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Tango chinetoque

Электронная книга - «Tango chinetoque». Краткое содержание книги:

Moi, vous me connaissez ?
J'ai pas l'habitude de vous mener en bateau, et quand ça m'arrive, c'est moi qui rame !
Alors si je vous affirme que vous n'avez pas encore jamais lu un bouquin comme celui-ci, vous pouvez me croire !
Dans le Tango chinetoque, vous allez trouver des trucs qui vous feront dresser les poils des bras sur la tronche ! Vous y verrez comment, en Chine, on fabrique mille kilomètres d'autoroute par jour ! Comment un mouton tombe amoureux de Béru ! Comment Béru opère de l'appendicite un zig qui n'en a pas besoin ! Vous y verrez comment le Gros et moi on se paye une virouze dans le cosmos ! Parfaitement ! Et puis, l'amour à la chinoise, ça ne vous dit rien ?
Cette extraordinaire aventure se passe en Chine, mais on ne rit pas jaune pour autant. Et si le coq gaulois se fait déplumasser le dargif par moments, ça ne l'empêche pas de chanter fort !
Non, franchement, je plains Louis XVI qui est mort trop tôt pour avoir pu lire ça !
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Des gardes en bondissent ! Ils rabattent les ridelles et font descendre du véhicule une dizaine de types enchaînés les uns aux autres. Ces prisonniers, contrairement à ceux qui travaillent, n'ont pas le torse nu. Ils sont en costume de ville. Ils avancent péniblement, houspillés par leurs gardiens.

Je me porte au premier rang des travailleurs pour regarder défiler ces nouveaux venus.

Au passage, l'un d'eux, un grand type au regard ardent, me dévisage et semble sourciller. Il paraît surpris de voir un Blanc ici, alors que nos tortionnaires n'ont pas marqué d'étonnement. Est-ce une idée ? Mais il me semble qu'il voudrait me parler. Il y a dans ses yeux une exhortation désespérée. Mine de rien je me place à sa hauteur.

Le chef du convoi lance un cri. Les prisonniers enchaînés s'arrêtent. Ils se trouvent dans un endroit abandonné de la mine. Nouveau cri ! Ils s'agenouillent. Que va-t-il se passer ? Je vois alors sortir de la cabine du camion un énorme Chinois, plus gros que Bérurier, aux yeux en accent circonflexe. Il est vêtu d'un uniforme jaune et son ceinturon ressemble au cerceau d'une barrique. Il tient à la main un énorme sabre recourbé, à la lame large et luisante.

Je frissonne, mes petites chattes. Car je viens de piger qu'il s'agit d'une exécution collective.

Ce gros bouddha va décapiter les prisonniers enchaînés. Vision apocalyptique ! Mais non, que dis-je, moyenâgeuse, tout simplement. C'est la Chine des Ts'in, des Tch'ou, des Ming et des Qing !

Le chef du détachement (le détachement est le mot qui convient), s'avance et se met à causer. Je vois des travailleurs s’entre-regarder, puis s'avancer chacun vers un prisonnier et le cramponner par les étiquettes afin de lui maintenir la tronche à l'équerre. Alors, prompt comme un éclair au chocolat je me précipite vers le grand Chinois aux yeux éloquents et je lui biche la tête à deux mains.

— You are American ? me demande-t-il à voix basse.

J'en reste médusé, comme disait le gars qui s'était baladé sur un radeau.

— Non, Français, réponds-je sans remuer les lèvres, mais je travaille pour les Services américains.

— La base ?

— Oui.

— Je crois savoir où elle se trouve. Les rizières du Poû Lo Pô… C'est à cent miles d'ici, au Nord…

Je gamberge à fond de cellules. Le Vieux a dit que les Ricains avaient parachuté des agents d'origine chinoise ; m'est avis que je viens d'en rencontrer un dans des circonstances très particulières.

— Qui êtes-vous ? m’enquis-je.

— O.S.S. 116, répond le malheureux.

Un sifflement, un bruit mat ! Je regarde. La tête du premier supplicié vient de rester entre les mains du travailleur qui la maintenait. Son corps décapité s'affaisse.

Le gros bourreau l'enjambe et s'avance vers le second. Il lève son sabre. Il est fantastique, bouleversant de cruauté. Il joue le rôle principal des Grands Cimeterres sous la lune avec un brio affreux. Fllüüt ! Vlan ! Une seconde calbombe est décollée. Le tortionnaire est hermétique, on joue à bourreau fermé (Il essuie la lame du sabre à un chiffon que lui tend son assistant).

Mon patient à moi, O.S.S. 116, ne frémit pas. Sa tête ne bouge pas, ce sont mes mains qui tremblent.

— Ayez du courage, balbutié-je.

— Ça m'est d'autant plus aisé que je m'abandonne entre les doigts d'un compagnon, répond-il. Souvenez-vous de ce que je viens de vous dire : les rizières du Poû Lo Pô. Si vous parvenez à transmettre l'information…

Fllüüt ! Vlan ! Le troisième condamné vient de divorcer d'avec sa tronche. C'est à nous, maintenant, si je puis me permettre ce pluriel.

Je coule un regard effaré au monstre en uniforme dont l'ombre se confond déjà avec celle de sa victime. Je détourne mon regard de la nuque offerte. Je regarde le ciel presque blanc de chaleur, la lame scintillante du sabre entre dans le champ, aveuglante ! De minces sillons rouges coulent vers la poignée.

Fllüüt ! Flan !

J'éprouve une légère secousse. Je me sens comme libéré d'une entrave et un poids monstrueux pèse dans mes mains. Le bourreau m'écarte d'un coup de pied.

Je recule avec la bobine d'O.S.S. 116. Je suis au comble de l'horreur. Anéanti, les jambes molles, la tête en feu, je contemple le corps décapité gisant à mes pieds. Le sang coule dans la terre poudreuse qui l'absorbe sans bruit.

— Lâche-la, quoi, me murmure Béru, t'attends qu'on t'en fasse un paxon ?

Je constate alors que les autres ont déposé les têtes tranchées près des cadavres.

Je les imite. Le regard luisant d'O.S.S. 116 perd progressivement de son farouche éclat, mais il continue de me fixer et de m'encourager par-delà les mystérieuses frontières de la mort.

CHAPITRE DOUZE

Lorsque tous les condamnés sont morts, les gardes nous les font enterrer dans la partie de mine désaffectée, après quoi le camion jaune repart. On nous distribue de l'eau tiède et une louche de riz à chacun, et puis le turbin recommence dans l'accablante chaleur. Il dure jusqu'au soir, ponctué de coups de fouet et d'invectives. Parfois, un homme frappé d'insolation s'écroule.

Un garde vient alors s'assurer qu'il est hors d'usage, lui file une praline dans le chignon et le fait enterrer. C'est simple, rapide de bon goût et cela évite les formalités. M'est avis que les pompes funèbres générales ne doivent pas faire florès dans la région.

Lorsque l'obscurité revient, coup de sifflet final de l'arbitre. Les hommes se mettent en rang d'un pas pesant et repartent en chantant. Le chant est obligatoire.

— Je m'en souviendrai de celle-là, balbutie Béru. Moi qu'aime pas le jardinage, je suis fadé. Vise un peu ces Wonder que j'ai dans les Paluches !

— J'en ai autant à ton service, gars, soupiré-je en lui montrant mes paumes couvertes de cloques impressionnantes.

It's a long way to le pénitencier. Près de quatre bornes. Les gars titubent en marchant.

Nous atteignons une sombre forteresse dont le toit pagode ne parvient pas à humaniser la dure architecture. On franchit une lourde qui se referme derrière nous avec un bruit d'écluse, puis une autre, tout aussi rébarbative et épaisse que la précédente. Nous voici dans un vaste quadrilatère bordé de murs dont chaque fenêtre ne permettrait même pas le passage d'une tortue adulte.

Coup de sifflet : la colonne se fige. Un gardien paraît, un registre en main et se met à appeler des noms chinois.

— Téhun Salo ! répond mornement chaque intéressé en allant se placer devant l'homme.

On entend la voix acide du garde réverbérée par la cour sonore.

— Sôu po Chou !

— Téhun Salo !

— Li d'kan !

— Téhun Salo !

Et ça se poursuit.

A un moment donné, j'entends appeler, avec un accent épouvantable :

— John Johnson !

Personne ne moufte. En un éclair, je pige qu'il s'agit du blase d'un des fugitifs de la noye.

— Réponds à l'appel en criant Téhun Salo ! dis-je au Gros, et ne cherche pas à piger !

— John Johnson ! reglapit la voix.

— Téhun Salo ! répond docilement sa Souplesse en s'avançant. Et un drôle ! ajoute-t-il.

Il se met à la queue, comme les autres.

— Burk Eleven ! continue le mec.

J'attends un poil de seconde manière de voir si quelqu'un va répondre, mais non.

Alors, fissa, le cher San-Antonio plein d'astuce, se met à crier :

— Téhun Salo !

Je rejoins de la sorte mon digne Béru. Le garde appelle encore une demi-douzaine de zouaves après quoi, il nous fait signe de le suivre tandis qu'un de ses collègues procède à l'appel de sa propre section.

Notre groupe longe un couloir dans lequel flotte une odeur nauséabonde. Le garde déverrouille une porte basse et, un à un, nous entrons dans une cellule exiguë où gît un vieillard décharné. Ce bonhomme n'est pas tout à fait mort, mais c'est du peu au jus. Sa peau ressemble à du parchemin d'abat-jour, Ses joues doivent se toucher à l'intérieur de la bouche, et ses oreilles décollées ont l'air de deux ailes lamentables. Il a la barbouze longue et fine, les lèvres entrouvertes sur un trou noir.

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