Le Mystère De La Chambre Jaune
- Автор: Леру Гастон
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Le Mystère De La Chambre Jaune». Краткое содержание книги:
Une fois dans la «chambre jaune», ils découvrent Mathilde râlant, allongée sur le sol et pleine de sang. On peut apercevoir des marques impressionnantes d’ongles sur son cou. Le criminel a filé. Pourtant, la porte est prise d’assaut par quatre personnes et l’unique fenêtre grillagée de la pièce est verrouillée avec ses volets clos qu’on ne peut fermer que de l’intérieur. Aucune fuite n’est possible! Le jeune Rouletabille décide de se rendre sur le lieu du crime afin de retrouver la trace du malfaiteur.
– Ça n’est pas possible! fit doucement M. Stangerson.
– C’est si bien possible, monsieur, qu’en voici la preuve.»
Ce diable de petit bonhomme sortit alors de sa poche un numéro de L’Époque daté du 21 octobre (je rappelle que le crime a eu lieu dans la nuit du 24 au 25), et, nous montrant une annonce, lut:
«- Il a été perdu hier un réticule de satin noir dans les grands magasins de la Louve. Ce réticule contenait divers objets dont une petite clef à tête de cuivre. Il sera donné une forte récompense à la personne qui l’aura trouvée. Cette personne devra écrire, poste restante, au bureau 40, à cette adresse: M.A. T.H.S.N.» Ces lettres ne désignent-elles point, continua le reporter, Mlle Stangerson? Cette clef à tête de cuivre n’est-elle point cette clef-ci?… Je lis toujours les annonces. Dans mon métier, comme dans le vôtre, monsieur le juge d’instruction, il faut toujours lire les petites annonces personnelles… Ce qu’on y découvre d’intrigues!… et de clefs d’intrigues! Qui ne sont pas toujours à tête de cuivre, et qui n’en sont pas moins intéressantes. Cette annonce, particulièrement, par la sorte de mystère dont la femme qui avait perdu une clef, objet peu compromettant, s’entourait, m’avait frappé. Comme elle tenait à cette clef! Comme elle promettait une forte récompense! Et je songeai à ces six lettres: M.A.T.H.S.N. Les quatre premières m’indiquaient tout de suite un prénom. «Évidemment, faisais-je, «Math, Mathilde…» la personne qui a perdu la clef à tête de cuivre, dans un réticule, s’appelle Mathilde!…» Mais je ne pus rien faire des deux dernières lettres. Aussi, rejetant le journal, je m’occupai d’autre chose… Lorsque, quatre jours plus tard, les journaux du soir parurent avec d’énormes manchettes annonçant l’assassinat de Mlle MATHILDE STANGERSON, ce nom de Mathilde me rappela, sans que je fisse aucun effort pour cela, machinalement, les lettres de l’annonce. Intrigué un peu, je demandai le numéro de ce jour-là à l’administration. J’avais oublié les deux dernières lettres: S N. Quand je les revis, je ne pus retenir un cri «Stangerson!…» Je sautai dans un fiacre et me précipitai au bureau 40. Je demandai: «Avez-vous une lettre avec cette adresse: M.A.T.H.S.N!» L’employé me répondit: «Non!» Et comme j’insistais, le priant, le suppliant de chercher encore, il me dit: «Ah! çà, monsieur, c’est une plaisanterie!… Oui, j’ai eu une lettre aux initiales M.A.T.H.S.N.; mais je l’ai donnée, il y a trois jours, à une dame qui me l’a réclamée. Vous venez aujourd’hui me réclamer cette lettre à votre tour. Or, avant-hier, un monsieur, avec la même insistance désobligeante, me la demandait encore!… J’en ai assez de cette fumisterie…» Je voulus questionner l’employé sur les deux personnages qui avaient déjà réclamé la lettre, mais, soit qu’il voulût se retrancher derrière le secret professionnel – il estimait, sans doute, à part lui, en avoir déjà trop dit – soit qu’il fût vraiment excédé d’une plaisanterie possible, il ne me répondit plus…»
Rouletabille se tut. Nous nous taisions tous. Chacun tirait les conclusions qu’il pouvait de cette bizarre histoire de lettre poste restante. De fait, il semblait maintenant qu’on tenait un fil solide par lequel on allait pouvoir suivre cette affaire «insaisissable».
M. Stangerson dit:
«Il est donc à peu près certain que ma fille aura perdu cette clef, qu’elle n’a point voulu m’en parler pour m’éviter toute inquiétude et qu’elle aura prié celui ou celle qui aurait pu l’avoir trouvée d’écrire poste restante. Elle craignait évidemment que, donnant notre adresse, ce fait occasionnât des démarches qui m’auraient appris la perte de la clef. C’est très logique et très naturel. Car j’ai déjà été volé, monsieur!
– Où cela? Et quand? demanda le directeur de la Sûreté.
– Oh! Il y a de nombreuses années, en Amérique, à Philadelphie. On m’a volé dans mon laboratoire le secret de deux inventions qui eussent pu faire la fortune d’un peuple… Non seulement je n’ai jamais su qui était le voleur, mais je n’ai jamais entendu parler de l’objet du «vol» sans doute parce que, pour déjouer les calculs de celui qui m’avait ainsi pillé, j’ai lancé moi-même dans le domaine public ces deux inventions, rendant inutile le larcin. C’est depuis cette époque que je suis très soupçonneux, que je m’enferme hermétiquement quand je travaille. Tous les barreaux de ces fenêtres, l’isolement de ce pavillon, ce meuble que j’ai fait construire moi-même, cette serrure spéciale, cette clef unique, tout cela est le résultat de mes craintes inspirées par une triste expérience.»
M. Dax déclara: «Très intéressant!» et M. Joseph Rouletabille demanda des nouvelles du réticule. Ni M. Stangerson, ni le père Jacques n’avaient, depuis quelques jours, vu le réticule de Mlle Stangerson. Nous devions apprendre, quelques heures plus tard, de la bouche même de Mlle Stangerson, que ce réticule lui avait été volé ou qu’elle l’avait perdu, et que les choses s’étaient passées de la sorte que nous les avaient expliquées son père; qu’elle était allée, le 23 octobre, au bureau de poste 40, et qu’on lui avait remis une lettre qui n’était, affirma-t-elle, que celle d’un mauvais plaisant. Elle l’avait immédiatement brûlée.
Pour en revenir à notre interrogatoire, ou plutôt à notre «conversation», je dois signaler que le chef de la Sûreté, ayant demandé à M. Stangerson dans quelles conditions sa fille était allée à Paris le 20 octobre, jour de la perte du réticule, nous apprîmes ainsi qu’elle s’était rendue dans la capitale, «accompagnée de M. Robert Darzac, que l’on n’avait pas revu au château depuis cet instant jusqu’au lendemain du crime». Le fait que M. Robert Darzac était aux côtés de Mlle Stangerson, dans les grands magasins de la Louve quand le réticule avait disparu, ne pouvait passer inaperçu et retint, il faut le dire, assez fortement notre attention.
Cette conversation entre magistrats, prévenus, victime, témoins et journaliste allait prendre fin quand se produisit un véritable coup de théâtre; ce qui n’est jamais pour déplaire à M. de Marquet. Le brigadier de gendarmerie vint nous annoncer que Frédéric Larsan demandait à être introduit, ce qui lui fut immédiatement accordé. Il tenait à la main une grossière paire de chaussures vaseuses qu’il jeta dans le laboratoire.
«Voilà, dit-il, les souliers que chaussait l’assassin! Les reconnaissez-vous, père Jacques?
Le père Jacques se pencha sur ce cuir infect et, tout stupéfait, reconnut de vieilles chaussures à lui qu’il avait jetées il y avait déjà un certain temps au rebut, dans un coin du grenier; il était tellement troublé qu’il dut se moucher pour dissimuler son émotion.
Alors, montrant le mouchoir dont se servait le père Jacques, Frédéric Larsan dit:
«Voilà un mouchoir qui ressemble étonnamment à celui qu’on a trouvé dans la «Chambre Jaune».
– Ah! je l’sais ben, fit le père Jacques en tremblant; ils sont quasiment pareils.
– Enfin, continua Frédéric Larsan, le vieux béret basque trouvé également dans la «Chambre Jaune» aurait pu autrefois coiffer le chef du père Jacques. Tout ceci, monsieur le chef de la Sûreté et monsieur le juge d’instruction, prouve, selon moi – remettez-vous, bonhomme! fit-il au père Jacques qui défaillait -tout ceci prouve, selon moi, que l’assassin a voulu déguiser sa véritable personnalité. Il l’a fait d’une façon assez grossière ou du moins qui nous apparaît telle, parce que nous sommes sûrs que l’assassin n’est pas le père Jacques, qui n’a pas quitté M. Stangerson. Mais imaginez que M. Stangerson, ce soir-là, n’ait pas prolongé sa veille; qu’après avoir quitté sa fille il ait regagné le château; que Mlle Stangerson ait été assassinée alors qu’il n’y avait plus personne dans le laboratoire et que le père Jacques dormait dans son grenier: il n’aurait fait de doute pour personne que le père Jacques était l’assassin! Celui-ci ne doit son salut qu’à ce que le drame a éclaté trop tôt, l’assassin ayant cru, sans doute, à cause du silence qui régnait à côté, que le laboratoire était vide et que le moment d’agir était venu. L’homme qui a pu s’introduire si mystérieusement ici et prendre de telles précautions contre le père Jacques était, à n’en pas douter, un familier de la maison. À quelle heure exactement s’est-il introduit ici? Dans l’après-midi? Dans la soirée? Je ne saurais dire… Un être aussi familier des choses et des gens de ce pavillon a dû pénétrer dans la «Chambre Jaune», à son heure.