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Tango chinetoque

Электронная книга - «Tango chinetoque». Краткое содержание книги:

Moi, vous me connaissez ?
J'ai pas l'habitude de vous mener en bateau, et quand ça m'arrive, c'est moi qui rame !
Alors si je vous affirme que vous n'avez pas encore jamais lu un bouquin comme celui-ci, vous pouvez me croire !
Dans le Tango chinetoque, vous allez trouver des trucs qui vous feront dresser les poils des bras sur la tronche ! Vous y verrez comment, en Chine, on fabrique mille kilomètres d'autoroute par jour ! Comment un mouton tombe amoureux de Béru ! Comment Béru opère de l'appendicite un zig qui n'en a pas besoin ! Vous y verrez comment le Gros et moi on se paye une virouze dans le cosmos ! Parfaitement ! Et puis, l'amour à la chinoise, ça ne vous dit rien ?
Cette extraordinaire aventure se passe en Chine, mais on ne rit pas jaune pour autant. Et si le coq gaulois se fait déplumasser le dargif par moments, ça ne l'empêche pas de chanter fort !
Non, franchement, je plains Louis XVI qui est mort trop tôt pour avoir pu lire ça !
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— Qu'est-ce c'est que ce mec ? murmure le Gros, il joue l'abbé Faria dans Monte-Cristo ou quoi ?

— Ce n'est pas un jeu, mon fils, soupire une faible voix.

On regarde autour de soi, interloqué comme un gars interlope à Interlaken.

Nous sommes une trentaine dans une cellote prévue pour deux.

— Qui cause français ? demande Bérurier.

— Moi, mon fils, fait la voix exténuée.

Nous réalisons alors que le vieillard nous parle dans notre langue. Je m'agenouille près de lui.

— Qui êtes-vous ? demandé-je doucement.

Il essaie de trouver un peu d'oxygène pour répondre, mais dans ce cul de basse-fosse, c'est pas fastoche, surtout que trente gars pompent en priorité le peu d'air pénétrant par la meurtrière.

— Mon nom est Gî Ber Jeûn, soupire le vieillard, j'étais professeur de langues occidentales au lycée de Bon Fé Mhon.

— Pourquoi vous a-t-on jeté en prison ?

— A cause de mon manque d'opinions politiques, mon fils. Les hommes, de quelque bord qu'ils soient, appartiennent à un monde où il vaut mieux avoir des opinions subversives que de n'en pas avoir.

Nous sommes interrompus par la soupe ; une gamelle d'un infect bouillon dans lequel flottent des débris de poisson.

La bouille de Bérurier fait rigoler tout le monde.

— Eh ben, mon pote soupire-t-il, c'est pas un trois étoiles ! Le rata sent la dégueulade et pour ce qui est des calories on aurait meilleur compte de lécher le mur qui, lui, au moins, est plein de m… !

En nous pinçant le naze nous avalons le méchant brouet.

Puis, tandis que les autres instituent une rotation pour s'allonger : deux à la fois avec relève (si l'on peut dire) toutes les dix minutes, je me penche à nouveau sur le vieux professeur.

— Avant nous il y avait deux Américains ici ?

— Deux Anglais, rectifie-t-il. Ils se sont évadés cette nuit !

— Comment s'y sont-ils pris ?

— Ils sont restés sur le chantier et au moment de l'appel, deux des autres sections ont répondu à leur place. Ensuite ces deux hommes ont pu quitter le rang avant de pénétrer dans la cellule.

Il exhale un long soupir fétide.

— Mais je doute qu'ils aient pu réussir dans leur entreprise, sur des kilomètres à la ronde le terrain est miné.

— Je sais.

J'explique au Vieux la manière dont nous nous sommes introduits dans le camp.

— Il eût mieux valu pour vous que vous sautiez sur des mines, fait-il, car dès qu'on s'apercevra de votre présence ici, vous serez torturés et décapités.

Il ajoute :

— Et on s'en apercevra fatalement demain matin.

— Pourquoi ?

— Parce que c'est le jour de la visite individuelle.

— Qui étaient les deux Anglais et pourquoi les avait-on internés ?

— Il s'agissait de deux aviateurs dont l'appareil se rendait à Hong-Kong et qui, à cause d'une panne, durent se poser à Haï Nan. Ils s'attendaient à être exécutés d'un jour à l'autre, c'est pourquoi, hier, ils ont risqué le tout pour le tout !

— Qu'est ce qu'il débloque, le fakir ? demande Sa Bérurerie.

Pas content, le Gros. Faut reconnaître qu'il n'y a pas de quoi pavoiser. Il n'a rien becqueté et il est obligé de se tenir debout au milieu d'un groupe d'hommes malodorants, ça n'a rien d'excitant.

Je me redresse difficilement, de façon à me trouver tout contre la bedaine du camarade Béru.

— Ça va mal et ça continue, lui dis-je, selon le vieillard, nous sommes flambés comme des crêpes. Demain, c'est nos cigares qui vont rouler dans le sable de la carrière.

— J'aime autant ça plutôt que de supporter cette proximité, déclare-t-il non sans noblesse. Je me fais l'impression de voyager dans un wagon à bestiaux.

Il danse d'un pied sur l'autre.

— On va passer la noye debout, avec cette lumière dans les Lissac, tu crois ?

— Hélas !

Une grosse ampoule est fixée au plafond, éclairant nuit et jour l'infecte local.

Le cauchemar continue, plus impressionnant au fur et à mesure que s'égrènent les minutes. Un cauchemar visqueux, dense, pestilentiel. Nos compagnons de cellule ont des bouilles de méduses, qui luisent dans la cruelle lumière électrique.

Je les vois déjà cadavre. Ça n'a rien de difficile, du reste ! Fixez un instant n'importe quel homme, et vous verrez se dégager son cadavre de lui-même, comme on aperçoit le fond d'une rivière lorsque le soleil tombe d'aplomb dessus. Toutes les têtes sont en os, la viandasse, c'est qu'une illusion, un fard léger qui s'estompe rapidement et que la première averse venue délaye et efface.

— Qui c'est ce mironton ? insiste soudain Béru en montrant le mourant.

— Un ancien professeur de langues, jeté en prison pour absence d'opinions.

— T'es sûr qu'il est franco ?

— On peut se méfier des gens qui font de belles promesses, Gros. Lui ne me promet que la torture et la mort.

Sa Rondeur hoche la tête, indécise.

— Et si on était déjà mort ? demande-t-il.

Cette hypothèse métaphysique, de la part de Béru, ça vous commotionne, croyez-moi.

— Qu'entends-tu par là, Belle Pomme ?

— Quéque jour avant de gerber, j'ai visionné à la téloche un film où ce que les mecs canaient. Un couple ! Ils étaient morts et se mettaient à vadrouiller avec d'autres morts. La seule différence avec avant, c'est qu'ils pouvaient pas causer aux vivants, ni même être vus par eux. Ils se faisaient tarter dans les rues. Y'en avait en costar Louis XV, d'autres fringués en archers, et d'autres encore loqués mylord. En ce moment je me fais c't'effet, Gars. S'ils étaient morts tous ces pauvres zigs, hein ? Et nous également, sans qu'on s'en soye avisé ? Suppose que le mec au sabre de tout à l'heure nous ait cisaillé le cigare avec dextérité et qu'on l'ait déjà commencé notre méchante éternité vasouillarde, avec tous les macchabées oisifs ? Si on était coincé dans la nasse, à se branler les couennes jusqu'à toujours ?

Je ne l'entends plus. Je regarde l'installation électrique et voilà que mon esprit ingénieux se met à se beurrer la tartine. Je suis le Bibi Fricotin de la maison poulaga, les mecs ! Le vice-rédacteur en chef de la revue Système « D ». J'ai tellement d'imagination que, lorsque je déménagerai, faudra que je frète un camion spécial pour la transbahuter.

— Qu'est-ce que tu regardes en l'air ? s’inquiète Bérurier, tu fais ta prière ?

— Mieux que ça, Gros, soufflé-je, je fais des projets.

— T'as de la santé, mon pote. Et lesquels sont-ce, sans indiscrétion ?

— Mate un peu l'électricité.

Il lève les yeux et regarde.

— Alors ?

— C'est de l'installation primitive. Un branchement de fortune. Les gars ne se sont pas cassés, ils ont tout bêtement tiré des fils à travers le bâtiment qui doit dater des empereurs Atchoum !

Bérurier dont la barbe a poussé se gratouille les joues de ses ongles en grand deuil.

— Je pige pas ou que tu veux en venir. Si t'éclairerais ma loupiote ?

— Je vais plutôt l'éteindre.

— Comment ça ?

— On enlève l'ampoule…

— Et after ?

— On arrache le fil du plafond…

— And après ?

— On le débarrasse de la douille et on se met à gueuler jusqu'à ce qu'un gardien se pointe.

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