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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Ses tourments s’éloignaient quand elle repartait au XIIe siècle. Au temps de Hildegarde de Bingen. Difficile de l’éviter, Hildegarde s’intéressait à tout : aux plantes, aux aliments, à la musique, à la médecine, aux humeurs de l’âme qui agissent sur le corps, le rendant faible ou fort, selon qu’on rit ou qu’on rumine ! « Si l’homme qui agit suit le désir de l’âme, ses œuvres sont bonnes, mauvaises s’il agit selon la chair. »

« Chair à saucisse. Mélangez les marrons avec de la chair à saucisse, le foie et le cœur hachés, du thym effeuillé, du sel, du poivre. » Revenir à mon HDR. Je n’ai pas d’idée pour me remettre à un roman. Pas d’idée et pas d’appétit. Je dois avoir confiance : un jour, un début d’histoire s’imposera, me prendra par la main et me fera écrire.

J’ai le temps, se dit-elle en commençant à ôter la peau dure des marrons, attentive à ne pas se couper les doigts. Pourquoi dit-on « dinde aux marrons » alors qu’on la farcit de châtaignes ? Le détail est important. Le détail ancre, incarne, dégage une odeur, une couleur, une atmosphère. En additionnant les détails, on reconstitue une histoire, voire l’Histoire. On a découvert des pans entiers de la vie quotidienne du Moyen Âge en fouillant les humbles maisons des paysans. On en a plus appris qu’en cherchant dans les châteaux. Elle pensa à ces vieux pots en terre au fond desquels on avait trouvé des traces de caramel. Au monastère de Cluny, on avait mis au jour des systèmes d’arrivée d’eau, des latrines, des pièces pour la toilette ressemblant à nos salles de bains.

Monsieur et madame Van den Brock étaient venus lui rendre visite après avoir appris la mort de madame Berthier. Ils avaient sonné à sa porte, plus solennels que des candélabres. Elle, fantaisiste, ronde, primesautière, lui, sérieux et maigre. Elle avait les yeux qui roulaient dans tous les sens et tentait obstinément de les ramener à un point fixe ; il fronçait les sourcils et agitait de longs doigts de moine apothicaire comme de gigantesques paires de ciseaux. Leur couple ressemblait à l’union de Dracula et de Blanche-Neige. C’était un couple désincarné. Elle s’était demandé comment ils avaient réussi à faire des enfants. Un moment d’inattention et il s’était posé sur elle en repliant ses longs doigts coupants pour ne pas l’égratigner. Deux libellules maladroites s’accouplant dans l’azur. Il faut protéger nos enfants, affirmait-elle, s’il s’en prend aux femmes, il peut s’attaquer aux plus petits. Oui, mais que faire ? Que faire ? Elle agitait sa tête ronde et un chignon maigre piqué de deux grandes aiguilles fines. Ils avaient proposé une ronde effectuée par les pères de famille dès que la nuit tomberait. Joséphine avait souri, elle n’avait pas cet article sous la main, et, comme ils semblaient ne pas comprendre, elle avait ajouté : je veux dire le père de famille, je n’ai pas de mari. Ils avaient marqué un petit temps d’arrêt pour gober son trait d’esprit, et avaient poursuivi, on ne peut rien attendre de la police, ce ne sera pas une priorité pour eux, les banlieues brûlent alors les beaux quartiers… Une légère acrimonie avait coloré la fin de la phrase, brisant le ton jusque-là responsable et grave.

Joséphine s’était excusée de ne pas pouvoir participer à l’effort de guerre, mais avait ajouté qu’elle refusait de se laisser gouverner par la peur. Dorénavant, elle serait sur ses gardes, irait chercher Zoé à la sortie des cours, le soir, mais ne céderait pas à la panique. Elle avait émis l’idée d’organiser un tour pour ramener les enfants de l’école – ils étaient tous, les Van den Brock, Lefloc-Pignel et Zoé, dans le même collège. Ils avaient décidé d’en reparler après les fêtes.

— Je vais dire à Hervé Lefloc-Pignel de passer vous voir, il est très inquiet, assura monsieur Van den Brock d’une voix mâle. Sa femme n’ose plus sortir. Elle n’ouvre même plus la porte à la concierge.

— Dites, vous ne trouvez pas ça bizarre cette concierge qui change de couleur de cheveux toutes les trois semaines ? Elle n’aurait pas un petit copain qui… ? s’était inquiétée madame Van den Brock.

— Qui sortirait de prison et cacherait un grand couteau derrière son dos ? avait demandé Joséphine. Non, je ne crois pas qu’Iphigénie soit mêlée à ça !

— J’ai entendu dire que son compagnon avait eu affaire à la justice…

Ils étaient repartis en promettant de lui envoyer Hervé Lefloc-Pignel dès qu’ils le verraient.

Je vais finir par réconforter tout l’immeuble, avait soupiré Jo en refermant la porte, ce soir-là. C’est ironique, j’ai été agressée et c’est moi qui les rassure ! J’ai bien fait de n’en parler à personne, je serais devenue une curiosité, on viendrait me lancer des cacahuètes sur le paillasson.

Au premier étage de son immeuble vivaient un fils et sa mère, les Pinarelli. Il devait avoir cinquante ans, elle quatre-vingts. Il était grand, mince, les cheveux teints en noir. Il ressemblait, en plus âgé, à Anthony Perkins dans Psychose. Il avait un drôle de sourire quand il vous croisait, un sourire qui retroussait un coin de sa bouche comme s’il se méfiait de vous et vous demandait de vous écarter. Il ne travaillait pas, devait servir de dame de compagnie à sa mère. Ils sortaient chaque matin faire leurs courses. Ils avançaient à petits pas et se tenaient la main. Lui tirait le Caddie tel un lévrier tenu en laisse, elle serrait dans ses doigts la liste des commissions. La vieille était pète-sec. Elle ne mâchait pas ses mots et lançait des remarques acerbes comme ces vieilles personnes qui se croient dispensées de toute civilité à cause de leur grand âge. Joséphine leur tenait la porte grande ouverte. Ils ne la remerciaient jamais, passaient sans la saluer, s’engageaient telles deux altesses royales à qui on ouvre une haie, sabre au clair.

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