Le Mystère De La Chambre Jaune
- Автор: Леру Гастон
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Le Mystère De La Chambre Jaune». Краткое содержание книги:
Une fois dans la «chambre jaune», ils découvrent Mathilde râlant, allongée sur le sol et pleine de sang. On peut apercevoir des marques impressionnantes d’ongles sur son cou. Le criminel a filé. Pourtant, la porte est prise d’assaut par quatre personnes et l’unique fenêtre grillagée de la pièce est verrouillée avec ses volets clos qu’on ne peut fermer que de l’intérieur. Aucune fuite n’est possible! Le jeune Rouletabille décide de se rendre sur le lieu du crime afin de retrouver la trace du malfaiteur.
Tout à coup, M. de Marquet, la figure rayonnante, parce qu’il ne comprenait pas, voulut bien se souvenir que son devoir était de chercher à comprendre, et il appela le brigadier de gendarmerie.
«Brigadier, fit-il, allez donc au château et priez M. Stangerson et M. Robert Darzac de venir me rejoindre dans le laboratoire, ainsi que le père Jacques, et faites-moi amener aussi, par vos hommes, les deux concierges.»
Cinq minutes plus tard, tout ce monde fut réuni dans le laboratoire. Le chef de la Sûreté, qui venait d’arriver au Glandier, nous rejoignit aussi dans ce moment. J’étais assis au bureau de M. Stangerson, prêt au travail, quand M. de Marquet nous tint ce petit discours, aussi original qu’inattendu:
«Si vous le voulez, messieurs, disait-il, puisque les interrogatoires ne donnent rien, nous allons abandonner, pour une fois, le vieux système des interrogatoires. Je ne vous ferai point venir devant moi à tour de rôle; non. Nous resterons tous ici: M. Stangerson, M. Robert Darzac, le père Jacques, les deux concierges, M. le chef de la Sûreté, M. le greffier et moi! Et nous serons là, tous, «au même titre»; les concierges voudront bien oublier un instant qu’ils sont arrêtés. «Nous allons causer!» Je vous ai fait venir «pour causer». Nous sommes sur les lieux du crime; eh bien, de quoi causerions-nous si nous ne causions pas du crime? Parlons-en donc! Parlons-en! Avec abondance, avec intelligence, ou avec stupidité. Disons tout ce qui nous passera par la tête! Parlons sans méthode, puisque la méthode ne nous réussit point. J’adresse une fervente prière au dieu hasard, le hasard de nos conceptions! Commençons!…
Sur quoi, en passant devant moi, il me dit, à voix basse:
«Hein! croyez-vous, quelle scène! Auriez-vous imaginé ça, vous? J’en ferai un petit acte pour le Vaudeville.»
Et il se frottait les mains avec jubilation.
Je portai les yeux sur M. Stangerson. L’espoir que devait faire naître en lui le dernier bulletin des médecins qui avaient déclaré que Mlle Stangerson pourrait survivre à ses blessures, n’avait pas effacé de ce noble visage les marques de la plus grande douleur.
Cet homme avait cru sa fille morte, et il en était encore tout ravagé. Ses yeux bleus si doux et si clairs étaient alors d’une infinie tristesse. J’avais eu l’occasion, plusieurs fois, dans des cérémonies publiques, de voir M. Stangerson. J’avais été, dès l’abord, frappé par son regard, si pur qu’il semblait celui d’un enfant: regard de rêve, regard sublime et immatériel de l’inventeur ou du fou.
Dans ces cérémonies, derrière lui ou à ses côtés, on voyait toujours sa fille, car ils ne se quittaient jamais, disait-on, partageant les mêmes travaux depuis de longues années. Cette vierge, qui avait alors trente-cinq ans et qui en paraissait à peine trente, consacrée tout entière à la science, soulevait encore l’admiration par son impériale beauté, restée intacte, sans une ride, victorieuse du temps et de l’amour. Qui m’eût dit alors que je me trouverais, un jour prochain, au chevet de son lit, avec mes paperasses, et que je la verrais, presque expirante, nous raconter, avec effort, le plus monstrueux et le plus mystérieux attentat que j’ai ouï de ma carrière? Qui m’eût dit que je me trouverais, comme cet après-midi-là, en face d’un père désespéré cherchant en vain à s’expliquer comment l’assassin de sa fille avait pu lui échapper? À quoi sert donc le travail silencieux, au fond de la retraite obscure des bois, s’il ne vous garantit point de ces grandes catastrophes de la vie et de la mort, réservées d’ordinaire à ceux d’entre les hommes qui fréquentent les passions de la ville?
«Voyons! monsieur Stangerson, fit M. de Marquet, avec un peu d’importance; placez-vous exactement à l’endroit où vous étiez quand Mlle Stangerson vous a quitté pour entrer dans sa chambre.»
M. Stangerson se leva et, se plaçant à cinquante centimètres de la porte de la «Chambre Jaune», il dit d’une voix sans accent, sans couleur, d’une voix que je qualifierai de morte:
«Je me trouvais ici. Vers onze heures, après avoir procédé, sur les fourneaux du laboratoire, à une courte expérience de chimie, j’avais fait glisser mon bureau jusqu’ici, car le père Jacques, qui passa la soirée à nettoyer quelques-uns de mes appareils, avait besoin de toute la place qui se trouvait derrière moi. Ma fille travaillait au même bureau que moi. Quand elle se leva, après m’avoir embrassé et souhaité le bonsoir au père Jacques, elle dut, pour entrer dans sa chambre, se glisser assez difficilement entre mon bureau et la porte. C’est vous dire que j’étais bien près du lieu où le crime allait se commettre.
– Et ce bureau? interrompis-je, obéissant, en me mêlant à cette «conversation», aux désirs exprimés par mon chef,… et ce bureau, aussitôt que vous eûtes, monsieur Stangerson, entendu crier: «À l’assassin!» et qu’eurent éclaté les coups de revolver… ce bureau, qu’est-il devenu?»
Le père Jacques répondit:
«Nous l’avons rejeté contre le mur, ici, à peu près où il est en ce moment, pour pouvoir nous précipiter à l’aise sur la porte, m’sieur le greffier…»
Je suivis mon raisonnement, auquel, du reste, je n’attachais qu’une importance de faible hypothèse:
«Le bureau était si près de la chambre qu’un homme, sortant, courbé, de la chambre et se glissant sous le bureau, aurait pu passer inaperçu?
– Vous oubliez toujours, interrompit M. Stangerson, avec lassitude, que ma fille avait fermé sa porte à clef et au verrou, que la porte est restée fermée, que nous sommes restés à lutter contre cette porte dès l’instant où l’assassinat commençait, que nous étions déjà sur la porte alors que la lutte de l’assassin et de ma pauvre enfant continuait, que les bruits de cette lutte nous parvenaient encore et que nous entendions râler ma malheureuse fille sous l’étreinte des doigts dont son cou a conservé la marque sanglante. Si rapide qu’ait été l’attaque, nous avons été aussi rapides qu’elle et nous nous sommes trouvés immédiatement derrière cette porte qui nous séparait du drame.»
Je me levai et allai à la porte que j’examinai à nouveau avec le plus grand soin. Puis je me relevai et fis un geste de découragement.
«Imaginez, dis-je, que le panneau inférieur de cette porte ait pu être ouvert sans que la porte ait été dans la nécessité de s’ouvrir, et le problème serait résolu! Mais, malheureusement, cette dernière hypothèse est inadmissible, après l’examen de la porte. C’est une solide et épaisse porte de chêne constituée de telle sorte qu’elle forme un bloc inséparable… C’est très visible, malgré les dégâts qui ont été causés par ceux qui l’ont enfoncée…
– Oh! fit le père Jacques… c’est une vieille et solide porte du château qu’on a transportée ici… une porte comme on n’en fait plus maintenant. Il nous a fallu cette barre de fer pour en avoir raison, à quatre… car la concierge s’y était mise aussi, comme une brave femme qu’elle est, m’sieur l’juge! C’est tout de même malheureux de les voir en prison, à c’t’heure!»
Le père Jacques n’eut pas plutôt prononcé cette phrase de pitié et de protestation que les pleurs et les jérémiades des deux concierges recommencèrent. Je n’ai jamais vu de prévenus aussi larmoyants. J’en étais profondément dégoûté [1]. Même en admettant leur innocence, je ne comprenais pas que deux êtres pussent à ce point manquer de caractère devant le malheur. Une nette attitude, dans de pareils moments, vaut mieux que toutes les larmes et que tous les désespoirs, lesquels, le plus souvent, sont feints et hypocrites.