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Descendez-le a la prochaine [fr]

Электронная книга - «Descendez-le a la prochaine [fr]». Краткое содержание книги:

Le gars qui pourrait me prouver par a + b qu'il a, au cours de son existence, exécuté une besogne plus débectante que celle à laquelle je me livre depuis une huitaine de jours aurait droit, selon moi, au salut militaire, au salut étemel et à une place assise dans les chemins de fer. Faut vraiment avoir le palpitant arrimé avec du gros filin pour tenir le choc. Et je le tiens, moi, le choc, parce que mon job c'est justement de ne pas faire la fine bouche. Voilà une semaine que je visite les morgues de France à la recherche d'un cadavre…
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— Parfait…

Je me tourne vers le gardien.

— Pour employer la formule consacrée, est-ce que je peux la revoir, une dernière fois ?

— Suivez-moi…

C’est une fois de plus, la classique balade dans la nécropole glacée qui sent la mort.

Je commence à me sentir chez moi, ici. C’est un peu mon domaine maintenant. Comme qui dirait mon petit palais de glace !

Le gars tire la bassine contenant les restes de Rachel. Je me penche sur ceux-ci…

Je n’ai pas revu la gosse morte. Le dernier regard que j’ai posé sur elle, ç’a été dans la chambre, après que nous nous soyons envoyés en l’air… Alors que, blême de peur, elle reculait vers la fenêtre. Sa chute lui a écrasé le sommet de la tête, son cou est brisé… Ses membres disloqués… Ça n’est pas beau à voir… Dire que j’ai tenu ce paquet d’os et de bidoche dans mes bras !

Je contemple son visage, longuement… Très longuement… Et alors, chose stupéfiante pour un tel lieu, j’éclate d’un rire copieux, un rire qui n’en finit plus…

— Qu’est-ce que…, murmure le gardien sidéré.

— Quoi ?

— Je… Rien !

M’est avis qu’il me croit rigoureusement sonné.

Je me gondole comme un bossu. Notez que je n’ai jamais eu l’occasion de voir rire un bossu.

Ça me coupe en deux. C’est la joie… C’est la satisfaction… C’est l’orgueil… C’est tout ce que vous voudrez de très fort, de très exaltant.

— C’est bon, je dis au garde, de plus en plus époustouflé, vous pouvez refermer votre tiroir…

Je remonte à l’étage supérieur où m’attend Mongin.

Il a remis sa veste, boutonné ses manchettes, rangé ses cartes, planqué le litre de vin.

— Où est le litron ? je demande.

— Monsieur le Commissaire…

— Allez, aboule-le, vite !

Il obéit.

Je chope la bouteille de pinard, et je m’en téléphone une merveilleuse rasade dans l’intérieur.

Mongin et le gardien me considèrent avec hébétude.

— Voilà, dis-je, tout s’arrose, surtout les grosses satisfactions.

— Vous êtes content, monsieur le Commissaire ? bégaie cette vieille pantoufle.

— Ça se voit, non ?

— Tant mieux… Vous…

Il voudrait bien me poser des questions, n’ose le faire, et la boucle d’un air fatal.

— Tu peux te tirer, je lui dis… Va jouer aux cartons dans ton bistrot habituel : personne ne viendra reconnaître le corps de la pépée…

— Ah oui ?

— Oui…

— Vous… vous êtes sûr ?

— Mettons que j’en sois certain…

Je quitte la morgue sans plus m’occuper de lui et je retourne à la maison mère.

C’est un endroit où on ne paie pas cher le téléphone, et justement, j’ai besoin de téléphoner.

CHAPITRE II

LE BON BOUT

En priorité, il ne faut pas longtemps pour avoir l’Allemagne. On a aussi vite fait de téléphoner au pays de la choucroute qu’à Saint-Nom-la-Bretèche.

On me passe le siège des autorités françaises pour la région de Freudenstadt et je demande à parler au colonel Lherbier.

C’est le colon auquel j’ai eu affaire lors de ma mission « cadavre ».

— Qui est à l’appareil ? demande-t-il.

— Commissaire San-Antonio, des Services secrets. Vous vous souvenez de moi, mon colonel ?

— Oh ! Parfaitement… Que puis-je pour vous ?

— Beaucoup. Je voudrais que vous alliez chez Bunks. Son fils est enterré ?

— Depuis ce matin…

— Vous direz que le journal édité par les troupes d’occupation veut publier un article nécrologique, et vous demanderez une photographie de son fils pour illustrer ledit article. Il n’y a aucune raison pour qu’il vous la refuse… Lorsque vous l’aurez, faites-la porter à Strasbourg d’où on me la transmettra par bélino, d’accord ?

— Entendu.

— Je vous remercie, mon colonel…

Le standardiste me demande :

— Besoin d’autre chose, commissaire ?

— Non, ça va… Si un message ou un paquet arrive pour moi, mettez-le-moi de côté.

— Vous revenez ?

— En fin de journée, oui. Je vais au cinéma. Vous n’avez pas un bon film à me conseiller ?

Hélas, il en avait un, ce tordu. Ça s’appelle « Cœurs en flammes ». Rien que le titre, j’aurais dû me méfier !

C’est l’histoire d’un mec qu’est chirurgien et qui fait des miracles en veux-tu en voilà ! Un jour, il devient dingue pour une souris qui joue du prose aux Folies-Bergère. La souris lui sucre tout son grisbi et le lâche comme un soutien-gorge usagé. Le toubib tombe dans le ruisseau… Il lui reste balpeau et il est à deux doigts de la mangave. Mais v’là qu’un jour la croqueuse de pellos se fait renverser par un autobus sur la ligne Charenton-Ecole ; du coup, son cubitus saute dans sa boîte de vitesse, et il faut un caïd pour la réparer ; il n’y en a qu’un en France et vous devinez qu’il s’agit du toubib-clodo.

Il apprend ça par les journaux et il va opérer la danseuse avec ses fringues made in place Maubert. Elle guérit, elle se repent, ils se roulent des patins et le film finit juste au moment où commence ma migraine.

Je me trisse en pestant contre le cornichon qui m’a conseillé cette pauvreté. Quand on voit des productions pareilles, on a envie de demander l’adresse du réalisateur pour aller lui mettre un bourre-pif, histoire de lui donner le sentiment du public.

Je bigle ma montrouze : six heures.

Le temps de licher un Martini à la brasserie voisine et je regagne ma base.

— Rien pour moi ? je demande.

— Si, dit le standardiste, une photo transmise par bélino, depuis Strasbourg…

— Donnez…

Tandis que je décachette l’enveloppe, il me demande :

— C’était bien le ciné ?

— Formidable !

L’autre ne se sent plus.

— Vous avez vu, quand il se mord les lèvres en regardant la photo du journal ?

— Inouï.

— Quel acteur, hein ?

— Oui, mais quel rôle !

— Ah ! ça…

— Après un film comme ça, j’espère qu’il ne trouvera plus jamais d’emploi !

Mon mec s’arrête, une fiche à la main.

Je ne perds pas mon temps à l’évangéliser.

La photo que je viens de retirer de l’enveloppe me comble d’aise.

— Passe-moi le labo !

J’ai Grignard aussitôt.

— Dis donc, petit, va prendre une photo du gars qui moisit dans la cellule spéciale. De l’express ! Il me faut ça dans un quart d’heure maximum. Tu me l’apporteras au bistrot d’en face.

— Entendu.

Je dis au standardiste :

— Tu vas passer un coup de tube au Vieux. J’ai la flemme de monter chez lui ou de lui parler. Dis-lui qu’il m’annonce auprès de l’ambassadeur soviétique, j’y serai dans une petite heure.

Je bombe en vitesse. Si j’allais chez le boss, il me demanderait le pourquoi et le comment des choses, pèserait la nécessité d’une visite chez les Soviets, bref, me collerait de sérieux bâtons dans les roues et je n’ai pas besoin de ça pour l’instant.

Je préfère retourner chez la grosse enflure du bar d’en face qui doit avoir sur le cœur ma fugue du matin.

Il est en train d’engueuler la bonne lorsque je me pointe.

— Pas tant de chabanais ! je crie… Monsieur se prend pour César, non ?

— Tiens ! voilà l’homme qui s’escamote ! barrit le gros.

— Je sais, dis-je, ce matin, j’ai filé d’une manière un tantinet cavalière, mais je m’étais souvenu brusquement d’un truc important à faire.

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