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Descendez-le a la prochaine [fr]

Электронная книга - «Descendez-le a la prochaine [fr]». Краткое содержание книги:

Le gars qui pourrait me prouver par a + b qu'il a, au cours de son existence, exécuté une besogne plus débectante que celle à laquelle je me livre depuis une huitaine de jours aurait droit, selon moi, au salut militaire, au salut étemel et à une place assise dans les chemins de fer. Faut vraiment avoir le palpitant arrimé avec du gros filin pour tenir le choc. Et je le tiens, moi, le choc, parce que mon job c'est justement de ne pas faire la fine bouche. Voilà une semaine que je visite les morgues de France à la recherche d'un cadavre…
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Je réfléchis.

— C’est bien celui du milieu, n’est-ce pas ?

— Oui…

— Vous en avez la clé.

— Non…

— Ça ne fait rien… Personne ne s’y trouve présentement ?

— Mais non, puisque je vous dis que…

— Ça colle, merci…

Je m’engage dans le hall.

— Ben, où allez-vous ? s’écrie la souris.

Je ne peux pas lui dire pour le moment que je m’intéresse aux appartements inoccupés lorsque quelqu’un les utilise comme observatoire.

— Au ciel, je réponds, je monte toujours jusqu’à votre septième, ça me rapprochera un brin !

Elle oublie d’en refermer la bouche.

Une fois devant la lourde, je prête l’oreille. Aucun bruit !

Un doute m’envahit.

Et si je m’étais gouré ? S’il s’agissait seulement d’un objet brillant oublié dans l’angle de la croisée ?

Après tout, peu importe.

J’appuie un petit coup bref sur la sonnette.

Le silence toujours…

Pas la peine d’hésiter, pour la seconde fois, j’ai recours à mon outil de précision.

La serrure n’est pas plus récalcitrante que l’autre. Je pénètre dans le vestibule où flotte une odeur mièvre de renfermé.

Un rapide calcul me fait deviner la pièce où la personne à longue-vue se tient.

J’en tourne le loquet et je me jette de côté.

Mais si je croyais dérouiller une nuée de valdas, je me suis singulièrement gouré car, là encore, c’est le silence.

Un silence à couper au couteau…

Je risque un œil prudent. La pièce est vide… J’entre. Je vais à la croisée. Je soulève un coin du rideau et, effectivement, j’aperçois très distinctement la terrasse où s’érige la hutte de feu la môme Blavette.

Je bigle autour de moi ; rien ne permet de déceler le séjour récent de quelqu’un… Si pourtant ; une odeur… Un parfum assez âcre que j’ai déjà reniflé quelque part. De cela, je suis absolument certain. Voyez-vous, je possède, entre autres dons naturels, la mémoire du nez… Oui, cette odeur âcre, ce parfum de tubéreuse, a déjà chatouillé mon renifleur… Mais où ? Mais quand ?

Je trouverai bien.

Je respire profondément pour bien enregistrer la sensation délicate qu’il me procure. Puis je visite le reste de l’appartement. Dans la cuisine, il y a une porte, non fermée au verrou, qui accède à l’escalier de service. C’est par là que mon voyeur s’est débiné en entendant mon coup de sonnette. J’ai agi comme une portion de courge ; j’ai eu tort de sacrifier aux usages… Si je me mets à devenir mondain, à cette heure !

Je bondis sur le palier afin de rebicher l’ascenseur. Avec un brin de chance, la pipelette aura peut-être vu sortir le mystérieux renoucheur… Et, comme il aura été obligé de se tasser les sept étages, il me sera peut-être possible de le rattraper. Là encore, je dois déchanter. La jeune concierge est là, regardant à l’intérieur de l’appartement avec curiosité…

Si elle est là, elle n’a pu voir sortir la personne qui m’intéresse.

— Où donne la sortie de service ? je demande.

— Dans l’impasse d’à côté…

Je bondis dans l’ascenseur sans m’occuper de ses glapissements.

Une fois dehors, je repère l’impasse dont a parlé la cerbère. Evidemment, il n’y a personne.

Je l’ai dans le baigneur !

Je pousse un juron si puissant que douze personnes se retournent.

Enfin, je vais toujours retourner à mes macchabées !

Les vrais et les faux !

CHAPITRE IX

LA NUIT INCERTAINE

Tout ronfle dans l’hosto. La piaule où l’on a installé la grognace de Pellegrini est située au fond d’un couloir au premier étage.

C’était une chambre à deux pieux, séparés par un rideau coulissant. J’ai tiré le rideau et je me suis installé dans la seconde partie de la pièce, le pétard à portée de la main, attendant les événements…

Thérèse Pellegrini occupe donc le premier lit. On lui a entortillé de la gaze tout autour du visage pour que ça fasse plus vrai… J’entends son souffle régulier et, à travers les fentes pratiquées dans le rideau, j’aperçois un petit morceau de son visage. Une lampe veilleuse met dans la pièce une lumière confuse, d’un bleu malade, tout juste suffisante pour que je puisse lire l’article paru dans l’édition spéciale du canard de Nice qui vient de sortir.

Il s’intitule :

DRAME MYSTERIEUX A CANNES

En sous-titre :

Une jeune femme est abattue à la mitraillette à travers la porte de son appartement.

Le gars de l’article s’en est donné à cœur joie avec des images toutes faites…

Dans chaque paragraphe de l’article, il y a des « méthodes de Chicago », des « la malheureuse », des « mystérieux agresseurs », etc. Mais l’essentiel s’y trouve, fort bien présenté. On dit en conclusion que la jeune fille est à la clinique Rondeau dans un état très grave, mais non désespéré… Plusieurs perforations intestinales, deux balles à moins de deux centimètres du cœur, etc. Rien de vital heureusement. Son état d’extrême faiblesse n’a pas permis à la police de l’interroger mais, à la suite d’une intervention chirurgicale et de plusieurs transfusions de sang, il est probable qu’elle subira dès le lendemain un premier interrogatoire.

C’est juste ce que je désirais : du sur mesure en quelque sorte !

Si vraiment les mecs qui ont dessoudé la fille tiennent à lui clore définitivement le clapet, cet article va les inquiéter, non ? Ou alors vaut mieux ne pas se lancer dans la logique et, en ce cas, autant raccrocher sa cervelle au portemanteau tout de suite !

Je laisse tomber le canard pour me plonger dans des réflexions profondes.

La lumière pâlotte de la pièce avive l’acuité de mon caberlot.

Le parfum qui flottait tout à l’heure dans l’appartement vide me tourmente comme une crise d’urticaire… Je me gratte donc la matière grise avec frénésie.

Ce parfum ? Où l’ai-je respiré, déjà ?

Voyons, quelles sensations réveille-t-il en moi ?

Des sensations de verdure et de mort… De verdure et de mort !

Je bondis ! Ça y est, j’ai trouvé…

Ce parfum, c’est celui de la fille Bunks.

Elle sentait ça, l’autre matin, lorsqu’elle m’est apparue dans le hall gothique de sa propriété de la Forêt-Noire.

Sur le moment, je n’y avais pas pris garde. Elle était tellement belle que je ne pouvais évidemment pas dissocier son parfum du tout harmonieux qu’elle composait.

Mais c’est bien ça… Verdure… La verdure sombre de la forêt… La mort : son faux frère, Frida…, Rachel…

Je claque mon pouce contre mon index. Enfin, je trouve une preuve que ces deux affaires sont liées, que le chef a vu juste. Preuve si l’on veut… Pas pour jury du tout… Mais preuve intime et c’est de ça que j’avais le plus besoin…

Mon geste de contentement fait sursauter la petite Pellegrini.

— Qu’est-ce qu’il y a ? chuchote-t-elle…

Sa voix est flageolante.

— Rien, je fais…

Il y a que je sais qui m’observait depuis la fenêtre d’en face… C’était la fille Bunks, la belle, la blonde Christia Bunks.

— Rien, je murmure ; il n’y a rien du tout, ne vous bilez pas, mon chou !

Bon. La bande des nazis est dans le coup… L’homme à la bombe russe était des leurs… Ils ont su qu’avant de mourir il a parlé… Ils ont su que je me suis embarqué pour Cannes afin d’y chercher une fille dont le nom commence par BLA.

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