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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Elle sentait qu’elle avait trouvé le ton juste et elle en était transportée.

— Que savez-vous de la philosophie du Nid ? Que pouvez-vous me dire de l’amour de la Reine, ou du lien du Nid ? Vous ne savez rien ! Rien ! Et, moi, je vous affirme que cette vermine, ces insectes sont loin de mériter votre mépris. Ce n’est pas une vermine, ce ne sont pas des monstres, ils ne sont ni haïssables, ni répugnants. En réalité, ce que forment les hjjk, c’est une grande civilisation d’êtres humains !

— Quoi ? Quoi ? Les hjjk sont humains ? Mais elle a perdu la tête !

Nialli Apuilana fut obligée de crier, de hurler de toutes ses forces pour se faire entendre dans le tollé général qui s’élevait.

— Oui, humains ! Humains !

— Qu’est-ce qu’elle raconte ? marmonna le vieux Staip. Les hjjk sont des insectes, pas des humains ! Les humains de jadis étaient les Faiseurs de Rêves, ces êtres au corps tout rose, sans poils ni organe sensoriel.

— Les Faiseurs de Rêves étaient une espèce d’humains, c’est vrai ! Mais pas la seule ! Écoutez-moi ! Écoutez !

Elle serra le bord de la tribune et s’adressa à eux avec toute la force de la seconde vue. Un torrent de mots jaillissant avec la violence de ce qui a été trop longtemps réprimé.

— La vérité, commença-t-elle d’une voix forte et vibrante, est que les Six Peuples de la Grande Planète doivent tous être considérés comme humains, quel qu’ait été l’aspect de leur corps. Les Faiseurs de Rêves et les yeux de saphir, les végétaux, les mécaniques et les seigneurs des mers. Mais aussi les hjjk ! Oui, les hjjk ! Ils étaient tous humains, ces six peuples civilisés, capables de vivre ensemble en paix, d’apprendre, de bâtir et de se développer. C’est cela, être humain. Mon père me l’a enseigné quand j’étais petite et il aurait dû vous l’enseigner, à vous aussi. Et j’ai appris une seconde fois tout cela dans le Nid.

— Et nous ? demanda quelqu’un. Tu prétends que les hjjk sont humains, mais est-ce que nous le sommes, nous ? Est-ce que tout ce qui vit et pense est humain ?

— Non, à l’époque de la Grande Planète, nous n’étions pas humains. Mais nous commençons enfin à le devenir nous aussi, depuis que nous sommes sortis des cocons. Pour ce qui est des hjjk, ils ont franchi le seuil de l’humanité depuis un million d’années au moins. Comment pouvons-nous envisager de leur faire la guerre ? Ils ne sont pas notre ennemi ! Notre seul ennemi est nous-mêmes !

— Cette fille est folle, entendit-elle Thu-kimnibol murmurer.

Et elle le vit secouer tristement la tête.

— Si les termes de ce traité ne vous plaisent pas, poursuivit Nialli Apuilana, refusez de le signer. Mais refusez aussi la guerre. La Reine est sincère quand elle vous offre l’amour et la paix. Sa protection est notre meilleur espoir. Elle attendra que nous soyons arrivés à l’âge adulte, que nous ayons pleinement atteint le stade de l’humanité, pour devenir dignes de son peuple. Puis nous serons libres de nous unir à eux comme s’étaient unis les Six Peuples de la Grande Planète, avant la chute des étoiles de mort ! Et alors, et alors…

La voix lui manqua et elle éclata en sanglots. Elle se sentit brusquement vidée de toute son énergie, à bout de forces. Elle roulait des yeux égarés et tout son corps était secoué de tremblements.

— Aidez-la à descendre, dit une voix – celle de Staip ? de Boldirinthe ? – venant de derrière Husathirn Mueri.

Tout le monde parlait et criait en même temps. Nialli Apuilana s’accrocha à la tribune en tremblant violemment. Elle crut qu’elle allait être prise de convulsions. Elle savait qu’elle était allée trop loin, beaucoup trop loin. Elle avait osé dire l’indicible, ce qu’elle leur avait caché pendant toutes ces années. Et maintenant, ils la prenaient tous pour une folle. Mais peut-être l’était-elle.

Tout commençait à osciller autour d’elle. Juste devant, la cape de deuil de Thu-kimnibol semblait palpiter et émettre des pulsations comme un soleil en folie. À la table d’honneur, Hresh paraissait hébété de stupeur. Elle tourna la tête vers Taniane, mais le chef demeurait impénétrable derrière son masque, immobile au milieu du chaos qui régnait dans la salle.

Nialli Apuilana eut l’impression que ses genoux commençaient de se dérober sous elle.

Une scène horrible, se dit Husathirn Mueri. Choquante, effrayante, pitoyable.

Il l’avait écoutée d’abord avec stupéfaction, puis avec consternation. L’apparition de Nialli Apuilana, si jeune, si mystérieuse et si douloureusement belle à la tribune lui avait fait une vive impression. Jamais il n’aurait imaginé que la jeune fille pût s’adresser au Praesidium et il ne s’attendait assurément pas qu’elle tienne un discours de ce genre et fasse preuve de tant d’audace. L’entendre parler avec tant de flamme et tant de fermeté l’avait rendue encore plus désirable, l’avait, en réalité, rendue tout à fait irrésistible.

Mais son discours avait dégénéré en galimatias. Nialli Apuilana était devenue quasi hystérique et menaçait de se trouver mal devant tout le monde.

Il vit qu’elle allait tomber.

Sans hésiter, presque sans réfléchir, Husathirn Mueri se précipita vers elle. Il la prit par les coudes pour la soutenir et l’aider à se redresser.

— Lâche-moi…, dit-elle en secouant violemment la tête.

— Je t’en prie. Descends de là.

Elle lui lança un regard mauvais, mais il n’aurait su dire s’il exprimait de la haine ou simplement son désarroi. Il l’attira doucement vers lui et elle se laissa faire. Il l’aida à descendre de la tribune et, un bras protecteur passé autour de son cou, il la conduisit lentement vers un siège, sur le côté de la salle. Elle leva vers lui des yeux qui semblaient ne rien voir du tout.

La voix de Taniane résonna derrière lui comme une trompette.

— Voici notre décision : il n’y aura pas de vote aujourd’hui. Le traité n’est ni accepté ni rejeté, et nous ne répondrons pas à la proposition de la Reine. La question du traité est renvoyée à une date indéterminée. Mais, en attendant, nous enverrons un émissaire à la Cité de Yissou, dans le dessein de définir avec le roi Salaman les termes d’une alliance défensive.

— Contre les hjjk ? demanda quelqu’un.

— Oui, contre les hjjk. Contre nos ennemis.

3

Salaman reçoit un visiteur

Par un froid matin d’été noyé dans le brouillard, le roi Salaman de Yissou sortit à la première heure en compagnie de Biterulve, celui de ses nombreux fils qu’il préférait, pour faire sa tournée d’inspection du grand mur d’enceinte toujours inachevé.

Il ne se passait pas un seul jour sans que le roi sortît de son palais au cœur de la cité pour aller inspecter les travaux de construction du mur. Debout au pied de l’ouvrage, il levait la tête vers les merlons et les embrasures, évaluant leur hauteur, l’âme dévorée par l’anxiété. Puis il montait par l’un des nombreux escaliers et suivait le chemin de ronde. L’immense parapet noir, aussi imposant qu’il fût, ne lui semblait jamais suffisamment haut pour apaiser son anxiété. Dans les pires moments d’inquiétude fébrile, il imaginait des échelles chargées de grappes de hjjk apparaissant brusquement au sommet du rempart. Il imaginait des cohortes furieuses de hjjk franchissant la muraille et se répandant dans les rues de la cité.

Les tournées d’inspection de Salaman avaient ordinairement lieu à l’aube et toujours dans la solitude. Si un passant venait à le voir à cette heure matinale, il détournait les yeux afin de ne pas déranger le roi sur son rempart. Personne, pas même ses fils, ne lui adressait la parole dans ces circonstances. Personne ne s’y serait risqué.

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