La forêt de cristal [The Crystal World - fr]
- Автор: Баллард Джеймс Грэм
- Год: 1967
- Язык: французский
- Год: Deno
- Переводчик: Claude Saunier
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La forêt de cristal [The Crystal World - fr]». Краткое содержание книги:
C’est ce que recèle la forêt de cristal où l’unité du temps et de l’espace sont la signature de chaque feuille et de chaque fleur.
Une « science-fiction » d’une beauté fantastique, qui nous révèle un univers où le temps a une dimension inversée et où la mort semble plus séduisante que la vie.
— Trop tard pour leur venir en aide. Un rictus de douleur tordit la bouche de Ventress. Il détourna le visage et s’éloigna. Venez, Sanders, ou vous serez bientôt comme eux, la forêt change constamment.
— Attendez ! Sanders grimpa sur les broussailles fossilisées, écartant d’un coup de pied des morceaux de feuillage vitrifié. Il fit le tour du dôme du cockpit. Ventress, il y a un homme ici !
Ils descendirent tous les deux au fond du cratère sous l’arrière de l’hélicoptère. Étendu sur les racines serpentines d’un chêne géant à travers lesquelles il avait essayé de se traîner, se trouvait le corps d’un homme en uniforme. Sa poitrine et ses épaules étaient couvertes d’une énorme cuirasse de plaques gemmées, ses bras gainés du même gantelet de prismes recuits que Sanders avait vu sur le noyé de Port Matarre.
— Ventress ! C’est le capitaine Radek ! Sanders observa le képi couvrant la tête de l’homme, à présent un immense saphir sculpté en la forme d’un casque de conquistador. Réfractés à travers les prismes, efflorescences du visage de l’homme, ses traits paraissaient se recouvrir les uns les autres dans une douzaine de plans différents, mais le Dr Sanders pouvait encore reconnaître le visage au menton mou du capitaine Radek, le médecin militaire qui l’avait emmené pour la première fois dans la zone d’inspection. Radek était revenu sur ses pas, après tout, chercher sans doute Sanders, quand il ne l’avait pas vu ressortir de la forêt. À sa place, il avait trouvé les deux pilotes dans l’hélicoptère.
Des arcs-en-ciel luisaient dans les yeux du mort.
— Ventress ! Sanders se rappela le noyé de Port Matarre. Il appuya fortement la main sur le plastron de cristal, essayant de déceler quelque trace de chaleur à l’intérieur. Il est encore vivant là-dedans. Aidez-moi à le sortir de là.
Ventress se redressa au-dessus du corps étincelant et hocha la tête.
— Je le connais ! hurla alors Sanders.
— Docteur, vous perdez votre temps, fit Ventress, serrant son fusil, et il grimpa hors du trou. Secouant la tête, ses yeux inquiets regardaient les arbres autour de lui. Laissez-le ici. Il a trouvé la paix.
Sanders à cheval sur le corps cristallin, tenta de le soulever. Son poids était énorme, il put à peine bouger un bras. Une partie de la tête et de l’épaule et tout le bras droit s’étaient soudés, comme du métal fondu, aux excroissances de cristal à la base d’un chêne. Comme Sanders commençait à donner des coups de pied aux racines tordues, essayant de libérer le corps, Ventress hurla pour l’en empêcher. Mais avec un dernier effort, Sanders réussit à arracher le corps à leur étreinte et, de la gaine de cristal, se détachèrent plusieurs éclats du visage et des épaules.
Avec un cri, Ventress sauta à nouveau dans le trou et saisit le bras de Sanders.
— Pour l’amour de Dieu ! dit-il, mais Sanders l’écarta, il abandonna la partie et tourna la tête. Au bout d’un instant, il observa à nouveau Sanders de ses petits yeux amers, fit un pas en avant et l’aida à soulever du trou le corps transformé en joyau.
Cent mètres plus loin ils atteignirent les berges de la rivière tributaire du fleuve. Elle s’était élargie, avait à présent près de dix mètres d’une rive à l’autre. Au centre, la croûte fossilisée n’avait que quelques centimètres d’épaisseur et ils virent au-dessous l’eau courante. Ils laissèrent le corps miroitant de Radek allongé sur la berge, les bras étendus, son armure de cristal en lente déliquescence. Le Dr Sanders coupa une solide branche d’arbre et se mit à briser la croûte de la rivière. Quand il enfonça le rameau plus avant, les cristaux se fragmentèrent aisément et en quelques minutes, il avait fait une ouverture circulaire de trois à quatre mètres de large. Il tira alors la branche sur la rive jusqu’à l’endroit où gisait Radek, se pencha, souleva le corps par-dessus la branche et y attacha les épaules de Radek avec sa ceinture. Avec un peu de chance, le bois tiendrait la tête de Radek au-dessus de l’eau assez longtemps pour qu’il reprit conscience au fur et à mesure que les cristaux se dissoudraient dans le courant de la rivière.
Ventress ne fit aucun commentaire, mais continua à observer Sanders avec des yeux pleins d’amertume. Il cala son fusil contre un arbre et aida le médecin à porter le corps jusqu’à l’ouverture au-dessus de l’eau. Prenant chacun une extrémité de la branche ils abaissèrent Radek dans la rivière, pieds en avant. Le courant était rapide et ils regardèrent un instant le corps tourbillonner et s’éloigner dans le tunnel blanc. Les cristaux lavés des bras et des jambes de Radek luisaient faiblement sous l’eau et sa tête à demi submergée reposait sur la branche. Le Dr Sanders traversa la berge avec difficulté, puis s’assit sur le sable jaspé et ôta les aiguilles qui avaient percé ses paumes et ses doigts.
— Il y a une petite chance qu’il s’en sorte, cela valait la peine d’essayer, dit-il. Ils surveillent le fleuve, ils le verront peut-être.
Ventress vint vers Sanders, son petit corps raidi, baissant son menton barbu. Les muscles de son visage osseux agitaient silencieusement sa bouche comme s’il composait avec grand soin sa réplique.
— Sanders, c’était trop tard. Un jour vous saurez ce que vous avez enlevé à cet homme.
— Que voulez-vous dire ? fit Sanders, relevant la tête, irrité. Ventress, Radek m’avait rendu service.
— Écoutez, docteur, et n’oubliez pas, fit Ventress sans prêter attention à ce qu’il avait dit, si vous me trouvez jamais dans cet état, ne me touchez pas, c’est bien compris ?
Ils partirent à travers la forêt sans parler. Sanders se trouvait parfois à plus de cinquante mètres derrière Ventress, il crut même une fois qu’il l’avait abandonné, mais la silhouette en complet blanc, les cheveux et les épaules couverts d’une belle fourrure de gel, réapparaissaient. Bien qu’exaspéré par l’insensibilité, le manque de pitié de Ventress envers Radek, Sanders sentait qu’il y avait peut-être quelque autre explication à sa conduite.
Ils atteignirent enfin une petite clairière, limitée de trois côtés par un ruisseau se jetant dans la rivière. Sur l’autre rive une gloriette à haut pignon poussait son toit vers le ciel par une trouée dans la voûte des arbres. De sa seule flèche une mince toile d’araignée faite de fils opaques s’étendait jusqu’aux arbres environnants comme un voile diaphane revêtant le jardin de verre et le pavillon de cristal d’un poli de marbre, presque sépulcral en son intensité.
Et pour renforcer cette impression, les fenêtres donnant sur la véranda entourant la maison étaient incrustées de volutes compliquées, comme on en voit sur les croisées des tombeaux ambitieux.
Ventress fit signe à Sanders de reculer et approcha des limites du jardin, fusil dressé. Pour la première fois depuis que Sanders le connaissait, il n’avait pas l’air sûr de lui. Il contemplait la gloriette comme un explorateur s’aventurant dans les profondeurs de la jungle et qui découvre un étrange et énigmatique mausolée.
Très haut au-dessus de lui, ses ailes retenues par la voûte de verre, une grive dorée s’agitait lentement dans la lumière d’après-midi et les ondulations de son aura liquide formaient autour d’elle des cercles comme les rayons d’un soleil cruciforme.
Ventress se redressa, attendit un instant, rien ne bougea dans le pavillon. Il s’élança alors, d’un arbre à l’autre, puis traversa la surface gelée de la rivière d’un pas félin. À 10 mètres de la gloriette, il s’arrêta de nouveau, distrait par la grive dorée dans la voûte au-dessus de sa tête.
— C’est Ventress ! Attrapez-le !