une idée de sécurité, mais pour M. Joseph Rouletabille, qui est évidemment un génie -comme dit José Dupuy dans Les cinq cents millions de Gladiator. «Quel génie! Quel dentiste!» – la présence d’une clef sur une serrure éveille l’idée du vol. Nous en sûmes bientôt la raison.
Mais, auparavant que de vous la faire connaître, je dois rapporter que M. de Marquet me parut fort perplexe, ne sachant s’il devait se réjouir du pas nouveau que le petit reporter avait fait faire à l’instruction ou s’il devait se désoler de ce que ce pas n’eût pas été fait par lui. Notre profession comporte de ces déboires, mais nous n’avons point le droit d’être pusillanime et nous devons fouler aux pieds notre amour-propre quand il s’agit du bien général. Aussi M. de Marquet triompha-t-il de lui-même et trouva-t-il bon de mêler enfin ses compliments à ceux de M Dax, qui, lui, ne les ménageait pas à M. Rouletabille. Le gamin haussa les épaules, disant: «il n’y a pas de quoi!» Je lui aurais flanqué une gifle avec satisfaction, surtout dans le moment qu’il ajouta:
«Vous feriez bien, monsieur, de demander à M. Stangerson qui avait la garde ordinaire de cette clef?
– Ma fille, répondit M. Stangerson. Et cette clef ne la quittait jamais.
– Ah! mais voilà qui change l’aspect des choses et qui ne correspond plus avec la conception de M. Rouletabille, s’écria M. de Marquet. Si cette clef ne quittait jamais Mlle Stangerson, l’assassin aurait donc attendu Mlle Stangerson cette nuit-là, dans sa chambre, pour lui voler cette clef, et le vol n’aurait eu lieu qu’après l’assassinat! Mais, après l’assassinat, il y avait quatre personnes dans le laboratoire!… Décidément, je n’y comprends plus rien!…»
Et M. de Marquet répéta, avec une rage désespérée, qui devait être pour lui le comble de l’ivresse, car je ne sais si j’ai déjà dit qu’il n’était jamais aussi heureux que lorsqu’il ne comprenait pas:
«… plus rien!
– Le vol, répliqua le reporter, ne peut avoir eu lieu qu’avant l’assassinat. C’est indubitable pour la raison que vous croyez et pour d’autres raisons que je crois. Et, quand l’assassin a pénétré dans le pavillon, il était déjà en possession de la clef à tête de cuivre.