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Descendez-le a la prochaine [fr]

Электронная книга - «Descendez-le a la prochaine [fr]». Краткое содержание книги:

Le gars qui pourrait me prouver par a + b qu'il a, au cours de son existence, exécuté une besogne plus débectante que celle à laquelle je me livre depuis une huitaine de jours aurait droit, selon moi, au salut militaire, au salut étemel et à une place assise dans les chemins de fer. Faut vraiment avoir le palpitant arrimé avec du gros filin pour tenir le choc. Et je le tiens, moi, le choc, parce que mon job c'est justement de ne pas faire la fine bouche. Voilà une semaine que je visite les morgues de France à la recherche d'un cadavre…
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Ça fait une impression merveilleuse de sentir tous ces chevaux puissants rangés sous le capot.

Le temps de compter jusqu’à dix et l’aiguille du compteur se pose délicatement sur le cent. Le temps de compter encore une fois jusqu’à dix et je rattrape Bérurier. Je le dépasse. Je ne vois plus la voiture du faux Bunks en parvenant au carrefour.

Une main glacée me serre le corgnolon.

J’hésite un millième de seconde, puis je prends tout droit comme je l’avais primitivement décidé. Je fais une petite prière pour ne pas m’être foutu le doigt dans l’œil car alors je n’aurais plus qu’à m’arrêter chez un marchand d’articles de pêche afin de faire l’emplette d’un attirail.

Cinquante mètres après le carrefour, il y a une fourche. A l’intersection, je ne vois toujours rien.

« Voyons, me dis-je, en allant vite, qu’est-ce qui est le plus facile à prendre comme direction ? J’opte pour la gauche… Cette fois, je monte à 130… Les bonniches grimpent sur les pelouses avec leurs voitures d’enfants et leurs militaires en m’entendant arriver. Le vieux daim à mes côtés est en train d’ajuster son râtelier du bout de la langue. Il tremble comme une feuille et il est sur le point de s’évanouir. Je n’en ai cure, comme disent les grognaces qui ont de l’instruction et la parole facile !

L’aiguille maintenant taquine le 140 !

— Vous allez nous tuer, gémit le vieux de la bagnole.

— Pas d’importance, je lui réponds afin de le tranquilliser.

— C’est de la folie, hasarde-t-il encore.

Je pousse un rugissement de joie. Devant moi, il y a la bagnole de Plumet et Karl Bunks, au volant…

Je ralentis considérablement… Maintenant, je n’ai plus qu’à le suivre. Je me félicite de mon coup d’audace. Avec une carriole comme la Lancia, je suis certain de ne pas me laisser semer du poivre ; par ailleurs, elle ne peut éveiller les soupçons du fugitif… Comment qu’il connaît Paris, le gaillard. Il fonce sans bavure jusqu’à la porte d’Auteuil. Une fois là, il oblique sur la droite et pénètre dans Boulogne… Nous franchissons cinq cents mètres et il tourne dans une toute petite rue bordée d’acacias.

C’est plein de baraques cossues ici. Je vois la 404 qui stoppe un peu plus loin. Afin de ne pas lui donner l’éveil, je rabats mon chapeau et je le double. A la première rue, je prends à gauche et j’arrête.

— Voici, je fais au vieux tombereau ; il ne me reste plus qu’à m’excuser et à vous remercier.

Je sors ma carte.

— Ceci pour vous prouver que je suis réellement un policier. Maintenant, il est normal que vous jugiez sévèrement ma conduite, j’ai agi d’une façon un peu cavalière, je le sais, mais nécessité oblige. Si vous tenez à déposer une plainte, faites-le, c’est votre droit et je ne vous en voudrai pas le moins du monde.

Sur ces paroles véhémentes, je le quitte. Bunks — je continue à lui donner ce nom à défaut d’un autre — vient de pénétrer dans un pavillon aux volets clos. Depuis l’angle de l’autre rue, j’ai entendu la clochette de la porte qu’il a agitée d’une façon convenue. J’avance à pas de loup, jusqu’à la porte en question.

Je prête l’oreille et ne perçois aucun bruit. Pourtant, il y avait bien quelqu’un dans ce pavillon, puisque l’autre a sonné et qu’on lui a ouvert ?

Je tire mon Sésame. En voilà un qui ne chôme guère dans mon biseness.

Sans bruit, j’ouvre la lourde. Du moins j’actionne la serrure, car l’ouverture proprement dite de la porte me demande beaucoup plus de temps. Je suis obligé de la soulever en la poussant afin d’éviter tout grincement… Lorsqu’il y a une ouverture suffisante pour laisser le passage à ma carcasse, j’entre.

Ça sent bon. Juste l’odeur que j’ai reniflée à Freudenstadt et à Cannes. Ce parfum angoissant et, troublant, ce parfum de tubéreuse. Ce parfum de la môme Bunks !

Je longe un étroit vestibule et je parviens devant une porte ouverte. Le faux Bunks et sa fausse sœur sont là. Et du coup, je n’ai plus le moindre doute quant à l’usurpation d’identité du premier.

Parce que tous deux font un genre de sport qu’on ne fait en général pas en famille !

Je m’en voudrais d’interrompre un pareil spectacle. L’amour, c’est sacré, ça n’a pas de frontières, pas de loi…

La séance dure un bon quart d’heure encore. Puis, ils restent haletants… Les cheveux blonds de la petite Christia traînent jusqu’à terre.

Pour rompre la félicité de l’instant, je me mets à applaudir à tout berzingue.

Si vous assistiez à ce double saut de carpe ! Si vous voyiez les yeux que me font les deux amoureux ! Je reconnais qu’on pardonne difficilement à un homme d’avoir assisté à un spectacle de ce genre. Eux ne me le pardonneront jamais.

— Commencez par lever les bras le plus haut possible ! je leur demande.

Ils n’obéissent pas. Christia préférerait se faire trouer la peau plutôt que d’obéir. Quant à lui, il est plus pâle que jamais !

— Vous avez compris ? je répète…

Il a compris, mais il croise les bras, farouchement.

Je sens que si je la boucle, mon prestige en prendra un coup.

— Soit, croisez-vous les bras si vous voulez… Et puis, lever les bras est bien fatigant pour un homme qui vient de se dépenser beaucoup !

— Vous êtes un triste individu, murmure-t-il.

— On lui dira, je gouaille.

Il s’avance vers moi, l’air bien déterminé…

— Stoppez ! ou je vous brûle !

Ah ouiche ! Si vous croyez que ça l’arrête ! Il continue à marcher sur moi, exactement comme le fait un type qui se propose d’écraser une araignée…

Ce type ne doit pas mourir… Je le sais maintenant, car, depuis quelques minutes, j’ai tout compris. Exactement depuis que j’ai regardé les fesses de la môme Bunks.

— Ne m’approchez pas ! je crie.

Cela pour lui donner à penser que je vais tirer. Tout son être est contracté par l’appréhension, seul, l’orgueil le pousse vers moi.

Je lui laisse franchir un pas. J’avance le bras en faisant mine de presser sur la détente, il marque un arrêt, alors, je lui file un paquet maison au menton. C’est le plus beau crochet du gauche de ma carrière ; il ne dit pas ouf ! Il tombe, foudroyé… Je l’assaisonne avec un coup de tatane derrière la nuque afin d’être peinard, puis je m’approche de la table où est assise Christia.

— Alors, ma petite fille, lui dis-je… Quoi de neuf, depuis Cannes ?

Elle murmure :

— Depuis Cannes ?

— Inutile de jouer les Christine désolées, ma gosse. Cette fois, j’y vois clair… Tu es la première souris qui m’ait possédé sur le chapitre du maquillage. Jusqu’ici, je t’avoue, je ne croyais pas beaucoup au postiche ; maintenant, mon point de vue n’est plus le même…

— Que voulez-vous dire ?

— C’était toi, la fausse infirmière, à la clinique de Cannes. Bravo ! Je ne t’applaudirai jamais assez… Un tour de passe-passe pareil, c’est du grand art ! Je m’y suis laissé prendre car, plus encore que ton personnage physique, tu as su transformer ton personnage moral. Tu n’étais plus la belle aventurière aux cheveux d’or, genre magazine policier, mais une médiocre fille du peuple embringuée dans une sale affaire et qui ne voyait pas plus loin que le bout de son petit nez…

« Après avoir lu l’article du canard, tu as décidé d’intervenir ; qui donc, en effet, aurait eu le courage et l’aplomb nécessaires pour risquer un coup pareil ? Tu t’es teint les cheveux, tu les as roulés autour de la tête… Puis, tu as ôté ce fond de teint merveilleux qui donne l’impression que tu es bronzée… Tu as mis des verres de contact qui ont changé la couleur de ton regard… Du chewing-gum sur tes gencives pour changer la forme de ta bouche… Des fringues d’infirmière, une petite aspersion d’éther afin de chasser ton parfum… Boum ! servez chaud ! Voilà une gentille petite môme qui se venge d’avoir été cocufiée !

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