Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0015-3
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.
Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
« Il y a des crânes dans tous les coins, grimaçants, menaçants, en haut-relief ou en ronde-bosse… Les moines sont maigres, débordants de vie intérieure… Celui à qui j’ai parlé… aurait pu avoir trente ans comme trois cents ans. Impossible à dire. »
« Que vous êtes encore en vie, père Perrault. » Mon âme stupéfaite se rétracta. Pouvais-je croire à de telles choses ? Moi, le sceptique, le railleur, le matérialiste, le pragmatiste ? L’immortalité ? Un culte vieux comme le temps ? Une chose pareille pouvait-elle exister ? Les Gardiens des Crânes vivant au milieu des cactus. Ni un mythe médiéval, ni une légende, mais une institution qui a survécu même à notre époque mécanisée, à la portée de n’importe qui désireux d’entreprendre le voyage. Je pouvais être candidat si je voulais. Eli Steinfeld, vivant pour assister à l’aube du XXXVIe siècle. La chose était au-delà de toute plausibilité. Je rejetai le rapprochement entre le manuscrit et l’article de journal comme une folle coïncidence ; puis, à force de méditer, je rejetai mon refus, et je m’acheminai peu à peu vers l’acceptation. Il m’était nécessaire d’accomplir un acte de foi formel, le premier que j’aie jamais accompli, pour commencer à accepter une telle idée. Je m’obligeai à admettre l’idée de l’existence de puissances extérieures à la compréhension de la science contemporaine. Je m’obligeai à me défaire d’une vieille habitude d’ignorer l’inconnu tant qu’il n’a pas été officiellement étayé par des preuves rigoureuses. Je rejoignis joyeusement les rangs des soucoupistes, des atlantéistes et des scientologistes, celui des défenseurs de la terre plate et de Charles Fort, celui des macrobioticiens et des astrologues, celui des légions de crédules dont la compagnie m’avait rarement mis à l’aise jusqu’à présent. Au moins, j’acquis la foi. Une foi totale, mais qui n’excluait pas la possibilité d’une erreur. J’y croyais. J’en parlai à Ned, puis quelque temps après à Oliver, et à Timothy. Agitant la carotte sous le bout de leur nez. La vie éternelle nous t’offrons. Et maintenant nous sommes à Phoenix. Les palmiers, les cactus, le chameau devant le motel. Nous sommes arrivés. Demain, nous commençons la phase finale de notre quête du monastère des Crânes.
XIX
OLIVER
Peut-être que j’ai un peu exagéré avec cette histoire d’auto-stoppeur. Je ne sais pas. Je n’y comprends plus rien. Habituellement, mes motivations sont toujours limpides, claires comme du cristal. Mais pas cette fois-ci. Le pauvre Ned ne devait plus savoir ce qui lui arrivait quand j’ai commencé à hurler. Eli m’a engueulé, ensuite, disant que je n’avais pas le droit de m’opposer à sa libre décision de venir en aide à un être humain. C’est Ned qui conduisait, c’était son droit de s’arrêter. Même Timothy, qui m’a soutenu sur le moment, m’a dit plus tard qu’il pensait que j’étais allé trop loin. Le seul qui n’ait fait aucun commentaire ce soir-là, c’est Ned, mais je savais qu’il y pensait encore.
Pourquoi ai-je fait ça, je me le demande. Je ne pouvais pas être à ce point pressé d’arriver au monastère. Même si l’auto-stoppeur nous avait déviés d’un quart d’heure de notre route, qu’est-ce que ça pouvait faire ? Piquer une crise pour un quart d’heure, alors que nous avions l’éternité qui nous attendait ? Non, ce n’était pas la perte de temps qui m’emmerdait. Ce n’était pas non plus ces conneries de Charles Manson. C’était quelque chose de plus profond, et je le sais bien.
Juste au moment où Ned ralentissait pour faire monter le hippie, j’ai eu une intuition. Ce hippie est une tante, me suis-je dit. Juste comme ça. Ce hippie est une tante. Ned l’a repéré, avec ce sixième sens que ceux de son espèce semblent posséder. Ned l’a repéré, me suis-je dit, et il veut l’emmener au motel avec lui ce soir. Je dois être honnête avec moi-même. C’est ce que j’ai pensé. Avec l’image de Ned et du hippie au lit ensemble, s’embrassant, haletant, roulant l’un sur l’autre, se caressant, faisant tout ce que les homosexuels aiment faire. Je n’avais aucune raison de penser une chose pareille. Le hippie était semblable aux cinq millions d’autres : pieds nus, cheveux démesurés, gilet bouclé, jeans décolorés. Qu’est-ce qui me faisait croire que c’était une tante ? Et même si c’en était une ? Est-ce que Timothy et moi nous n’avons pas racolé des filles à New York et à Chicago ? Pourquoi Ned n’aurait-il pas le droit de se livrer à son sport favori ? Est-ce que j’ai quelque chose contre les homosexuels ? Un de mes camarades de chambre n’en est-il pas un ? Un de mes meilleurs copains. Je savais à quoi m’en tenir sur Ned quand il est venu vivre avec nous. Je m’en foutais, du moment qu’il ne me faisait pas d’avances. Je l’aimais pour lui-même, je ne m’intéressais pas à ses goûts sexuels. Et pourquoi cet accès soudain de bigoterie sur la route ? Réfléchis-y, Oliver. Penses-y.
Tu étais jaloux, peut-être. Hein ? As-tu songé à cette possibilité, Oliver ? Peut-être que tu ne voulais pas voir Ned aller avec quelqu’un d’autre ? Voudrais-tu examiner cette idée un instant ?
D’accord. Je sais qu’il s’intéresse à moi. Depuis longtemps. Ce regard de petit chien quand il me dévisage à la dérobée, cet air songeur — je sais ce que ça signifie. Non pas qu’il m’ait jamais fait des propositions. Il a trop peur pour ça, trop peur de briser une amitié utile en franchissant la barrière. Mais tout de même, le désir est là. Est-ce que j’ai fait le chien du jardinier, alors, en n’accordant pas à Ned ce qu’il veut de moi, et en l’empêchant aussi de l’avoir de ce hippie ? Quel foutu bordel, cette histoire. Il va falloir que je repense à tout ça en détail. Ma réaction quand Ned a commencé à ralentir. Les hurlements. L’hystérie. Visiblement, un mécanisme s’est déclenché en moi. Il faut que j’y repense. Que je mette tout ça au clair. Ça me fait peur. J’ai peur de découvrir sur moi quelque chose que je ne tiens pas à savoir.