Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]
- Автор: Фармер Филип Хосе
- Год: 1979
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-00134-6
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]». Краткое содержание книги:
Long de trente-deux millions de kilomètres, le fleuve de l’éternité ne coule pas à la surface de la Terre, mais serpente sur un monde spécialement remanié pour accueillir les ressuscites.
Par qui ? Dans quel but ?
Ce sont les questions que se posent, entre autres ressuscités célèbres, l’explorateur Richard Burton, Sam Clemens, alias Mark Twain, en compagnie de Hermann Goering, Jean sans Terre, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse et d’autres figures célèbres ou inconnues.
Seul le talent de Philip José Farmer pouvait évoquer un univers picaresque à la dimension du passé et de l’avenir de l’humanité.
Mais toujours, partout, l’humanité était présente. Hommes, femmes et enfants occupaient sans discontinuité les rives du Fleuve. D’après ce que les navigateurs avaient pu constater, le genre humain ressuscité était réparti, grosso modo, par ordre chronologique et ethnique le long du Fleuve. Après avoir quitté la région où se trouvaient des Slovènes, des Italiens et des Autrichiens morts à la fin du dix-neuvième siècle, ils étaient passés tour à tour devant des communautés hongroise, norvégienne, finnoise, grecque, albanaise et irlandaise. De temps à autre, il y avait une enclave où vivaient des gens appartenant à une époque et à un groupe ethnique tout à fait éloignés de ceux de leurs voisins. Ainsi, sur une trentaine de kilomètres, ils n’avaient rencontré que des aborigènes australiens qui n’avaient jamais vu un seul Européen durant leur vie terrestre. A un autre endroit, sur plus de cent cinquante kilomètres, vivaient des Tokhariens. C’était le peuple de Loghu. Ils venaient de l’époque du Christ, où ils habitaient ce qui devait s’appeler plus tard le Turkestan chinois. Ils représentaient la branche la plus orientale des groupes indo-européens de l’ancien temps. Leur culture s’était épanouie pendant un moment, puis s’était éteinte devant la progression du désert et les invasions des barbares.
D’après ses relevés hâtifs et approximatifs, Burton estimait qu’il devait y avoir en moyenne, dans chaque zone qu’ils avaient traversée, environ soixante pour cent de ressortissants d’une époque et d’une nation données, trente pour cent d’un autre groupe ethnique et d’une époque généralement différente, et dix pour cent à classer dans la catégorie divers.
Tous les hommes étaient circoncis. Toutes les femmes s’étaient retrouvées vierges, bien que, fit remarquer Burton, cet état n’eût pas duré, pour la plupart d’entre elles, plus de quelques heures.
Jusqu’à présent, ils n’avaient pas vu une seule femme enceinte. Ceux qui les avaient mis là avaient dû les stériliser, pour une raison évidente. Si l’humanité avait la possibilité de se reproduire, on ne pourrait bientôt plus bouger dans la vallée du Fleuve déjà passablement encombrée.
Ils avaient cru, au début, qu’il n’y avait pas d’animaux dans le monde du Fleuve. Mais ils savaient maintenant que plusieurs espèces de vers sortaient du sol la nuit. En outre, les eaux fluviales contenaient plus d’une centaine d’espèces de poissons ou de monstres dont le plus impressionnant, le « dragon du Fleuve », atteignait la taille d’un cachalot et vivait dans le lit du Fleuve, à trois cents mètres de profondeur. D’après Frigate, ces animaux répondaient à une nécessité. Les poissons étaient là pour assurer la purification de l’eau. Les vers faisaient disparaître les déchets et les cadavres, ou accomplissaient les autres fonctions habituelles dévolues aux vers de terre.
Gwenafra était un peu plus grande. Tous les enfants grandissaient normalement. D’ici à une douzaine d’années, il n’y en aurait plus un seul dans toute la vallée, si les conditions correspondaient partout à ce que les navigateurs avaient déjà constaté.
En pensant à cela, Burton avait dit un jour à Alice :
— Ton ami, le révérend Dodgson, celui qui n’aimait que les petites filles… il va finir par se sentir frustré, tu ne crois pas ? Frigate avait répondu pour elle :
— Dodgson n’était pas un pervers. Mais songe un peu à ceux dont la sexualité ne peut s’exercer que sur des enfants ! Comment feront-ils quand ils n’en trouveront plus ? Et ceux qui prenaient leur pied en maltraitant ou torturant des animaux ? Tu sais, j’ai regretté l’absence d’animaux, au début. J’ai toujours adoré les chiens et les chats, les ours, les éléphants, presque toutes les bêtes. Mais pas les singes. Ils ressemblent trop aux humains. Eh bien, finalement, je suis bien content qu’il n’y en ait pas ici. Personne ne peut plus leur faire de mal. Toutes ces pauvres bêtes qui souffraient, ou qui mouraient de faim ou de soif à cause de la méchanceté ou de l’indifférence des gens… c’est fini, tout ça, maintenant.
Il tapota les cheveux blonds de Gwenafra, qui avaient maintenant près de quinze centimètres de long.
— Les enfants aussi étaient parfois traités comme des animaux, reprit-il.
— Quel est l’intérêt d’un monde sans enfants ? demanda Alice. Sans animaux aussi, d’ailleurs. Si on ne peut plus les maltraiter, on ne peut pas les aimer et les cajoler non plus.
— Une chose compense l’autre dans ce monde, déclara Burton. On ne peut pas avoir d’amour sans haine, de gentillesse sans méchanceté, de paix sans guerre. De toute manière, nous n’avons pas le choix. Les maîtres invisibles qui régentent ce monde ont décrété que nous n’aurions pas d’animaux et que nos femmes n’enfanteraient plus. Il en sera fait selon leur volonté.
La matinée du quatre cent seizième jour de leur voyage fut semblable aux autres. Le soleil s’était levé au-dessus de la chaîne montagneuse qui se trouvait à leur gauche. Le vent soufflait du sud à une vitesse de vingt-cinq kilomètres à l’heure, comme toujours. L’atmosphère se réchauffait rapidement et atteindrait la température maximale de vingt-neuf degrés aux environs de 14 heures. Le Hadji progressait par longues bordées. Burton, debout sur la « passerelle », tenait à deux mains la longue rame qui se trouvait à sa droite et qui servait de gouvernail. Ses épaules musclées, son dos tanné, presque noir, étaient exposés aux rayons ardents du soleil. Il portait un kilt à carreaux rouges et noirs qui lui arrivait presque aux genoux, et un collier fabriqué avec les vertèbres convolutées, noires et brillantes, du poisson-licorne. Ce poisson, d’une longueur de près de deux mètres, se distinguait par l’appendice osseux d’une quinzaine de centimètres qui faisait ressembler son front à celui de l’animal fabuleux de la Terre. Il vivait à une trentaine de mètres de la surface et il n’était pas commode de le remonter avec une ligne. Mais ses vertèbres permettaient de faire de magnifiques colliers et sa peau, correctement tannée, des sandales, des ceintures, des boucliers, des cuirasses et des cordages souples et résistants. Sa chair était délicieuse. Mais le plus précieux et le plus recherché était la corne. Elle pouvait servir de pointe à une lance ou bien, attachée à un manche en bois, constituer une dague efficace.
Posé sur un socle à côté de Burton, protégé par un étui cousu dans une vessie de poisson transparente, il y avait un arc. Cette arme gigantesque avait été faite avec les défenses recourbées qui sortaient de part et d’autre de la gueule du « dragon du Fleuve ». Une fois coupées et assemblées par leurs extrémités les plus épaisses, ces défenses formaient un arc à double cambrure qui, équipé d’un boyau issu du même dragon, représentait une arme redoutable aux mains d’un homme assez fort pour la tendre. Burton était tombé dessus par hasard, quarante jours auparavant. Il avait offert à son propriétaire, en échange de l’arc, quarante cigarettes, dix cigares et un litre de whisky. L’offre avait été refusée. Burton et Kazz étaient revenus dans la nuit et avaient volé l’arc. Ou plutôt, ils avaient fait un marché, puisque Burton, poussé par un curieux scrupule, s’était senti obligé de laisser son arc en bois d’if en échange de l’autre.
Depuis, il s’était convaincu de la légitimité de son acte. Le précédent propriétaire de l’arc s’était vanté d’avoir tué un homme pour s’en emparer. En le lui prenant à son tour, Burton n’avait fait que voler un voleur et un assassin, ce qui établissait une sorte de justice. Cependant, il n’y pensait jamais sans que sa conscience lui fasse éprouver un certain malaise. Heureusement pour lui, il ne lui arrivait pas souvent d’y penser.