Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
— Entendu, Engilbert. On y va. »
Trois heures plus tard, Tancrède écumait de rage.
Pas la rage guerrière qu’il éprouvait parfois au cœur des combats, mais une colère intense envers l’état-major.
Son unité, ainsi que les huit autres qui y étaient couplées, était entrée en action avec des ordres simples et clairs : envahir le secteur J de la capitale (elle avait été arbitrairement divisée en vingt-six secteurs au début de la guerre), et le tenir à tout prix. Mais ce qui n’avait pas été prévu par les ordres, c’était la résistance implacable que les Atamides opposaient ici et surtout, la présence de « civils ».
Ce que Tancrède considérait comme des « civils » était les Atas non-combattants qu’il avait déjà eu l’occasion d’apercevoir au cours des batailles précédentes. Or, depuis le début de l’attaque sur ce secteur, presque toutes les maisons se révélaient encore occupées par des civils. La plus grande partie de la capitale, évacuée au début des combats, s’était avérée vide de tout habitant, mais ceux-ci avaient dû se laisser prendre de vitesse par le blocus croisé, ou tout simplement refuser de partir.
Au début, Tancrède avait ordonné sur le canal général de ne pas les prendre pour cible. Cependant, les combats contre les guerriers étaient devenus si violents que les hommes ne faisaient plus de distinction et massacraient indifféremment tout ce qui n’avait pas une croix sur le torse. Dans le feu de l’action, Tancrède lui-même faillit plusieurs fois abattre ce qui semblait être des « femmes » ou des « enfants ». Jusque-là, il était parvenu à l’éviter, mais les cadavres de ces malheureux, bien incapables de se défendre, jonchaient désormais les rues. Le Normand comprenait maintenant que si les guerriers étaient si féroces ici, c’était précisément parce qu’ils défendaient leurs civils. Les Atas ailés tentaient même par moments d’en évacuer certains par les airs. Toutefois, ils offraient alors une cible trop facile pour ne pas être aussitôt descendus par des soldats au comble de l’excitation guerrière. La situation échappait à tout contrôle. Pire, les Atamides recevaient des renforts en permanence et Tancrède craignait que les humains ne soient bientôt débordés comme la AM-25B de Clorinde l’avait été une semaine plus tôt.
Désemparé, il avait demandé au commandement de l’autoriser à modifier ses ordres, que la stratégie n’était pas adaptée à cette zone. Il fallait se replier en attendant que les civils s’en aillent, puis revenir avec des troupes plus nombreuses. Bien entendu, il s’était vu notifier une fin de non-recevoir catégorique : le secteur J devait être nettoyé de toute présence atamide, civile ou pas, quoi qu’il en coûte, y compris en vies humaines ! Les ordres viennent du commandant en chef, appliquez-les sans discuter ! avait beuglé l’officier qui gérait les combats sur le front nord.
Cette réponse obtuse avait mis Tancrède hors de lui.
Non seulement le marquis de Villeneuve-Cassaignes se moquait éperdument des risques encourus par ses troupes, du moment que le front avançait dans la bonne direction, mais maintenant, en contradiction totale avec le Code d’honneur militaire, on lui demandait de massacrer sciemment des civils. Il avait la nette impression de renier tout ce en quoi il avait toujours cru, ainsi que tout ce qu’on lui avait appris sur les stratégies minimales à respecter si l’on veut rester en vie sur un champ de bataille.
À ce moment, à une trentaine de mètres de là, des dizaines de civils atas s’extirpèrent en hurlant d’une maison livrée aux flammes, certains transformés en torches vivantes, d’autres sautant des étages pour s’écraser au sol. Ivres de meurtre, les soldats humains qui encerclaient le bâtiment les décimèrent sans état d’âme au fusil T-farad, s’acharnant sur eux jusqu’à en réduire certains en une bouillie sanglante. Tancrède dut faire un effort pour se souvenir qu’il combattait à leurs côtés, que ces hommes étaient des soldats croisés, des soldats du Christ. Il sentit un frisson de dégoût lui traverser le dos en découvrant sur le visage de l’un d’eux, qui venait de rétracter sa visière-dôme, un hideux rictus de plaisir. Totalement intoxiqués par l’adrénaline, les hommes n’avaient même pas conscience que le combat allait bientôt tourner à leur désavantage.
Ce fut à ce moment que Tancrède comprit.
Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. La neuvième croisade serait la Saint-Barthélémy d’Akya du Centaure. Il était évident pour tout le monde que, contrairement à la position officielle du Vatican, les hostilités ne s’interrompraient pas une fois le sanctuaire « libéré », qu’il était même plus que probable que les barons réclament la planète entière au nom du Dominium Mundi afin d’agrandir leurs territoires, mais Tancrède comprenait maintenant qu’ils la voulaient pour eux seuls ! Pas question de la partager avec des indigènes ! Pas un seul Atamide ne survivrait à cette guerre, Akya ne serait que pour les hommes.
« Pour ta religion, pour ta patrie, ose tout : une si belle cause rend tout légitime*. »
Depuis de longues minutes déjà, il avait cessé de combattre et avançait dans les ruelles, hébété, en plein désarroi. Quel naïf il avait été ! Et quel coupable ! Il s’était rendu complice d’un génocide, on avait fait de lui un monstre exterminateur digne des pages les plus sombres de l’Histoire humaine. À cette idée, la colère déferla en lui avec la force d’un ouragan et balaya ses dernières illusions comme le vent détache les dernières feuilles encore accrochées aux branches en hiver.
Les mains tremblantes de rage, mais animé par une détermination nouvelle, il remonta la ruelle pour récupérer son méca-perch et se hissa sur la selle. Sélectionnant d’un rapide mouvement de l’œil une fréquence dans une liste affichée en surimpression HUD sur sa visière, il appela Engilbert sur le canal prioritaire.
« Répartiteur ! » Il avait presque crié. « Rapport de situation ! »
Bien que la voix d’Engilbert lui parvînt couverte de grésillements, la réponse fut claire :
« On tue un maximum d’Atas, Lieutenant, mais il en vient toujours davantage des quartiers environnants. Nous avons déjà 224 morts dans nos rangs et 83 blessés ! Ça va mal finir ! »
La décision de Tancrède était déjà prise, le rapport la confortait. Il ouvrit le canal général et aboya sur son ton le plus autoritaire :
« Repli général ! Que la 78e I/C et toutes les unités qui y sont couplées se replient immédiatement jusqu’au point d’extraction. Exécution immédiate ! »
Il y eut alors un moment de flottement parmi les troupes, les hommes hésitant à obéir à un ordre aussi inattendu. L’intensité de l’affrontement diminua brusquement, les tirs se firent moins nourris et les cris moins marqués. Même les Atamides reculèrent, comme s’ils se rendaient compte que quelque chose d’inhabituel se produisait.
Un sous-officier s’adressa à Tancrède sur canal privé : « Lieutenant, êtes-vous sûr de bien savoir ce que vous faites ? Ça va barder si vous confirmez cet ordre. »
Un autre le contacta à son tour, essoufflé, visiblement surexcité : « Pas question de se replier, bordel ! Il y a encore un paquet de saloperies à bousiller ici ! » puis encore un autre : « Repliez-vous tout seul si ça vous chante, nom de Dieu ! On n’a pas envie d’être rétrogradés nous aussi ! » Et ainsi de suite.
D’une voix froide et résolue, Tancrède gronda : « Je jure devant Dieu que je viendrai descendre moi-même tous ceux qui n’auront pas fait quitter le terrain à leur unité dans dix minutes. »