Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Фэнтези » Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]
Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr] - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]

Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:

Ils sont quatre :
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.

Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
1 ... 25 26 27 28 29 30 31 32 33 ... 62
Перейти на страницу:

XXII

ELI

ET s’il n’y avait pas eu de monastère ? Si nous étions arrivés au bout du chemin pour ne trouver qu’un mur impénétrable d’épines et de cactus ? J’avoue que je m’attendais un peu à ça. Toute l’expédition un échec, un fiasco de plus à porter au compte d’Eli, le schmeggege. Le crâne au bord du chemin, un faux indice ; le manuscrit, une fable insensée ; l’article dans le journal, un canular ; la croix sur notre carte, une bonne farce. Rien d’autre devant nous que des cactus et des mesquites, un désert tourmenté, une fosse où même les cochons ne daignent pas chier, qu’est-ce que j’aurais fait, alors ? Je me serais tourné avec beaucoup de dignité vers mes trois compagnons fatigués, et je leur aurais dit : « Messieurs, je me suis trompé, et vous avez été induits en erreur. Nous avons pourchassé une chimère. » Avec un demi-sourire d’excuse au coin des lèvres. Et ils se saisissent de moi tranquillement, sans méchanceté, ayant su depuis le début que ça devait inévitablement finir comme ça, et ils me déshabillent et m’enfoncent l’épieu de bois dans le cœur, ils me clouent à un saguaro géant, ils m’écrasent entre deux rochers plats, ils m’enfoncent des chollas dans les yeux, ils me font brûler vivant, ils m’enterrent jusqu’aux épaules dans une fourmilière, ils me châtrent avec leurs ongles, tout en murmurant solennellement : Schmeggege, schlemihl, schlemazel, schmendrick, schlep ! Patiemment, j’accepte mon châtiment mérité. L’humiliation, ça me connaît. Le désastre ne me surprend jamais.

L’humiliation ? Le désastre ? Comme pour le fiasco de Margo, ma plus récente débâcle. Ça me cuit encore. Octobre dernier, le début du semestre. Un soir de pluie, de brouillard. Nous avions du hasch de première, du soi-disant Panama Red que Ned avait eu par une prétendue filière homosexuelle underground, et nous faisions tourner la pipe, Timothy, Ned et moi, tandis qu’Oliver, comme toujours, s’abstenait et sirotait pieusement un quelconque vin rouge à bon marché. Un des quartettes de Rasoumovsky se faisait entendre à l’arrière-plan, s’élevant éloquemment au-dessus du tambourinement de la pluie ; nous planions de plus en plus haut, et Beethoven nous donnait un support mystique avec un second violoncelliste qui semblait s’être inexplicablement joint au groupe, et même un hautbois à des moments bizarres, ou un basson transcendantal derrière les cordes. Ned ne nous avait pas roulés : la came était superbe. Peu à peu, je dérivai, dérivai dans un voyage conversationnel, confessionnel, me libérant de tout ce que j’avais sur le cœur, disant soudain à Timothy que ce que je regrettais le plus c’était de n’être jamais allé de ma vie avec ce que j’appellerais une fille vraiment belle.

Timothy, compatissant, me demande de citer un exemple de ce que j’appelle une fille vraiment belle. Je réfléchis, examinant mes options. Ned suggère Raquel Welch, Catherine Deneuve, Lainie Kazan. Finalement, avec une merveilleuse ingénuité, je lâche : « Je considère que Margo est une fille vraiment belle. » La Margo de Timothy. La déesse goyishe de Timothy, sa shikse aux cheveux d’or. Ayant dit cela, je sentais une série de dialogues hâtivement esquissés résonner dans mon esprit imbibé de cannabis, un lent passage de mots, puis le temps, comme il arrive souvent quand on est sous l’influence de la marihuana, s’inversa, de sorte que j’entendis jouer mon scénario tout entier, chaque réplique arrivant strictement en son temps. Timothy me demandait, le plus sérieusement du monde, si Margo m’excitait. Je lui répondais, non moins sérieusement, que oui. Il voulait savoir, alors, si je me sentirais moins inadéquat, plus épanoui, après être allé avec elle. Hésitant maintenant, me demandant à quel jeu il jouait, je répondais en vagues circonlocutions, pour l’entendre avec stupeur déclarer qu’il allait arranger tout ça pour demain soir. « Arranger quoi ? » demandai-je.

— Margo, disait-il. Il me prêterait Margo par charité chrétienne.

— Et elle voudra…

— Bien sûr qu’elle voudra. Elle te trouve formidable.

— On te trouve tous formidable, Eli. — Ça, c’était Ned.

— Mais je ne peux pas… elle ne… comment…

— Je te la confie, dit Timothy magnifiquement. Avec un geste de grand seigneur. — Je ne peux pas laisser mes amis dans un état de frustration et de désirs non assouvis. Demain soir huit heures, dans sa piaule. Je lui dirai de t’attendre.

— Ce serait tricher, fis-je, devenant morose. Trop facile, trop irréel.

— Ne sois pas idiot. Accepte ça comme une expérience indirecte. Comme d’aller au cinéma, en plus intime.

— Et plus tactile, ajouta Ned.

— Tu me fais marcher, dis-je à Timothy.

— Parole de scout ! Elle est à toi.

Il se mit à décrire les préférences de Margo au lit, ses zones érogènes spéciales, les petits signes qu’ils utilisaient. Je saisissais l’esprit de la chose, je planais de plus en plus, je me lançais dans un trip de rigolade, je complétais les descriptions explicites de Timothy par des fantaisies scabreuses de mon cru. Naturellement, quand je redescendis une ou deux heures plus tard, j’étais persuadé qu’il m’avait fait marcher, et cela me précipita dans un abîme de morosité. Car j’étais depuis toujours convaincu que les Margo de ce monde ne sont pas pour moi. Les Timothy pouvaient baiser des cohortes entières de Margo, mais moi je n’en aurais jamais une seule. En vérité, je la vénérais à distance. Le prototype de la shikse, la fleur de la féminité aryenne, mince, les jambes longues, cinq centimètres de plus que moi (qui paraissent tellement plus quand une fille est à côté de vous !), les cheveux blonds et soyeux, les yeux bleus, le nez retroussé, les lèvres larges et agiles. Une fille vive, athlétique, une championne de basket (même Oliver respectait ses capacités sur le terrain, une étudiante brillante, un esprit souple et mordant). En fait, elle était d’une perfection étourdissante, épouvantable : une de ces créatures sans défaut que notre aristocratie produit de temps à autre au milieu de la multitude, faite pour régner sereinement sur des propriétés agrestes ou pour promener majestueusement des caniches dans la IIe Avenue. Margo, à moi ? Mon corps poilu et transpirant contre le sien ? Ma joue rugueuse contre sa peau de satin ? La grenouille s’accouplant avec une comète. Aux yeux de Margo, je devais être quelque chose de vil et de répugnant, le représentant pathétique d’une espèce inférieure. Tout commerce entre nous ne pouvait être que contraire à la nature, l’alliage de l’argent avec le cuivre, le mélange de l’albâtre avec le charbon. Je m’efforçai de ne plus y penser. Mais, à midi, Timothy me rappela mon rendez-vous. « C’est impossible », dis-je en inventant trente-six excuses : des études, un devoir à rendre, une traduction difficile, et ainsi de suite. Il écarta d’un geste mes faibles prétextes.

— Trouve-toi chez elle à huit heures, dit-il.

Une vague de terreur s’empara de moi :

— Je ne peux pas, insistai-je. Tu la prostitues, Timothy. Que suis-je censé faire ? Entrer, déboutonner ma braguette, lui sauter dessus ? Ça ne peut pas marcher. Tu ne peux pas rendre un rêve réel rien qu’en agitant ta baguette magique.

1 ... 25 26 27 28 29 30 31 32 33 ... 62
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)