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Tango chinetoque

Электронная книга - «Tango chinetoque». Краткое содержание книги:

Moi, vous me connaissez ?
J'ai pas l'habitude de vous mener en bateau, et quand ça m'arrive, c'est moi qui rame !
Alors si je vous affirme que vous n'avez pas encore jamais lu un bouquin comme celui-ci, vous pouvez me croire !
Dans le Tango chinetoque, vous allez trouver des trucs qui vous feront dresser les poils des bras sur la tronche ! Vous y verrez comment, en Chine, on fabrique mille kilomètres d'autoroute par jour ! Comment un mouton tombe amoureux de Béru ! Comment Béru opère de l'appendicite un zig qui n'en a pas besoin ! Vous y verrez comment le Gros et moi on se paye une virouze dans le cosmos ! Parfaitement ! Et puis, l'amour à la chinoise, ça ne vous dit rien ?
Cette extraordinaire aventure se passe en Chine, mais on ne rit pas jaune pour autant. Et si le coq gaulois se fait déplumasser le dargif par moments, ça ne l'empêche pas de chanter fort !
Non, franchement, je plains Louis XVI qui est mort trop tôt pour avoir pu lire ça !
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Je serre la main décharnée du vieillard.

— Merci, grand-père, aussi longtemps que je vivrai, votre souvenir restera gravé dans mon cœur.

— C'est un cœur généreux, dit le mourant, puisse-t-il battre longtemps encore.

Sur ces belles paroles, je sors. Une foule hurlante grouille dans le couloir. Ça déboule des autres cellotes. Béru, armé de la mitraillette (pas folle la guêpe) tient en respect trois gardes placés de l'autre côté de la grille barrant le couloir, tandis que le petit dégourdi jaune de notre cellule essaie les clés récupérées sur les gardiens foudroyés. Il ne s'énerve pas et son calme porte ses fruits puisqu'il parvient à ouvrir. C'est la ruée. Un torrent humain s'écoule.

Le tac-tac d'une mitraillette retentit. Puis un second joint sa voix crachoteuse au premier.

Le Gros me retient par la manche.

— Nous pressons pas, fait-il, on a fait le plus gros, aux autres de se farcir les premières bastos.

La horde des prisonniers s'écoule par la grille en hurlant avec une rare sauvagerie. La fusillade continue dans les couloirs. Drôle d'émeute ! Bientôt nous sommes seuls, le Gros et moi, et alors seulement nous nous aventurons dans la rotonde du poste de garde.

Celui-ci est jonché de cadavres. Maintenant c'est au dehors que ça pétarde. Les prisonniers foncent vers la sortie. Ils tombent, fauchés par les balles des surveillants, mais leur nombre leur donne provisoirement un sentiment d'invincibilité.

— Il doit bien y avoir une autre issue, marmonné-je. La vie appartient à ceux qui la vivent à contre-courant.

Voyez plutôt ce qui passe dans les gros centres urbains, chez vous. Vu l'horrible négligence des urbanistes, la monstrueuse inconséquence des ponts et chaussées qui vous foutent cinquante centimètres d'autoroute par semaine, on ne peut plus remuer. Seuls se déplacent encore ceux qui voyagent la nuit ou pendant midi. Ceux qui vont à Paris pour le week-end et non pas à la camberousse, ceux qui prennent leurs vacances en mars et non en août. Puisque les pauvres.

Les provisoires évadés se ruent vers l'entrée principale, cherchons, nous, l'entrée de service. Efforçons-nous de sortir par la porte étroite !

On voit une lourde ouverte et on l'emprunte à trois pour cent d'intérêts payables à la souscription. Elle nous fait accéder à une partie des bâtiments réservés aux logements des gardes. C'est plein de dames et de mouflets en chemise de nuit qui jacassent sur leurs seuils. Béru leur montre sa mitraillette, et aussitôt ces chères madames et ces mignons bambins se claquemurent. On fonce toujours, au petit bonheur, c'est encore le guide le plus sûr.

Nous parvenons dans une cour bordée de hangars sous lesquels sont remisés une foule de machines servant à l'exploitation de la mine. Il y a là des cribles thermo-fiduciaires, des introspecteurs à longue durée, des fouinasseurs à ondes courtes, des stratagèmes géants montés sur chenille, des amalgameurs de fréquence à moulinette perforée, des conjonctivites traceuses, des prostateuses lentes à boule kère, des enfigourées électriques (les meilleures) et des coltineuses de périphrases à syntaxe superposée. Mon choix se porte immédiatement sur une auto-chenille. Nous ne demandons qu'à la transformer en papillon !

Je saute au volant et je tripatouille le tableau de bord. C'est une Smig modèle 61, par conséquent, je n'ai aucune difficulté à la mettre en marche. Béru bondit à mon côté, féal compagnon des folles entreprises !

Tout dans la volée, mes filles ! L'exercice grâce et souplesse continue !

On a faim, on a soif, on a sommeil, on n'est pas rasé, pas lavé, on est vidé. Mais le fabuleux tandem Béru-San-A. n'interrompt pas pour autant ses démonstrations de haute voltige.

La chenillette fait un boucan du diable. Illico des bouilles apparaissent aux fenêtres. Je fonce en direction d'un portail fermé. Il est verrouillé au moyen d'un énorme cadenas, mais il est en bois. A quoi servirait cette chenillette si elle devait se laisser impressionner par un pareil obstacle ? Je bombe dans le double vantail. Ça fait vrrang et ça cède ! Il faut toujours céder les uns les autres ! Nous débouchons sur une large esplanade baignée de lune où sont parqués d'autres engins dont, pour ne pas surmener vos cellules atrophiées, je m'abstiendrai de dresser l'inventaire.

A l'intérieur du pénitencier c'est la grande fournaise : Douaumont, le Chemin des Dames ! Un vrai massacre ! Maintenant les mitrailleuses de miradors se sont mises de la partie et pralinent follement, tandis que les puissants projecteurs volent au secours de la lune !

— On a été vachement géniaux de libérer les autres camarades, me dit le Gros. Ça détourne l'attention !

— Pas tellement, réponds-je en montrant deux puissantes bagnoles lancées à nos trousses.

Est-ce par osmose ? Toujours est-il que Béru se met à rire jaune depuis qu'il est en Chine !

— Mince, dit-il, en modifiant les trois lettres du milieu de ce mot passe-partout, j'avais pas remarqué.

Une grêle de balles crépitent contre la carrosserie de notre charrette.

— Baisse ta ruche, les frelons volent bas ! crié-je à mon ami.

Il se palpe le lobe, Bérurier. Sa main est toute poisseuse. Il a morflé une dragée au bas de l'étiquette droite.

— Bouge pas, rouscaille-t-il, je vas te leur faire déguster une confiture de prunes de ma fabrication.

Je le stoppe.

— Molo, tu n'as qu'un chargeur de disponible, comme ils ont l'air de nous rattraper, tu seras toujours à temps de défourailler à bon escient.

— Tu sais pourquoi qu'ils nous rattrapent ? interroge Sa Rondeur.

— Parce qu'ils vont plus vite que nous, lapalissé-je.

— Non, parce que t'as une auto-chenille et que tu roules connement sur une route au lieu de bomber dans la nature !

Si mes pieds n'étaient pas sollicités par les pédales du véhicule, parole of man, je me flanquerais des coups de savate dans le valseur !

Comme le pépin de mitraillette continue de crépiter sur notre voiture, je braque tout à gauche, défonçant une barrière de ciment armé, et je continue sur terrain accidenté. Du coup, les voitures suiveuses ne suivent plus.

— J'espère qu'on ne va pas se payer une nouvelle promenade sur champ de mines, lamente mon ami. A force de taquiner le sort, tu verras qu'on finira par se retrouver avec coquette collée au pare-brise et les joyeuses dans le pommier d'en face !

Je ne pense pas que ce funeste présage soit fondé car nous nous déplaçons sur une ancienne carrière mal remblayée par les fouilles des nouvelles.

Le grand problème du monde moderne, c'est l'évacuation de ses résidus. Ce qui a manqué à l'univers, c'est le trou de départ, une poubelle naturelle où déverser la matière des trous à venir. Et maintenant, avec les bricoles radio-actives, ça se complique salement. L'homme s'auto-contamine. Il a créé la vérole pour les autres, mais c'est un boomerang qui finit par lui revenir dans le calbar. Les déchets ne sont plus évacuables. Ils pourrissent la mer, donc le poisson, donc celui qui le mange. Ils pourrissent la terre, donc les plantes et donc ceux qui les broutent ! C'est la grande, l'intégrale chetouille ! La destruction en profondeur. La lente désagrégation (moi je m'en fous : je suis pas agrégé, je suis que licencieux de la matière. On se détruit à qui mieux mieux, en bouffant, en respirant !

La vérolerie est partout, ambiante, endémique ! Choléra suprême ! la grande crève universelle ! Sapant tout ! Envahissant, rongeant, érosant, défigurant ! Oui, défigurant ! Et c'est ça surtout qui les emmouscaille, les bonshommes. Ils font le complexe de Ney ! Le cœur, d'accord, tant pis, ils acceptent d'être les forçats du myocarde. Mais pas la frite ! Oh ! Non, par pitié, épargnez leurs jolies gueules de raie, leurs belles bouilles d'abrutis, de bellâtre, de pédants, de pédés, de pédiatres, de pédagogues, de pélagiens, de pélicans-lassés-d'unlong-voyage, de parnassiens, de pharmaciens, de bourgeois de Calais, de recalés, de câléchiers ! Prenez-leur la vésicule, bouffez-leur la rate, cisaillez-leur le foie, dégonflez-leur les éponges, déburnez-les, même, au besoin, mais ne dérangez pas leur coiffure ! Ne touchez pas à leur nez ! N'entamez pas leurs pommettes !

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