La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
Mais, ce matin-là, Biterulve avait demandé à son père s’il pouvait l’accompagner et Salaman avait accepté sans hésiter. Jamais il ne refusait rien à Biterulve. À l’âge de quatorze ans, le sixième des huit princes engendrés par Salaman, l’unique garçon de Sinithista, était un enfant si frêle, si doux et si différent des autres que son père en était venu à douter qu’il fût de son sang. Mais il avait gardé ses doutes pour lui et ne le regrettait pas. Biterulve était aussi mince et svelte que Salaman et ses autres fils étaient râblés, et il avait une fourrure étonnamment pâle, de la couleur d’un champ de neige à la clarté de la lune, alors que celle de Salaman et du reste de sa progéniture était très foncée. Mais les yeux d’un gris froid de Biterulve étaient sans conteste ceux du roi et, bien que moins ardent de nature que son père et ses frères, il avait un esprit souple dans lequel Salaman se retrouvait.
Ils quittèrent le palais avant l’aube. Salaman observait du coin de l’œil son fils qui conduisait fermement son xlendi, tenant la bride haute à l’animal agile pour le diriger dans les rues étroites et sinueuses, et freinant habilement son allure quand un travailleur matineux tirant un fardier débouchait brusquement à l’angle d’une rue.
L’une des hantises de Salaman était que ce fils si doux ne le soit trop. Il redoutait que Biterulve soit dépourvu de tout esprit guerrier et qu’il soit incapable de tenir son rang quand les hjjk lanceraient enfin l’assaut qu’il appréhendait depuis si longtemps et qu’arriverait le temps des calamités. Salaman ne redoutait pas le déshonneur, car il savait que ses autres fils auraient une conduite héroïque, mais il ne voulait pas que le garçon souffre quand les hordes barbares d’insectes déferleraient sur la cité.
Peut-être me suis-je mépris sur son compte, se dit Salaman en regardant le jeune homme talonner fièrement sa monture dans les rues silencieuses.
Le roi éperonna son xlendi et rattrapa son fils au moment où il débouchait du dédale de petites rues dans les larges avenues menant au mur d’enceinte.
— Tu montes très bien, cria Salaman. Bien mieux que je n’en avais gardé le souvenir.
Biterulve tourna la tête pour le regarder par-dessus son épaule, un grand sourire aux lèvres.
— J’ai fait des promenades presque tous les jours avec Bruikkos et Tanthiav. Ils m’ont appris quelques trucs.
Le roi se sentit brusquement alarmé.
— À l’extérieur du mur, tu veux dire ?
— Il n’est pas très facile de se promener à dos de xlendi dans les rues de la cité, répliqua le garçon avec un petit rire.
— C’est juste, reconnut le roi à contrecœur. Et que pouvait-il donc lui arriver ? Bruikkos et Tanthiav n’auraient certainement pas commis l’imprudence de s’aventurer trop loin, là où ils risquaient de tomber sur une bande de hjjk. Si le petit veut aller se promener avec ses frères, songea Salaman, je ne dirai rien. Je ne dois pas le protéger à l’excès si je veux faire de lui un vrai prince, si je veux faire de lui un vrai guerrier.
Ils avaient atteint le mur. Ils descendirent de leur xlendi et attachèrent les montures à des piquets. Le brouillard se dissipait et les premières traînées grises du jour apparaissaient dans le ciel.
Salaman se sentait étonnamment détendu. Il était en général maussade et préoccupé, mais, ce matin-là, il avait l’esprit libre et serein, et le corps apaisé. Il avait passé la nuit avec Vladirilka, sa quatrième et plus récente compagne. Il avait encore son odeur sur sa fourrure et sa chaleur sur son corps.
Il était certain d’avoir engendré un fils pendant l’accouplement de la nuit. Salaman était persuadé que l’on peut savoir quand on produit un fils et il ne faisait aucun doute pour lui que tel était le cas.
Il avait tant de filles qu’il lui était difficile de se souvenir de tous leurs noms et il n’en voulait plus d’autres. Les femmes avaient détenu le pouvoir dans le cocon et il savait que c’était encore une femme qui dirigeait la cité de Dawinno. Mais, dès les premiers temps, Yissou avait été une cité faite pour les hommes. Salaman avait toujours respecté Koshmar de son vivant et il avait une bonne opinion de Taniane, mais jamais une femme ne serait à la tête de sa ville.
C’étaient des fils qu’il voulait, une quantité de fils. Un roi, pensait-il, n’avait jamais trop de fils. Fonder une dynastie est comme bâtir un mur : il faut regarder au-delà de l’avenir immédiat et se préparer au pire. C’est pourquoi Salaman avait déjà engendré huit garçons et il espérait bien en avoir ajouté un neuvième pendant la nuit. Si ce n’était pas Chham qui lui succédait sur le trône, ce serait Athimin et, sinon, ce serait Poukor, ou Ganthiav, ou bien Bruikkos, ou encore l’un des plus jeunes princes. Le prochain roi serait peut-être même celui qu’il avait engendré pendant la nuit, avec Vladirilka. Ou bien un garçon qui n’était pas encore conçu, né d’une compagne qu’il n’avait pas encore choisie. Une seule chose était certaine : la royauté ne reviendrait pas à Biterulve. C’était un garçon trop sensible et trop compliqué. Salaman le voyait plutôt occuper une charge de conseiller de la couronne. Chham ou Athimin étaient mieux armés que lui pour affronter les dures réalités du pouvoir royal.
Mais il avait encore largement le temps de préparer sa succession. Salaman venait à peine d’atteindre sa soixantième année. Il n’ignorait pas que certains le considéraient comme un vieillard, mais il était loin de partager cette opinion. Il pensait, pour sa part, être encore dans la force de l’âge et soupçonnait que la jeune et douce Vladirilka, encore endormie avec la chaleur du roi dans son ventre, ne le contredirait pas sur ce chapitre.
Biterulve montra du doigt le plus proche des escaliers qui permettaient de gagner le sommet du rempart.
— Nous allons monter, père ?
— Attends un peu. Reste près de moi d’abord. Il aimait à contempler le mur d’en bas pour commencer. À l’étudier. À s’imprégner de sa force et à laisser pénétrer son âme.
Il leva la tête et laissa son regard courir le long du mur, le plus loin possible. Il l’avait déjà fait dix mille fois, mais il ne s’en lassait pas.
L’immense mur qui entourait la Cité de Yissou était formé de gigantesques pierres noires et dures, hautes de la moitié de la taille d’un homme, deux fois plus larges et épaisses de la longueur d’un bras. Depuis plusieurs décennies, une armée de tailleurs de pierre y travaillaient de l’aube au crépuscule, tous les jours de l’année, découpant lentement et patiemment les énormes blocs dans une carrière située dans le ravin qui s’étirait à l’ouest de la cité, les taillant et les équarrissant avant de les polir. Des groupes dociles de vermilions halaient ensuite les charges massives à travers le plateau accidenté, jusqu’au bord du large cratère de faible profondeur qui abritait la cité. Chaque fois qu’un mégalithe arrivait devant l’emplacement qui lui était réservé le long du mur en continuel agrandissement, les ouvriers émérites de Salaman le mettaient en place en le hissant hardiment à l’aide d’engins de bois et de harnais faits de brins de larret tressés.
— C’est ici qu’un bloc de pierre est tombé, il y a cinq ans, dit-il en indiquant le mur de la tête.
À l’évocation de ce souvenir, il sentit l’amertume remplir son âme, comme chaque fois qu’il venait à cet endroit. Trois ouvriers avaient été écrasés par la pierre et deux autres avaient été condamnés à mort sur l’ordre de Salaman, pour l’avoir laissé tomber. Chham et Athimin, ses propres fils, s’étaient élevés contre la cruauté de la sentence, mais le roi était resté inflexible. Le jour même, les deux hommes avaient été emmenés pour être sacrifiés à Dawinno le Destructeur.