Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
Il était évident que Rupert avait mitonné une surprise, sans doute avec la complicité de Jean, et il se résigna, lugubre, à ce qui allait suivre, si absurde que cela puisse être.
— J’ai essayé des tas de choses avant de me décider pour cela, annonça fièrement Rupert. Le grand problème est d’éliminer le frottement pour obtenir une complète liberté de déplacement. La table tournante parfaitement polie d’antan n’était pas une mauvaise solution, mais on l’emploie depuis des siècles et j’étais convaincu que la science moderne était capable de faire mieux. Voilà le résultat. Approchez vos chaises. Vous êtes bien sûr de ne pas vouloir vous joindre à nous, Rashy ?
Le Suzerain sembla hésiter une fraction de seconde avant de hocher négativement la tête. (Est-ce une habitude qu’ils ont empruntée aux Terriens ? se demanda George.)
— Non, merci. Je préfère regarder. Une autre fois, peut-être.
— Fort bien. Vous aurez tout le temps de changer d’idée plus tard.
Bigre ! se dit George en jetant un coup d’œil mélancolique à sa montre.
Rupert avait réuni ses amis autour d’une table parfaitement ronde, petite mais massive. Il en souleva le plateau fait d’une matière plastique lisse, révélant ainsi une surface composée de coussinets de roulement étroitement serrés les uns contre les autres. Un léger rebord les empêchait de s’échapper. George était incapable de deviner à quoi pouvaient servir ces billes. Ces centaines de petits points de lumière formaient un motif envoûtant, hypnotisant, et il commençait à éprouver un léger vertige.
Tandis que l’on s’approchait et que l’on s’installait, Rupert se pencha et sortit de dessous la table un disque d’une dizaine de centimètres de diamètre qu’il posa sur les coussinets antifriction.
— Voici l’objet. On place les doigts dessus et il se déplace sans offrir la moindre résistance.
George considéra le disque avec une vive méfiance. Les lettres de l’alphabet, nota-t-il, se succédaient à intervalles réguliers mais dans le désordre tout le long de la couronne de la table, mélangées au petit bonheur aux chiffres de 1 à 9. Il y avait également, se faisant face, deux cartes, l’une portant le mot OUI et l’autre le mot NON.
— Tout cela me fait l’effet d’une vaste fumisterie, grommela George. Je ne comprends pas que l’on puisse prendre ça au sérieux à l’époque où nous vivons.
Il se sentait un peu mieux maintenant qu’il avait exprimé cette timide protestation qui visait tout autant Jean que Rupert. Ce dernier ne prétendait pas que sa curiosité à l’endroit de ce genre de phénomènes allât au delà d’un intérêt scientifique empreint de détachement. Il avait l’esprit ouvert mais n’était pas crédule. Jean, en revanche… eh bien, il y avait des moments où George se faisait du souci pour elle. Elle semblait réellement penser qu’il y avait quelque chose dans toutes ces histoires de télépathie et de seconde vue.
Ce ne fut cependant qu’après avoir formulé cette critique qu’il se rendit compte qu’il avait par la même occasion implicitement attaqué Rashaverak. Il lui jeta un coup d’œil inquiet, mais le Suzerain demeurait sans réaction. Ce qui ne prouvait absolument rien, bien entendu.
Chacun s’était installé autour de la table ; de gauche à droite : Rupert, Maïa, Jan, Jean, George et Benny Shoenberger. Ruth Shoenberger, quant à elle, était assise à l’écart du cercle, un bloc sténo sur les genoux. Elle ne voyait apparemment aucun inconvénient à prendre part à l’expérience, ce qui avait incité son mari à proférer quelques remarques aussi obscures que sarcastiques à propos des gens qui prenaient encore le Talmud au pied de la lettre.
— À l’intention des sceptiques tels que George, commença Rupert, il convient d’être clair et précis. Qu’il y ait ou non une explication d’ordre supranormal, le fait est là : ça marche. Pour ma part, le phénomène relève d’une explication purement mécanique. Lorsque nous plaçons nos mains sur le disque, même si nous nous efforçons de ne pas influencer son mouvement, notre subconscient nous joue des tours à sa façon. J’ai analysé un grand nombre de séances et je n’ai jamais trouvé de réponses que tel ou tel participant n’eût pas connue ou devinée d’avance, même si, parfois, c’était à son insu. Néanmoins, j’aimerais réaliser cette nouvelle expérience dans les… euh… conditions un peu particulières d’aujourd’hui.
Les « Conditions Particulières » observaient en silence mais avec un intérêt certain et George se demanda ce que Rashaverak pensait de pareilles pitreries. Son attitude était celle d’un anthropologue assistant à une cérémonie religieuse primitive. Tout cela était délirant et il avait l’impression de se couvrir de ridicule.
— Tout le monde est prêt ? enchaîna Rupert. Parfait. (Il ménagea une pause solennelle avant de demander sans s’adresser à personne en particulier :) Est-ce qu’il y a quelqu’un ?
George sentit le disque frémir imperceptiblement sous ses doigts, ce qui n’avait rien de surprenant compte tenu de la pression que six paires de mains exerçaient sur lui. Il glissa jusqu’au chiffre 8 et revint s’immobiliser au centre de la table.
— Est-ce qu’il y a quelqu’un ? répéta Rupert. (Et il ajouta sur le ton de la conversation :) Il faut parfois dix ou quinze minutes avant que cela commence. Mais, à d’autres moments…
— Chut ! murmura Jean.
Le disque s’était remis en mouvement. Il commença à décrire un arc de cercle, oscillant entre la carte OUI et la carte NON. George retint un ricanement. Si la réponse était NON, qu’est-ce que cela prouverait au juste ? Une vieille plaisanterie lui revint à l’esprit : « Y a personne sauf nous, les poulets, not’ maît’… »
Mais la réponse fut OUI. Le disque regagna rapidement le centre. Il donnait presque l’impression d’être vivant, maintenant, d’attendre la question suivante, et George commençait à être impressionné en dépit de lui-même.
— Qui êtes-vous ? demanda Rupert.
Le disque épela les lettres sans la moindre trace d’hésitation. Il filait d’un bout à l’autre de la table comme une créature animée, si prestement que George avait du mal à maintenir le contact. Il pouvait jurer qu’il n’était pour rien dans ses mouvements. Ses yeux firent le tour de la table mais il ne lut rien de suspect sur les traits de ses amis. Ils avaient l’air aussi concentré et intéressé que lui.
Le disque retourna à son point d’équilibre après avoir épelé : JESUISTOUT.
— Je suis tout, répéta Rupert. C’est une réponse typique. Évasive et cependant intellectuellement excitante. Cela veut probablement dire qu’il n’y a rien en dehors de nos esprits réunis.
Il se tut, cherchant de toute évidence une nouvelle question, avant de lancer à la cantonade :
— Avez-vous un message pour l’une des personnes présentes ?
— Non, répondit sur-le-champ le disque.
Rupert regarda chacun des assistants.
— À nous de jouer. Parfois, il fournit spontanément des informations, mais cette fois, il va falloir poser des questions précises. Qui veut commencer ?
— Pleuvra-t-il demain ? s’enquit George, goguenard.
Aussitôt, le disque se mit à faire des aller et retour entre le OUI et le NON.
— Question idiote, laissa tomber Rupert sur un ton tranchant. Il y aura forcément des endroits où il pleuvra et d’autres où il ne pleuvra pas. Il ne faut pas poser de questions appelant des réponses ambiguës.