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L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]

Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:

Paris ne s'est pas fait en un jour, et la France ne s'est pas faite toute seule ! Les plaques de nos rues et les socles de nos statues portent les noms des responsables : ça va de la rue Vercingétorix à la rue Charles de Gaulle.
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
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— En tout cas, fait Béru, elle a gagné sur tous les tableaux, la petite friponne, puisqu'elle a sa statue aussi bien dans les églises que sur les places publiques. Et le roi Charles Chose, qu'est-ce qu'il en a dit de tout ça ?

— Oh, lui, c'était un petit libertin. Les pucelles ne l'intéressaient que lorsqu'elles cessaient de l'être grâce à ses bons soins. Il a coulé des jours passionnés en compagnie de sa favorite qui s'appelait Agnès Sorel.

— Attendez, me stoppe B.B. Agnès Sorel, c'était une grand-mère de Cécile Sorel ?

— Non, ma chère amie, c'était sa fille !

Lecture :
LES DIABOLIQUES ASTUCES DU GARNEMENT BÉRUROI

Mme d'Arc referma pensivement la porte de la bergerie et regarda s'éloigner sa fille. Jehanne poussait gentiment le docile troupeau devant elle et marchait d'un pas léger vers les pâtures. Avec sa paire de quenouilles sous le bras, elle avait bien l'air de ce qu'elle était, à savoir d'une gente jouvencelle timide et douce.

— Tu sembles tourmentée, femme ? lui déclara M. d'Arc qui survenait en poussant une brouette.

— Cette enfant me donne quelques inquiétudes, révéla-t-elle.

Les bras de la brouette en tombèrent des mains du père d'Arc.

— C'est sa santé qui te tourmente ? En effet, je la trouve bien pâlotte, ces derniers temps.

— Non, dit la brave épouse, ce n'est pas sa santé mais son moral. Vois-tu, mon homme, je crains que notre fille devienne folle de sa tête.

— Un début de pléonasme[21], sans doute, murmura d'Arc père.

— Elle prétend qu'elle entend des voix tandis qu'elle garde les moutons.

— Elle se prend pour…, commença d'Arc.

Mais il s'arrêta court, car il manquait de point de comparaison.

— En tout cas, poursuivit-il, elle les garde bien mal les moutons. Hier encore un agnelet a disparu. Si ça continue, on ne va bientôt plus pouvoir l'envoyer en champ.

Il cracha dans ses mains calleuses et assura en reprenant les manches de sa brouette :

— D'ici que ça soit elle que j'envoie paître, il n'y a pas loin !

Il allait poursuivre sa besogne, mais sa femme le stoppa.

— Sais-tu ce qu'elles lui disent, ses voix ?

— Que veux-tu qu'elles lui disent, puisqu'elles n'existent pas. Ça se passe dans sa pauvre tête. Il va falloir lui donner de la tisane d'ellébore.

— Jehanne prétend qu'il s'agit des voix de Saint-Michel, de Sainte-Marguerite et de Sainte-Catherine.

— Sainte-Catherine ! Du carrosse où vont les choses elle la coiffera sûrement, soupira le père d'Arc en se signant. (Il était analphabète mais il savait se signer !).

Tout à son tourment, sa digne compagne poursuivit :

— Ces bienheureux lui ordonnent, paraît-il, de sauver la doulce France et d'aller faire sacrer Messire le Dauphin Charles à Reims ! Imagines-tu, mon homme, l'énormité de la chose ! Voilà cette pauvre Jehannette qui n'est pas capable de « fumasser » l'étable prête à partir en guerre contre les vilains Anglois !

Le papa d'Arc éclata d'un rire franc et loyal à cette plaisante perspective. Mais le visage soucieux de sa dame dissipa vite son hilarité.

— Je vais aller surveiller ça de plus près, décida-t-il. Si des saints parlent à notre fille, je veux entendre ce qu'ils lui racontent. Je suis son père après tout !

Et, plantant là sa femme et sa brouette, il partit vers les pâtures en rasant les buissons.

Le dénommé Amédée Béruroi était un mauvais plaisant d'une seizaine d'années, au regard sournois, plein de vilaines intentions. Ses parents étaient deux soiffards incorrigibles — et que personne d'ailleurs n'avait jamais tenté de corriger — aussi le jeune Amédée s'était-il élevé tout seul, à force de chapardage et de mendicité. Comme en ces temps de disette, les aumônes se raréfiaient, le jeune malandrin se trouvait aux abois. On le voyait rôder aux abords des métairies avec des filles mal embouchées, guettant les rares volailles qui fouillaient un fumier pauvre en calories. Béruroi avait déjà essuyé de sérieux coups de triques, voire même des coups de fourches. Néanmoins il était parvenu à tordre le cou de plusieurs volailles et plus d'un coq du village était décédé de mort violente avec encore un dérisoire cocorico dans le gosier.

Ce matin-là, tapi derrière une haie d'aubépines en compagnie de deux traîne-fesses de la région : Fantine et Lanlaire, le mauvais sujet guettait l'arrivée de la pieuse Jehanne d'Arc et surtout de son troupeau. La jeune fille ne l'intéressait pas car il détestait les pucelles, mais par contre il avait une prédilection pour le mouton surtout accompagné de flageolets.

— La v'là ! souffla-t-il.

Les gourgandines qui l'accompagnaient se plaquèrent contre le sol et restèrent immobiles. Mlle d'Arc pénétra dans le champ et, tandis que ses bêtes s'égayaient dans l'herbe tendre, elle installa son pliant et se mit à filer sa quenouille.

— A nous de jouer ! chuchota Béruroi dans un souffle.

Il fit signe à Lanlaire, qui était une grande bringue aux cheveux emmêlés et aux jupons plus troués qu'un filet de pêcheur.

Elle arrondit ses deux mains en conque devant sa bouche et se mit à psalmodier d'une voix languissante et presque plaintive :

— Jehanne… Jehanne…

La gente bergère tressaillit, pâlit, trembla. Ses narines se pincèrent, son regard devint fixe et elle se laissa tomber à genoux.

— Nous sommes les envoyés de Dieu, trémola Lanlaire…

Jehanne se signa.

— Mon nom est Sainte-Catherine, poursuivit la petite garce. Jehanne, tu dois sauver la France…

Lanlaire se retenait de pouffer. N'en pouvant plus, elle fit signe à sa camarade Fantine, une petite rousse au visage criblé de son, de prendre la relève. Rendant sa voix caverneuse par le même procédé, la deuxième fille poursuivit.

— Va lever le siège d'Orléans, Jehanne ! C'est moi, Sainte-Marguerite, qui te l'ordonne au nom de Dieu ! Chasse le vilain Anglais pour rendre la France à notre gentil sire le Dauphin Charles…

Les mâchoires de la future sainte se crispèrent. Elle était devenue comme étrangère au monde.

Béruroi montra aux deux filles un petit agneau qui harcelait le pis de sa mère à quelques mètres de là. Les deux traînées comprirent et s'éloignèrent en rampant tandis que le garçon poursuivait l'opération.

— Allô ! Allô ! Ici l'archange Saint-Michel qui vous parle, claironna le luron, en prenant la voix d'un merveilleux bateleur d'estrades nommé Jehan-Jacques Vithal, lequel vendait de la Jouvence de l'Abbé Lopez sur les champs de foire de la région.

Jehanne d'Arc joignit ses mains, ferma ses yeux, et inclina sa jolie tête blonde.

— Il faut que tu sauves la France, Jehanne. Délivre Orléans et ensuite va faire sacrer le Dauphin à Reims…

Tandis qu'il exhortait ainsi la Pucelle, ses deux compagnes capturaient l'agneau dont les bêlements de détresse ne parvenaient même plus aux oreilles saturées d'extase de la bergère.

C'est alors que le charme fut rompu par le père d'Arc qui se précipitait sus aux voleurs en brandissant un gourdin.

Ce fut la débandade, les filles lâchèrent l'agneau pour détaler, tandis que de son côté Béruroi battait en retraite.

Après qu'il eut bien couru, hurlé et gesticulé — en pure perte — le père de Jehanne revint hors d'haleine auprès de sa fille toujours à genoux.

— Espèce de petite idiote ! gronda le fermier, tu vas enfin finir ces simagrées, oui !

La Pucelle eut un tressaillement de médium éveillé en sursaut et considéra l'auteur de ses jours avec des yeux béants d'incompréhension.

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21

Maladie découverte au XVe siècle, consécutive à une répétition de maux.

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