Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
« Et toi, comment te portes-tu ? Tes blessures étaient-elles sérieuses ? » Puis, sans lui laisser le temps de répondre, elle ajouta en s’enflammant : « Tu ne peux imaginer ce que j’ai ressenti lorsque je t’ai vu voler à mon secours ! L’instant d’avant, je dois confesser que j’étais terrifiée à l’idée que j’allais peut-être trépasser sans t’avoir revu, mais, quand je t’ai aperçu sur ta monture, mon cœur a bondi de ma poitrine. »
Elle se mit à parler plus bas.
« C’est très égoïste de ma part, je le sais. Je devrais te dire que le risque que tu as pris en venant à moi dans une bataille déjà perdue était déraisonnable, que tu n’aurais pas dû. C’est évident que si je dois périr sur le champ de bataille, je ne souhaite pas que tu partes avec moi. Cependant, je me sentais si loin de toi en cet instant… »
Il lui prit les mains dans les siennes et chuchota près de son oreille.
« Je le sais, mon amour. Je pense comme toi. Je ne suis pas un romantique maudit. Je souhaite vivre. Néanmoins, comment vivre sans toi ? »
Il resta avec elle pendant un moment encore, lui racontant ce qui s’était passé après sa perte de connaissance et comment Liétaud et Dudon les avaient tirés de ce mauvais pas, puis une infirmière vint lui demander de quitter les lieux. Clorinde lui fit promettre de revenir le lendemain, essayant par tous les moyens de prolonger l’entrevue, mais il dut se résoudre à partir quand l’infirmière commença à donner des signes d’impatience.
Lorsqu’il réintégra ses quartiers, Tancrède ordonna au major Hutbert de réunir toute la 78e au plus vite afin qu’il puisse en reprendre officiellement le commandement. Le major l’informa qu’il lui faudrait attendre la fin de la journée puisqu’une bonne moitié des effectifs restants avaient été temporairement détachés dans d’autres unités. Tancrède avait donc plusieurs heures devant lui. Il décida de les mettre à profit pour contacter à nouveau son informateur à la police militaire. Durant son séjour à l’hôpital, une intuition lui était venue et il lui tardait de la vérifier.
Il avait connu l’adjudant Charles d’Alliste lors d’une opération mineure, quelques années plus tôt – à cette époque, il était encore au service actif – et, bien que les combats aient été brefs, ils avaient eu le temps de se connaître et de s’apprécier mutuellement. Alliste était un rude gaillard, formé à la vieille école et qui ne s’en laissait pas conter. Lorsque Tancrède revint à la charge en lui demandant un nouveau « service » sur cette affaire de mutinerie, il accepta – non sans maugréer – au nom de la fraternité des anciens compagnons d’armes.
Ils se rendirent ensemble à la fourrière dans le but d’y interroger le responsable des sorties de véhicules. Ils avaient convenu que ce serait Charles qui poserait les questions afin de ne pas éveiller les soupçons. Là-bas, le sergent responsable commença par se plaindre que l’on vienne encore le déranger avec cette histoire déplorable pour laquelle il avait déjà répondu à des centaines de questions. Néanmoins, l’adjudant d’Alliste n’était pas le genre d’homme auquel on résiste longtemps, aussi finit-il par leur répéter ce qu’il savait.
Les mutins avaient volé huit transports de troupes de type Orca, qu’ils avaient préalablement réussi à immobiliser dans différents points de réparation en ville. Les balises de positionnement de ces véhicules avaient été détruites, rendant impossible leur localisation par satellite, mais on avait fini par en repérer les carcasses au fond d’un gouffre, quelques jours plus tard. Les mutins s’étaient donc vraisemblablement débarrassés de leurs véhicules afin de poursuivre leur trajet à pied. De longues recherches avaient été menées alentour, mais ils n’avaient laissé aucune trace.
« On ignore ce qu’ils sont devenus. Pour ce qu’on en sait, les Atas les ont probablement exterminés. D’ailleurs, ça vaut mieux pour eux que d’être récupérés par nos gars, croyez-moi ! »
Comme le lui avait suggéré Tancrède, Alliste demanda si d’autres véhicules avaient été volés ce jour-là, ou du matériel lourd. Le sergent répondit par la négative. Dans les jours précédents ? Toujours non. Alors, comme convenu avec Tancrède, l’adjudant exigea un comparatif des registres de véhicules établis au chargement du Saint-Michel et des registres actuels. Le responsable de la fourrière geignit quelques instants devant le caractère rebutant de la corvée, mais finit par s’exécuter. À sa décharge, ces registres étaient énormes et, même avec le concours de l’ordinateur, il fallut plus de deux heures pour mener cette tâche à bien. Toutefois, le jeu en valait la chandelle.
Le comparatif fit ressortir que parmi des dizaines de différences minimes et très disparates, une divergence majeure existait entre les deux registres : sur les centaines de buggys embarqués au début du voyage, quatorze manquaient aujourd’hui à l’appel sans qu’aucun rapport d’accident ou de perte au combat ne vienne le justifier. La raison était évidente. Ces buggys avaient été effacés des registres. Et qui, sinon des opérateurs du Nod2, étaient capables d’une telle manipulation ?
Oubliant un instant ce qu’il avait convenu avec Charles, Tancrède demanda lui-même au sergent s’il était possible de faire entrer quatorze buggys dans huit Orca.
« Peut-être bien… Les soutes ne sont pas assez grandes, mais en bousillant tous les sièges pour faire monter les buggys à la place des passagers, ça rentrerait sûrement. Mais du coup, où iraient les passagers ? »
Facile, pensa Tancrède. Ils n’avaient qu’à rester à bord des buggys.
La stratégie employée par les évadés commençait à s’éclaircir pour le Normand : partir aux yeux de tous dans des transports Orca en y dissimulant des buggys n’ayant plus d’existence officielle, puis se débarrasser des Orca. Les inermes laissaient ainsi penser qu’ils avaient continué à pied alors qu’ils étaient partis avec des buggys de classe furtif, qui ne laissent pas la moindre trace derrière eux. Ainsi, le périmètre de recherche déterminé par l’armée serait forcément inadéquat.
En repartant, Tancrède tenait à poser une dernière question à son ancien compagnon d’armes :
« Dis-moi, Charles, j’ai entendu dire qu’il y avait eu des victimes durant l’évasion. Est-ce vrai ? »
Tout en marchant, Alliste nettoya la poussière de sable sur le badge de police accroché au revers de sa veste.
« Tu t’intéresses vraiment à cette histoire, n’est-ce pas ? répondit-il d’un air désapprobateur. Tu devrais faire attention, tu sais.
— Allons, Charles, ne me dis pas que tu t’inquiètes pour moi ! Je t’assure que dans le rôle de ma mère, tu n’es pas très convaincant. » Puis, voyant que son ami ne plaisantait pas, Tancrède ajouta : « Je ne retombe pas dans mes anciens travers, crois-moi. C’est juste de la curiosité. »
L’adjudant de police hocha la tête pensivement.
« Il y a eu en effet plusieurs morts. Les insurgés ont tiré dans le tas au poste de garde. Enfin, je ne me suis pas occupé de l’affaire moi-même, donc je ne sais pas ce qui s’est passé exactement, mais il semble que les gardes ont tenu à accomplir leur devoir jusqu’au bout. C’est tout à leur honneur, naturellement. »
Tancrède était déçu. Déçu et surpris en même temps. Il n’aurait jamais pensé Albéric capable de tuer, ou de laisser tuer des innocents. Mais après tout, les gens changent, et peut-être que l’idéaliste qu’il avait connu s’était radicalisé.
Il prit congé de Charles, non sans l’avoir vivement remercié, puis vérifia l’heure sur son messageur. Comme il lui restait encore une heure et demie avant que l’unité soit réunie, il décida de faire une dernière vérification. Il monta dans une navette et se rendit de l’autre côté de la « Tour de contrôle », jusqu’au service topographique.