Descendez-le a la prochaine [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1953
- Язык: французский
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Descendez-le a la prochaine [fr]». Краткое содержание книги:
— Tu n’es pas au courant ?
— Non…
— Et du type mort à Strasbourg ?
— C’était mon mari.
Je me gratte le cigare.
— Ton mari ?
— Oui…
— Que faisait-il dans la bande ?
— Je ne sais pas…
— Tu ne sais pas ?
— Non ! Je ne le voyais plus. Il m’avait abandonnée pour cette fille…
C’est un trait de lumière pour moi.
— Blavette ?
— Oui…
— Et tu continuais à faire partie de l’organisme ?
— Oui…
— Tu connais les Bunks ?
— La fille…
Je récapitule l’histoire. Cette gosse m’a l’air de ne pas en savoir trop long. Ça devait être la cinquième roue du carrosse. Ils l’ont choisie pour achever la pseudo-blessée car ils savaient qu’elle haïssait la fille.
— Quel est ton boulot ordinairement ?
— Agent de liaison…
— Où est le siège de votre truc ?
Elle se tait ; mais cette fois, je devine que c’est de l’hésitation. Pour la décider, j’attrape la seringue.
— Non ! non ! crie-t-elle.
— Alors ?
— Il n’y a pas de siège… Ça n’est pas à proprement parler une organisation… De temps à autre, des ordres arrivent, à exécuter…
— Tu as bien un endroit où joindre tes supérieurs en cas de malheur, non ?
— Non !
C’est net ! Ils sont fortiches. Bunks, c’est un caïd… A sens unique les relations… Il est peinard de la sorte. Il peut jouer les francophiles tout son soûl, patronner des ligues de rapprochement, appuyer le gouvernement de Bonn ! Il est paré. Contre lui nous n’avons que des présomptions et il est assez costaud pour avoir le dessus avec la fortune et les relations dont il dispose. Les Alliés, notre propre gouvernement sont pour lui. C’est une montagne à démolir. On ne démolit pas une montagne.
— Comment es-tu venue ici ?
— On m’a amenée en voiture.
— Qui a parlé, à Strasbourg ?
Elle ne comprend pas.
— Comment a-t-on su que je venais pour interroger cette fille ?
Elle entrave.
— Oh, oui… Quelqu’un vous suit depuis plusieurs jours… On vous a vu partir pour Strasbourg, puis pour Cannes. On a compris que vous aviez interrogé Léopold et qu’il avait parlé de sa maîtresse…
— Elle est dans le coup ?
— Non, mais sans doute craignait-on que son ami ne lui ai fait certaines confidences…
En somme, tout cela ne m’avance pas à grand-chose. Mon objectif, le Russe kidnappé, est toujours hors de portée !
— On t’attend, dehors ? j’interroge soudain…
— Oui…
— Qui ?
— Deux hommes en voiture. Au coin de la rue !
Je vais à la fenêtre et je coule un regard à l’extérieur. Une traction avant est stoppée à cent mètres d’ici. Je décroche le bigophone pour appeler Pellegrini. Pourvu qu’il ne soit pas parti en java, sous prétexte qu’il est garçon cette nuit ! Mais non, c’est lui qui décroche.
Il reconnaît ma voix sans que j’aie besoin d’allonger mon blaze.
— Ça biche ? demande-t-il.
— Très bien. Seulement j’ai besoin qu’on m’aide pour le coup de filochon. Il y a deux gars en traction, stationnés devant la clinoche. Ils attendent une fausse infirmière que je tiens en réserve ici. Rappliquez en force et arraisonnez-moi ces zouaves. Tout me porte à croire que ce sont des méchants. Alors amenez de l’artillerie et servez-vous-en, vu ?
— D’ac !
— Faites vite !
— Ça va, considérez que j’y suis déjà…
Il raccroche.
— Tu vois, dis-je à la môme, ça va être la fin d’une belle histoire. Dis-moi, chérie, la fille Bunks est ici, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Tu as une idée du lieu où elle descend ?
— Non…
— Ça ne fait rien !
Je vérifie que les liens sont serrés.
— Je m’éclipse un moment ; surtout ne cherche pas à te dégager, tout ce que tu réussirais à faire, c’est à te rentrer le contenu de cette seringue dans la viande, tu réalises ?
Elle réalise parfaitement.
— Salut, gosse d’amour !
Je sors.
Dans le couloir, il y a l’infirmière et la femme de Pellegrini.
— La garde voulait donner l’alarme, m’annonce cette dernière, je l’en ai empêchée.
— Vous avez bien fait. Continuez à rester tranquilles, je vais revenir…
Une fois sous le porche de la clinique, je renouche en direction de la bagnole. J’espère que les mecs ne vont pas s’impatienter et que Pellegrini ne tardera pas.
Déjà je perçois un ronflement de moteur au loin. Une bagnole débouche à vive allure, freine et s’arrête à la hauteur de la traction.
— Descendez d’ici et les pattes en l’air ! brame Pellegrini.
Une gerbe d’étincelles salue cette invite. Des cris retentissent dans la voiture de mon collègue. La traction recule. La voiture de la police lui barrant la route, les occupants n’ont pas d’autre solution… Les policiers ouvrent le feu, mais la traction recule toujours. Le type qui la pilote en connaît un brin en matière de conduite. Il fait une rapide manœuvre au milieu de la chaussée et se met face à moi. Le faisceau des phares me cueille brusquement. Une volée de balles passe au-dessus de ma tête car j’ai eu la sagesse de me jeter à genoux.
Je lève mon feu et je crache deux pralines pour aveugler la guinde. Comme elle parvient à ma hauteur, je me planque contre le mur et je tire encore deux autres balles. Je perçois un cri. La bagnole se met à zigzaguer et fonce droit sur le rideau de fer d’un marchand de vélos. Ça fait un badaboum du tonnerre. Comble de l’ironie, juste à côté du magasin embouti se trouve un écriteau : « Hôpital, Silence ! »
Je me précipite.
Je crois que pour le troisième degré on pourra repasser. L’un des deux hommes a passé la trombine au travers du pare-brise et le sang gicle de sa carotide tranchée comme d’un robinet d’évier. Quant à l’autre, il a été scalpé par l’une de mes deux dernières balles et ça bouillonne sous son couvercle.
Pellegrini arrive.
— Les salauds de salauds de bon Dieu ! hurle-t-il, ils m’ont nettoyé Jérémy, mon secrétaire !
— Ils ont leur compte, dis-je…
Je me mets en devoir de fouiller les morts ; je ne trouve sur eux aucun papier. La méthode de la terre brûlée chère à Bunks est efficace.
Je suis salement écœuré.
— M…, dis-je, je rentre à Paris. Occupez-vous des morts, empreintes, photos… Embarquez la fille qui est dans la chambre là-haut, récupérez le propriétaire de cette auto… Vous m’adresserez les renseignements au fur et à mesure à Paris, d’accord ?
— Entendu.
— Pendant que vous y êtes, faites visiter tous les hôtels et toutes les pensions de la ville. Cherchez une certaine Christia Bunks. C’est une ravissante fille de vingt ans, blonde, bronzée, une vraie pin-up. Si par hasard vous la dénichez, collez un homme à ses trousses et surveillez étroitement ses agissements.
Je lui tends la main.
— Et mille regrets pour votre secrétaire ; mais ça ne lui serait pas arrivé s’il avait choisi de faire un métier moins con que le nôtre !
TROISIÈME PARTIE
PAYEZ ET EMPORTEZ !
CHAPITRE PREMIER
MON PALAIS DE GLACE
Il est dix heures lorsque je me pointe chez le boss. Il fait beau et on a envie de faire n’importe quoi sauf de traquer les espions à la gomme.