Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Là, il se connecta au serveur de cartes d’état-major réservé aux officiers et accéda à la zone où les restes des Orcas avaient été retrouvés. À partir de ce point, il délimita un périmètre correspondant au rayon d’action d’un buggy et l’étudia de manière approfondie. Son objectif était simple : trouver des cavernes. Elles ne manquaient pas sur cette planète et constituaient la seule chance de survie pour les évadés puisqu’ils ne pouvaient pas monter un camp d’abris préfabriqués, ni même de tentes, sans se faire repérer rapidement.
Par recoupements successifs, Tancrède déduisit une zone, située environ à quatre cents kilomètres de la Nouvelle-Jérusalem, qui semblait présenter toutes les qualités requises pour une opération de ce genre : proximité de points d’eau dans des failles forestières, éloignement par rapport aux villes atas connues et aux principaux itinéraires militaires, grand nombre de canyons où la densité de cavernes est souvent plus élevée.
S’il avait voulu organiser cette évasion, l’ex-lieutenant aurait choisi cet endroit sans hésitation. Et pourtant, quelque chose clochait : aucune caverne n’était signalée à des kilomètres à la ronde. Pour qui possédait un minimum de connaissances sur l’orographie d’Akya, cela paraissait impossible. Cependant, les relevés étaient formels. Pas la moindre grotte dans ce périmètre. Bien entendu, cette surprise n’en constituait pas une pour Tancrède. Comment des bio-informaticiens prépareraient-ils un coup de force comme celui-ci ? Sur le Nod2, évidemment. Pas en fourbissant des armes.
Ainsi, de même qu’ils avaient supprimé quatorze buggys et probablement beaucoup de matériel et de vivres des registres officiels de l’armée, les mutins avaient également modifié les cartes d’état-major afin que personne n’ait jamais l’idée de venir regarder à cet endroit. La technique était simple, mais imparable. Les seuls qui auraient pu éventuellement repérer la falsification étaient d’autres pupitreurs du Nod… qui étaient pratiquement tous inermes. Aucun d’eux ne trahirait ses frères d’infortune.
Tancrède se surprit à sourire d’admiration ; il appréciait à sa juste valeur la qualité de cette opération.
« Je commençais à désespérer de ta présence, dit Clorinde. Du coup, j’ai commandé sans t’attendre, j’espère que tu ne m’en voudras pas.
— Bien sûr que non, répondit Tancrède en s’asseyant. Tu as bien fait. »
La jeune femme était installée à l’une des tables de la terrasse du café du Centre de loisirs de la base. Beaucoup de soldats se retrouvaient là pour se détendre, lorsqu’on leur accordait généreusement une heure ou deux de quartier libre. Une partie du Centre était en plein air, mais on ne l’utilisait que le soir, lorsque l’astre principal du ciel d’Akya cessait de brûler tout ce qui ne se trouvait pas à l’ombre.
Tancrède avait donné rendez-vous à Clorinde ici pour fêter sa sortie de l’hôpital. Arrivée avant lui, elle l’attendait en trempant ses lèvres dans un verre de vin.
« La séance d’instructions pour l’assaut de demain a été plus longue que prévu », dit-il en s’asseyant à sa table, après lui avoir baisé la joue.
Bien que l’air vespéral fut encore chaud, la température ne tarderait pas à baisser. Les premières étoiles piquaient déjà de blanc le ciel noircissant. Tancrède fit signe au serveur.
« Je suis heureux que tu sois enfin sortie. Tu as une mine superbe !
— Merci. Je boite encore un peu de la jambe gauche et une grande partie de la surface de mon corps a toujours une couleur bleuâtre, mais j’espère pouvoir reprendre du service avant une semaine. »
La jeune femme fixait un point dans le ciel, derrière Tancrède. Celui-ci suivit son regard en se retournant et tomba sur un long nuage isolé.
« On dirait que le “ballon” est de sortie ce soir, fit-il.
— Je l’ai aperçu il y a quelques minutes, répondit Clorinde. Je n’aime pas trop cette bestiole. »
Le « ballon » était une énorme créature volante – surnommée ainsi par les troupes en raison de ses dimensions hors-normes et de sa lenteur de déplacement – qui ne pouvait s’observer que le soir et à très haute altitude où il accrochait les derniers rayons du soleil à la manière d’un nuage solitaire. Nul ne l’avait jamais aperçu en plein jour, au point qu’on se demandait où il pouvait bien se cacher lorsqu’Alpha du Centaure brillait au-dessus de la plaine. On ne savait même pas s’il existait plusieurs individus ou si le « ballon » était le seul représentant de son espèce.
Le serveur s’approcha de Tancrède.
« La même chose que mademoiselle, demanda celui-ci en montrant le verre de Clorinde.
— J’aime quand tu m’appelles ma-demoiselle », dit-elle d’un air mutin dès que le serveur fut parti.
Elle prit la main de Tancrède par-dessus la table. Il lui caressa la paume de son pouce.
« À te voir, on peine à croire que tu étais gravement blessée il y a seulement cinq jours.
— Blessée, mais toujours vivante. Et c’est grâce à toi, mon chevalier servant. »
En prononçant ces mots, la flamme qui couvait dans son regard redoubla. L’amour qu’elle éprouvait pour Tancrède avait considérablement crû depuis cet épisode. Leurs mains s’étreignirent.
Le garçon revint avec le verre de vin et ils trinquèrent. Le Centre de loisirs était calme ce soir-là. Il arrivait parfois que des soldats trop excités par les combats du jour fassent du grabuge et obligent la police militaire à intervenir, mais cette fois, il n’en était rien. Aussi, comme les tables les plus proches pouvaient les entendre, ils évitèrent les sujets trop intimes et discutèrent de tout et de rien, de la difficulté d’adaptation au climat centaurien, de la vie en Normandie, de la cuisine italienne ou encore, des derniers poèmes épiques à la mode. Tancrède regretta que les horaires de l’ordinaire les obligent à manger chacun de leur côté à 18 h 30. Que n’aurait-il pas donné pour pouvoir inviter à nouveau Clorinde à dîner un soir, comme il l’avait fait à bord, loin de l’ambiance troupière de la Nouvelle-Jérusalem.
Lorsque le café du Centre ferma ses portes, ils finirent la soirée dans leur refuge d’amoureux, sur le massif rocheux à la lisière du plateau. La nuit était froide, mais Tancrède avait prévu une couverture. Blottis l’un contre l’autre, ils s’oublièrent dans la contemplation de ce ciel inconnu, s’amusant à inventer des noms farfelus aux étoiles ou aux nébuleuses diaphanes.
Puis, Clorinde lui souffla : « Tu sais, nous n’en avons pas reparlé, mais j’ai beaucoup pensé à ce que nous avons dit l’autre jour. »
Tancrède savait parfaitement à quoi elle faisait allusion, mais il fit l’innocent : « De quoi parles-tu ?
— Allons, ne me fois pas marcher, tu le sais très bien ! Il y a une dizaine de jours, tu m’as fait ta demande…
— Bien sûr que je m’en souviens, ma douce ! J’y ai repensé tous les jours moi aussi. »
Elle se cala un peu mieux dans le creux de ses bras. Lui regardait dans le lointain le halo lumineux de la ligne de front. Des dizaines de lumières se déplaçaient dans le ciel, révélant l’incessante rotation aérienne qui alimentait les champs de bataille en hommes et en matériel.
« Pendant mon séjour à l’hôpital, j’ai enregistré un message à l’attention de mon tuteur. Un message où je l’informe de nos intentions… »
« Ah. » Tancrède réprima un frisson, les choses devenaient sérieuses. « Et… l’as-tu envoyé ?