Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Et maintenant, il se tenait là, devant elle, sans rien dire depuis presque une minute, avec un regard où semblaient se mêler désespoir et défiance. Elle-même ne savait que dire, ni comment sortir de cette impasse. Elle en avait la nausée.
Ce fut lui qui reprit la parole.
« Je crois qu’il est désormais inutile que tu envoies ce message à ton tuteur », lâcha-t-il, d’une voix enrouée.
Puis il partit.
Clorinde s’effondra. Elle se laissa tomber à terre, secouée de sanglots et de spasmes, comme cette nuit où elle s’était réveillée au couvent, plus de trois ans après le massacre de sa famille, pour pleurer les siens pour la première fois. Elle se rendait compte qu’elle avait eu tort d’utiliser la menace avec quelqu’un comme Tancrède. La cassure qui venait d’apparaître entre eux à un moment où tout semblait aller à merveille lui causait une souffrance physique. Elle s’en voulait terriblement.
Elle aurait dû se douter qu’il réagirait ainsi, mais ne savait plus quoi faire pour arranger les choses. Si elle tentait de lui expliquer ses intentions, elle passerait pour une froide calculatrice et ce serait peut-être pire encore. Peut-être fallait-il laisser passer quelques jours ? Leur colère mutuelle diminuerait et ils parviendraient certainement à s’expliquer, à se comprendre à nouveau.
Oui, il fallait attendre…
Dès le lendemain, la 78e unité mixte infanterie/cavalerie repartait au front.
Quelques heures plus tôt, deux officiers à la mise impeccable étaient venus annoncer à Tancrède qu’en raison de son comportement remarquable depuis le début de l’offensive terrestre, son grade de lieutenant lui était rendu. Ils n’avaient pas fait mention de ses médailles ; lorsque l’on était déchu d’une décoration, on ne pouvait vous la rendre aussi simplement qu’un grade.
De plus, avaient ajouté les messagers, au cours du prochain assaut, il assurerait le commandement direct de toutes les unités opérant en couplage direct avec la sienne dans un rayon d’un kilomètre. Cette mesure était souvent prise afin d’éviter les cafouillages entre groupes lorsqu’on s’attendait à des combats acharnés ou confus. Dans ce cas précis, cela revenait à confier au Normand le commandement d’un demi-millier d’hommes.
À la surprise des deux officiers, Tancrède avait accueilli fraîchement la nouvelle. Ils s’étaient attendus à le voir sauter de joie devant un tel honneur, mais Tancrède n’était pas sûr de considérer qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle. Il s’était habitué à ne commander que ses hommes et l’idée d’avoir la responsabilité de près de cinq cents vies durant les prochaines heures ne l’enchantait guère. En bon militaire discipliné, il avait cependant pris acte de la décision sans broncher.
Visiblement outrés par sa réaction, les officiers lui avaient remis ses ordres puis avaient tourné les talons après un bref salut. En les voyant s’éloigner, col amidonné et pli du pantalon tracé à la règle, pressés de retrouver l’atmosphère protégée du centre de commandement au sommet de la Tour de contrôle, Tancrède s’était senti plus étranger que jamais à la grande famille militaire.
En fin de matinée, toutes les troupes concernées avaient été transportées aux portes de la ville, sur le front ouvert au nord de la capitale atamide. La 78e et les unités couplées attendaient au pied d’une muraille de pierres blanches érodées qu’on les appelle au combat. Les mines graves et les mains crispées sur leurs armes, les hommes s’étaient abrités sous le surplomb du mur d’enceinte pour se protéger d’une tempête de sable qui s’était levée une demi-heure plus tôt. Tancrède et les autres officiers étaient montés au sommet du rempart, sous contrôle depuis longtemps déjà, afin de suivre l’évolution de la bataille.
Le spectacle était apocalyptique. Un quart de l’immense cité était la proie des flammes et des colonnes de fumée noire montaient à des kilomètres de hauteur, visibles même à travers le rideau opaque de la tempête de sable. Des missiles Akante tombaient comme une grêle infernale et des canons à vide, postés sur les hauteurs alentour, détruisaient des quartiers entiers. La bataille durait depuis presque deux jours. Les Atamides en étaient désormais réduits à défendre le centre de la ville.
Celui-ci, bâti sur une surélévation d’environ trois cents mètres de haut, semblait pour le moment relativement épargné. Les ordres à ce sujet étaient parfaitement explicites. Interdiction d’y utiliser l’artillerie ou les frappes tactiques puisque c’était là que le tombeau du Christ était supposé se trouver. Il faudrait gagner ce secteur au corps à corps, conquérir les rues une par une. Là-bas, seules deux hautes tours blanches étaient en feu. Elles avaient dû intercepter par hasard le rayon tracteur d’un missile incendiaire.
L’odeur âcre de la fumée se conjuguait au sable soulevé par la tempête pour rendre l’air irrespirable. Tous avaient fermé les casques de leurs Weiner-Nikov depuis longtemps.
Tancrède se tourna pour regarder de l’autre côté de la muraille. La caravane de barges qui avait transporté les hommes depuis la Nouvelle-Jérusalem venait de terminer sa dernière rotation et les troupes attendues étaient désormais au complet. L’état-major allait bientôt donner l’ordre de départ ; ce n’était plus qu’une question de minutes.
Dans un mouvement un peu raide, Tancrède reporta son attention sur le théâtre d’opérations. Il sentait une tension inhabituelle grandir en lui. Cela ne lui ressemblait pas. Peut-être cette situation lui rappelait-elle un peu trop la campagne de Surat ? Il y avait sûrement un peu de ça, mais ce n’était pas la seule raison. Il ne parvenait pas à penser à autre chose qu’à Clorinde. Il avait beau tenter de l’effacer de son esprit, de se concentrer uniquement sur la tâche qu’il allait devoir mener à bien dans les prochaines heures, les paroles de la jeune femme revenaient le hanter sans relâche.
Peut-être avait-il eu tort de prendre les choses autant à cœur ? Après tout, la belle Italienne ne voulait que son bien. Certes, son conservatisme confinait parfois au ridicule tant il était excessif, mais les positions idéalistes de Tancrède devaient sembler tout aussi grotesques, étant exprimées par un homme qui avait passé les dix-sept dernières années dans l’armée et qui s’y était distingué grâce à son zèle au combat.
Chacun voulait changer l’autre, et chacun avait le sentiment d’être le seul à avoir fait sa partie du chemin. Il n’y avait pourtant là rien d’insurmontable, rien qui ne puisse se régler en abordant les problèmes sereinement. Cela paraissait si simple quand on y réfléchissait à tête reposée, et cela devenait tragiquement impossible dans le feu de la discussion.
Et maintenant, Tancrède craignait qu’il ne soit trop tard. Qu’après la phrase assassine qu’il avait lâchée en partant, Clorinde n’accepte même plus de lui parler. Il regrettait cette sortie. Comme toujours, les questions sentimentales le laissaient dans le plus grand désarroi. Était-ce normal ? Les rapports entre les gens qui s’aimaient étaient-ils voués à la confusion ? Pourquoi diable ne parlait-on jamais de ces choses-là ? La guerre était décidément plus simple que les rapports humains. La guerre…
Il se rendit compte qu’il venait d’oublier totalement où il se trouvait pendant plusieurs minutes d’affilée. Ce n’était jamais bon signe de ne pas parvenir à se concentrer juste avant un combat, d’avoir des états d’âme… des doutes. Bon sang, ça recommence ! pensa-t-il.
« Mon Lieutenant, je viens de recevoir le top départ de l’état-major, lui signala Engilbert sur son canal privé. Confirmation obtenue.