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Tango chinetoque

Электронная книга - «Tango chinetoque». Краткое содержание книги:

Moi, vous me connaissez ?
J'ai pas l'habitude de vous mener en bateau, et quand ça m'arrive, c'est moi qui rame !
Alors si je vous affirme que vous n'avez pas encore jamais lu un bouquin comme celui-ci, vous pouvez me croire !
Dans le Tango chinetoque, vous allez trouver des trucs qui vous feront dresser les poils des bras sur la tronche ! Vous y verrez comment, en Chine, on fabrique mille kilomètres d'autoroute par jour ! Comment un mouton tombe amoureux de Béru ! Comment Béru opère de l'appendicite un zig qui n'en a pas besoin ! Vous y verrez comment le Gros et moi on se paye une virouze dans le cosmos ! Parfaitement ! Et puis, l'amour à la chinoise, ça ne vous dit rien ?
Cette extraordinaire aventure se passe en Chine, mais on ne rit pas jaune pour autant. Et si le coq gaulois se fait déplumasser le dargif par moments, ça ne l'empêche pas de chanter fort !
Non, franchement, je plains Louis XVI qui est mort trop tôt pour avoir pu lire ça !
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Le Gravos acquiesce.

— Lu et approuvé ; bon pour accord, fait-il. Si on a le fion bordé de nouilles on va le savoir dare-dare.

— Il va falloir avancer avec précautions, reprends-je. Je marcherai devant et j'examinerai pas à pas le terrain. Toi tu mettras exactement tes pieds dans l'empreinte de mes pas.

— Jamais de l'avis ! s'insurge le Puissant. C'est mécoinsse que, je marche the first.

Il me désigne un macabre débris à quelques mètres de là. Il s'agit de la tête d'un des hommes foudroyés. Elle est exsangue et déjà couverte de fourmis rouges, énormes, qui s'en délectent.

— Si tu fous les pinceaux dans la mitraille t'as pas le temps de t'en apercevoir, assure mon compagnon. Ça t'émiette instantanément.

— De D… ! m’écrié-je en pointillé pour ne pas choquer le lecteur pudibond, mais ces deux types étaient des Blancs.

Dans la lumière limpide du petit jour, la tête sectionnée se révèle comme n'appartenant pas à la race jaune. De même que la main coupée qui gît à mes pieds.

— Maintenant, plaisante sombrement l'habitué des comptoirs, ce sont des blancs cassés. Bon, je démarre !

— Stoppe ! hurlé-je. J'ai dit que je passais le premier, je passerai le premier.

— Et ta sœur, s'écrie le Gros en s'élançant.

Il court droit à la brèche, en une longue galopée, piquant de la pointe du soulier dans la mousse pour bien marquer son passage, Béru. Mais il ne se retourne même pas. Il fonce, le dos arqué, les coudes collés au buste.

Je regarde, fasciné, en proie à une vénéneuse extase, m'attendant, désespéré jusqu'aux os, à voir éclater mon vieux copain. La tension est trop terrible. Je ferme les yeux, je m'enfonce un doigt dans chaque oreille, je ne veux pas voir, pas entendre, m'abstrais. Il n'existe plus dans cet univers redoutable que les violents battements de mon cœur.

Il me semble pourtant percevoir un cri. Je m'ouvre et me débouche.

Béru est debout devant la brèche, rayonnant. Il gesticule.

— J'ai fait bon voyage, me dit-il, tu peux t'annoncer. Repère bien mes empreintes surtout !

Ça n'est pas difficile : sa course est inscrite en ricochets dans la végétation paillassonneuse. J'y vais prudemment. Il serait stupide de rater l'un de ses pas et de se transformer en feu d'artifice sous les yeux du héros superbe et généreux. Du reste il me prêche, la prudence, maintenant, le téméraire.

— Molo, Mec ! Viens pas me faire du spectacle.

Je me sens en pleine possession de mes moyens. Les nerfs d'acier je possède. J'arrive sans encombres jusqu'à Béru.

— J'aime pas beaucoup ta façon de désobéir à mes ordres, Gros ! sermonné-je. Ne t'avise pas de recommencer sinon je serais obligé de te filer un rapport long comme mon bras.

Ayant dit, je le chope par le cou et lui fais la bise.

Cette fois, c'est bibi qui passe le premier. Le cheminement à travers l'écheveau de barbelé est d'autant plus long et douloureux que nous l'effectuons à rebours, c'est un peu comme si on utilisait un entonnoir à l'envers.

Je repte, je rampe, je chenille, je vers-deterre, je serpente, je commandos, je paras, je me coule, je m'écoule, je me tortille, je me trémousse, je m'insinue, je m'insère, je me faufile, je renarde, je taupine, je racine dans les fils sectionnés, les écartant à mesure que j'avance, subissant par tout le corps leurs sournoises griffures.

Derrière moi, l'intendance suit. Il geint, le Gros. C'est une proie plus facile pour les tentacules barbelées. Son volume les comble. Sa maladresse les ravit. Il souffle comme le sanglier obnubilé par un gisement de truffes.

Truffe soi-même, il peine pour me suivre. Il rêve de devenir tuyau, d'avoir une armure ou un bulldozer, de posséder un chalumeau oxhydrique, Mais il nuance, il sue, il s'ensanglante. Nous débouchons (de carafe) enfin de l'autre côté de cette fortification épineuse. Combien de temps a nécessité son franchissement ? Je ne saurais le dire à la seconde près, plus d'une plombe en tout cas !

Nous sommes maintenant dans un surprenant univers. Il s'agit d'une mine à ciel ouvert. Elle est circulaire et mesure au moins quinze cents mètres de diamètre. Elle s'étage en gradins, comme un cirque romain. Il y a des wagonnets Decauville, immobiles sur leurs voies étroites. Des tamis verticaux, des excavatrices, et, partant des excavations.

— C't'une carrière ? demande Béru.

— Ou quelque chose d'approchant, oui.

Un bruit de foule en marche nous parvient. Nous nous planquons derrière un tas de caillasse et nous attendons. Bientôt, une longue cohorte de types au torse nu, seulement vêtus d'un vague short, bleu et portant qui une pelle qui une pioche sur l'épaule, débouche en chant. Ils chantent l'hymne fameux des travailleurs chinois Chi Pao-Li : Cé Pa go Mon Kiki. Mais mornement, sans le moindre entrain.

Des soldats les encadrent. Lorsque la colonne est entrée dans la carrière (profitant de ce que ses aînés n'y sont plus) un coup de sifflet retentit.

Le chant cesse, les travailleurs se dispersent et se mettent à charbonner dur.

— Qui sont-ce ? demande le Gros.

— Nous nous trouvons dans un camp de concentration, dont deux prisonniers ont réussi à s'évader cette nuit, expliqué-je.

— C'est gagné, grommelle le Chevalier Paillard, tu te rappelles, au Japon, quand on était tombé chez des geishas[1] ?

— On ne peut pas réussir chaque fois ses irruptions, dis-je, le Vésuve lui-même rate quelques-unes des siennes !

— Venir se filer dans la gueule du loup, y a qu'à nous et aux Pieds Nickelés que ça arrive !

L'immense chantier devient ruche effervescente. Les surveillants armés de fouets circulent à travers les mineurs, distribuant des coups de lanière à ceux qui manquent d'ardeur. Un groupe de travailleurs se dirige vers notre planque. Impossible de nous planquer. Les arrivants se cabrent en nous apercevant. Ils ne pigent pas. L'un d'eux nous pose une question.

— On est les nouveaux, répond Béru à tout hasard.

Les autres hochent la tête. Par signes ils nous engagent à travailler.

Auparavant (chinois) le plus dégourdoche nous indique que nous devons essuyer le sang sur notre visage et nous défaire de nos vêtements en lambeaux. Nous obtempérons. Nous voici bientôt le torse nu. Pour cacher les éraflures nous nous enduisons de terre rougeâtre.

Les copains nous filent une pelle à chacun et on se met à tamiser de conserve le sol pierreux.

— Qu'est-ce qu'ils cherchent ? s'informe Bérurier.

— Un minerai quelconque, dis-je.

Un surveillant s'avance, le fouet tournoyant au bout de son bras brandi. Il aime pas que ses collégiens bavardent. Nous l'apprenons-à nos dépens. Quelques solides coups de fouet nous mordent le dos, réveillant les griffures des barbelés.

— Ho bou lo ! Ho bou lo ! s'écrie le tortionnaire à chaque claquement.

Nous pelletons frénétiquement. Du coin de l'œil j'observe les camarades et je les vois cueillir de temps à autre une espèce de scorie grisâtre dont la matière et la forme rappellent le coke. Je fais comme eux et, lorsque le surveillant s'est éloigné, je conseille à sa Majesté de m'imiter.

On marne de la sorte pendant des heures. Dans la formidable cuvette, le soleil cogne dur. Les corps inondés de sueur luisent comme des otaries trempées dans de l'huile de foie de morue. On n'entend que le martèlement des pioches, le bruit racleur des pelles et les grandes gifles des pierres jetées sur les tamis… Et puis aussi, les terribles coups de lanière arrachant des plaintes à tous ces pauvres hongres.

Lorsque le soleil est au zénith, un coup de sifflet arrête les travaux.

— La roulante, sûrement ! murmure le Gravos, en me montrant un camion jaune qui vient d'arriver.

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Voir : Fleur de nave vinaigrette.

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