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99 francs (14, 99 €)

Электронная книга - «99 francs (14, 99 €)». Краткое содержание книги:

«Un rédacteur publicitaire, c'est un auteur d'aphorismes qui se vendent». Octave, riche concepteur-rédacteur de 33 ans, se rebelle et s'insurge contre l'univers superfétatoire de la publicité qui brasse des millions d'euros en vendant des produits inutiles à de pauvres ménagères. Le rédacteur publicitaire détient le pouvoir absolu des mots et des formules lapidaires. Il suscite l'envie, influence votre inconscient et décide à votre place ce qu'il vous semblera indispensable d'acheter. À la recherche d'une pureté perdue, Octave écrit son livre pour détruire la publicité et se faire licencier.
Mise en abîme de l'acte d'écrire, 99 francs est une avancée narrative qui progresse au rythme de ses réflexions ironiques, de son existence régentée par l'argent, le sexe et la cocaïne. «Tout s'achète : l'amour, l'art, la planète Terre, vous, moi». Ce roman est une sorte de diatribe, de confession enragée scandée par des scénarios publicitaires qui interrompent savamment le récit, non sans dérision. Octave, lucide et critique à l'égard de ce système mercantile n'en est pas moins le jouet et le restera jusqu'au bout.
(Nathalie Jungerman)
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Nous n’en ficherons pas une ramée mais tous nos proches cesseront pourtant de nous voir.

Nous serons dangereux et hyperfétatoires.

Nous tirerons les ficelles de la société moderne.

Nous resterons dans l’ombre «même en pleine lumière».

Nous serons fiers d’avoir d’aussi importantes irresponsabilités.

— Pour la maquillage vous être contente?

Notre délire à la «Perrette et le pot au lait» est interrompu par la maquilleuse qui veut un avis circonstancié. Au moment venu, nous la nommerons make-up artist in chief du groupe R amp; W car elle a su reconnaître notre importance avant même notre nomination.

— Quelque chose de très naturel suffit, dit Charlie d’un ton péremptoire, il faut qu’elle soit saine/équilibrée/ dynamique/authentique

— Yeah, je la fais les lèvres un peu glossy, je touche pas à sa teint, elle être superbe peau.

— Pas glossy, insiste Charlie avec l’assurance du futur grand patron qu’il est, je préfère shiny.

— Of course, shiny c’est mieux que glossy, m’empressé-je de surenchérir. Sinon on frôle la dérive colonelle.

La maquilleuse recule avec respect devant de tels spécialistes du make-up labial — visiblement des pros à qui on ne la fait pas. Il ne nous reste plus qu’à snober la styliste culinaire et tutto ira bene.

Tamara allume toute l’équipe. Nous l’adorons tous, nous échangeons des oeillades complices devant sa beauté hiératique. Nous aurions pu être heureux si je n’avais passé mon temps à penser à quelqu’un d’autre. Pourquoi faut-il que je ne désire que les gens qui ne sont pas là? De temps en temps, Tamara posait ses mains sur mon visage; cela l’apaisait. J’avais besoin d’une dose de légèreté. Tiens, voilà qui pourrait nous assurer une bonne signature de secours: «MAIGRELETTE. ON A TOUS BESOIN D’UNE DOSE DE LÉGÈRETÉ». Je la note, on ne sait jamais.

— Alors, tu vas l’accepter tout cet argent qu’on te propose?

— L’argent ne fait pas le bonheur, Tamara, tu le sais.

— Grâce à toi, maintenant, je le sais. Avant je ne le savais pas. Pour savoir que l’argent ne fait pas le bonheur, il faut avoir connu les deux: l’argent et le bonheur.

— Tu veux m’épouser?

— Non, enfin, si, mais à une condition: qu’à notre mariage il y ait un hélicoptère qui fasse tomber une pluie de Chamallows roses.

— Et les Chamallows blancs, qu’est-ce qu’on en fait?

— On les bouffe!

Pourquoi baisse-t-elle les yeux? Nous sommes gênés tous les deux. Je prends sa main couverte d’enjolivures au henné.

— Quoi? Qu’est-ce qu’il y a?

— Tu n’es pas gentil d’être aussi gentil. Je préférais quand tu faisais semblant d’être méchant.

— Mais…

— Arrête. Tu sais très bien que tu ne m’aimes pas. Je voudrais être futile comme toi, seulement moi j’en ai marre de jouer, tu sais, j’ai réfléchi et je crois que je vais tout arrêter, avec l’argent de Maigrelette je pourrais m’acheter une petite maison au Maroc, j’ai ma fille à élever, je l’ai laissée là-bas chez ma mère et elle me manque tellement… Ecoute-moi, Octave, il faut que tu retrouves ta fiancée et que tu t’occupes de votre enfant. Elle te fait le plus beau cadeau: accepte-le.

— Merde, mais qu’est-ce que vous avez toutes? Dès qu’on est bien avec vous, il faut absolument que vous parliez de bébés! Au lieu de répondre à la question «pourquoi vivre?», vous préférez reproduire le problème!

— Arrête avec ta philo à deux balles. Il ne faut pas plaisanter avec ça. Moi, ma fille n’a pas de père.

— Et alors? Moi non plus mon père ne m’a pas élevé et je n’en fais pas un drame!

— Attends, tu t’es regardé? Tu largues une nana enceinte de toi pour passer tes nuits aux putes!

— Oui, bon… mais au moins je suis libre.

— Libre? Non mais je rêve! Pas ça, Octave, pas toi! Nadinamouk! T’es beaucoup trop deuxième millénaire! Regarde-moi dans les yeux, j’ai dit les yeux. L’enfant qui va naître PEUT avoir un papa. Pour la première fois de ta vie, tu peux servir à quelque chose. Combien de temps tu vas tenir à traîner dans des boîtes crades, à écouter les mêmes blagues vulgaires racontées par les mêmes poivrots débiles et impuissants? Combien de temps, bordel? C’est ça ta liberté, Ducon?

Il y a des psychanalystes à 150 €-balles la séance: Tamara est une moraliste à 460 euros de l’heure.

— Fous-moi la paix avec tes leçons de morale! Merde!

— Arrête de m’agresser ou je fais une rupture d’anévrisme. La morale, c’est peut-être ringard, mais ça reste encore ce qu’on a trouvé de mieux pour distinguer le bien du mal.

— Et alors? Je préfère être dégueulasse et libre, ouais, libre, tu m’as bien entendu, qu’éthique et prisonnier! «Homme libre, toujours tu chériras l’amer!» Je comprends très bien ce que tu me dis mais figure-toi que le bonheur familial est peut-être encore plus pathétique qu’une connerie d’histoire salace racontée par un abruti aviné à six heures du matin, tu piges? Et puis, comment veux-tu que je m’occupe d’un enfant alors que je tombe amoureux toutes les deux minutes, putain! Oups.

Là, j’ai enfreint une règle de base avec Tamara: il n’y a qu’elle qui a le droit d’employer le mot «putain»; si c’est quelqu’un d’autre, elle le prend comme une insulte. Elle fond en larmes. J’essaie de me rattraper.

— Pleure pas, excuse-moi, tu es une sainte, tu le sais bien, je te l’ai dit et répété. Déjà que j’étais le seul mec qui paye les putes pour ne pas coucher avec elles, maintenant je suis aussi celui qui en aura fait pleurer une. C’est pas un exploit, ça? Prête-moi ton portable, il faut que je prévienne tout de suite le Livre des Records, oui allô? Passez-moi la rubrique «homme le plus maladroit du monde», siouplaît.

Gagné: elle sourit un peu; la maquilleuse n’aura qu’un raccord de mascara à faire. Je poursuis mon auto-analyse sur sa lancée:

— Mon amour d’émigrée, explique-moi juste une chose: pourquoi, dès qu’on aime une femme et que tout se passe à merveille, veut-elle nous transformer en éleveur de chiards, placer entre nous une ribambelle d’enfants, une armée de bambins pour crier dans nos pattes et nous empêcher d’être seuls ensemble? Bon sang, c’est si terrifiant d’être deux? Moi j’étais content d’être un couple «DINK» (Double Income No Kids), pourquoi vouloir faire de nous une «FAMILLE» (Fabrication Artificielle de Malheur Interminable et de Longue Lymphatique Émollience)? Tu trouves pas ça pitoyable d’avoir des enfants? Tous ces couples romantiques qui ne parlent plus que de popo? Tu les trouves sexy, les frères Gallagher, en train de torcher leurs gosses? Faut être scatophile! En plus il n’y a pas de place pour un siège-bébé dans mon coupé BMW Z3!

— C’est toi qui es pitoyable. Si ta mère n’avait pas eu d’enfants, tu ne serais pas là pour déblatérer ces âneries.

— Ce ne serait pas une grande perte!!

— Ta gueule!!

— Ta gueule toi-même!!

— OH ET PUIS ARRÊTE AVEC TES POINTS D’EXCLAMATION!!!!! s’exclame-t-elle en reniflant.

Elle se mouche. Mon Dieu comme elle est splendide quand elle chiale. Si les hommes font tant de peine aux femmes, c’est sans doute parce qu’elles sont tellement plus belles quand elles pleurent.

Elle relève la tête et sait alors trouver les mots pour me convaincre.

— On pourra continuer de se voir en douce.

Vive cette morale-là. C’est Biaise Pascal qui l’a dit: «La vraie morale se moque de la morale». Et tandis que j’aspirais ses larmes avec la paille de mon Seven Up, nous pensions tous deux exactement la même chose.

— Tu sais pourquoi ça ne collera jamais entre nous?

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