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Psychopathologie de la vie quotidienne

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Psychopathologie de la vie quotidienne
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n) Je ne puis résister à la tentation de citer un exemple de lapsus particulièrement instructif, bien que, d'après celui qui me l'a raconté, il remonte à 20 années environ. Une dame déclare un jour, dans une réunion (et le ton de sa déclaration révèle chez elle un certain état d'excitation et l'influence de certaines tendances cachées): Oui, pour plaire aux hommes, une femme doit être jolie; le cas de l'homme est beaucoup plus simple: il lui suffit d'avoir cinq membres droits! Cet exemple nous révèle le mécanisme intime d'un lapsus par condensation ou par contamination (voir p. 62). Il semblerait, à première vue, que cette phrase résulte de la fusion de deux propositions:

il lui suffit d'avoir quatre membres droits

il lui suffit d'avoir cinq sens intacts.

Ou bien, on peut admettre que l'élément droit est commun aux deux intentions verbales qui auraient été les suivantes

il lui suffit d'avoir ses membres droits

et de les maintenir droits tous les cinq.

Rien ne nous empêche d'admettre que ces deux phrases ont contribué à introduire, dans la proposition énoncée par la dame, d'abord un nombre en général, ensuite le nombre mystérieux de cinq, au lieu de celui, plus simple et plus naturel en apparence, de quatre. Cette fusion ne se serait pas produite, si le nombre cinq n'avait pas, dans la phrase échappée comme lapsus, sa signification propre, celle d'une vérité cynique qu'une femme ne peut énoncer que sous un certain déguisement. – Nous attirons enfin l'attention sur le fait que, telle qu'elle a été énoncée, cette phrase constitue aussi bien un excellent mot d'esprit qu'un lapsus amusant. Tout dépend de l'intention, consciente ou inconsciente, avec laquelle cette femme a prononcé la phrase. Or, son comportement excluait toute intention consciente; il ne s'agissait donc pas d'un mot d'esprit!

La ressemblance entre un lapsus et un jeu de mots peut aller très loin, comme dans le cas communiqué par 0. Rank, où la personne qui a commis le lapsus finit par en rire comme d'un véritable jeu de mots Internat. Zeitschr. f. Psychoanal., I, 1913):

«Un homme marié depuis peu et auquel sa femme, très soucieuse de conserver sa fraîcheur et ses apparences de jeune fille, refuse des rapports sexuels trop fréquents, me raconte l'histoire suivante qui l'avait beaucoup amusé, ainsi que sa femme: le lendemain d'une nuit au cours de laquelle il avait renoncé au régime de continence que lui imposait sa femme, il se rase dans la chambre à coucher commune et se sert, comme il l'avait déjà fait plus d'une fois, de la houppe déposée sur la table de nuit de sa femme, encore couchée. Celle-ci, très soucieuse de son teint, lui avait souvent défendu d'utiliser sa houppe; elle lui dit donc, contrariée: «Tu me poudres de nouveau avec ta houppe!» Voyant son mari éclater de rire, elle s'aperçoit qu'elle a commis un lapsus (elle voulait dire: tu te poudres de nouveau avec ma houppe) et se met à rire à son tour (dans le jargon viennois pudern – poudrer – signifie coïter; quant à houppe, sa signification symbolique – pour phallus – n'est, dans ce cas, guère douteuse).»

L'affinité qui existe entre le lapsus et le jeu de mots se manifeste encore dans le fait que le lapsus n'est généralement pas autre chose qu'une abréviation:

i) Une jeune fille ayant terminé ses études secondaires se fait inscrire, pour suivre la mode, à la Faculté de Médecine. Au bout de quelques semestres, elle renonce à la médecine et se met à étudier la chimie. Quelques années après, elle parle de ce changement dans les termes suivants: «la dissection, en général, ne m'effrayait pas; mais un jour où je dus arracher les ongles des doigts d'un cadavre, je fus dégoûtée de toute la chimie.»

k) J'ajoute encore un autre cas de lapsus, dont l'interprétation ne présente aucune difficulté. «Un professeur d'anatomie cherche à donner une description aussi claire que possible de la cavité nasale qui, on le sait, constitue un chapitre très difficile de l'anatomie du crâne. Lorsqu'il demande si tous les auditeurs ont bien compris ses explications, il reçoit en réponse un oui unanime. À quoi le professeur, connu pour être un personnage fort présomptueux, répond à son tour: «je le crois difficilement, car les personnes qui se font une idée correcte de la structure de la cavité nasale peuvent, même dans une ville comme Vienne, être comptées sur un doigt… pardon, je voulais dire sur les doigts d'une main.»

h) Le même anatomiste dit une autre fois: «En ce qui concerne les organes génitaux de la femme, on a, malgré de nombreuses tentations (Versuchungen)… pardon, malgré de nombreuses tentatives (Versuche)»…

u) Je dois au docteur Alf. Robitschek ces deux exemples de lapsus qu'il a retrouvés chez un vieil auteur français (Brantôme [1572-1614]: Vies des dames galantes. Discours second). Je transcris ces deux cas dans leur texte original.

«Si ay-je cogneu une très belle et honneste dame de par le monde, qui, devisant avec un honneste gentilhomme de la cour des affaires de la guerre durant ces civiles, elle luy dit: «J'ay ouy dire que le roy a faict rompre tous les c… de ce pays-là.» Elle vouloit dire les ponts. Pensez que, venant de coucher d'avec son mary, ou songeant à son amant, elle avait encor ce nom frais en la bouche; et le gentilhomme s'en eschauffer en amours d'elle pour ce mot.»

«Une autre dame que j'ay cogneue, entretenant une autre grand dame plus qu'elle, et luy louant et exaltant ses beautez, elle luy dit après: «Non, madame, ce que je vous en dis: ce n'est point pour vous adultérer; voulant dire adulatrer, comme elle le rhabilla ainsi: pensez qu'elle songeoit à adultérer.»

Dans le procédé psychothérapeutique dont j'use pour défaire et supprimer les symptômes névrotiques, je me trouve très souvent amené à rechercher dans les discours et les idées, en apparence accidentels, exprimés par le malade, un contenu qui, tout en cherchant à se dissimuler, ne s'en trahit pas moins, à l'insu du patient, sous les formes les plus diverses. Le lapsus rend souvent, à ce point de vue, les services les plus précieux, ainsi que j'ai pu m'en convaincre par des exemples très instructifs et, à beaucoup d'égards, très bizarres. Tel malade parle, par exemple, de sa tante qu'il appelle sans difficulté et sans s'apercevoir de son lapsus, «ma mère»; telle femme parle de son mari, en l'appelant «frère». Dans l'esprit de ces malades, la tante et la mère, le mari et le frère se trouvent ainsi «identifiés», liés par une association, grâce à laquelle ils s'évoquent réciproquement, ce qui signifie que le malade les considère comme représentant le même type. Ou bien: un jeune homme de 20 ans se présente à ma consultation en me déclarant: «Je suis le père de N. N. que vous avez soigné… Pardon, je veux dire que je suis son frère; il a quatre ans de plus que moi.» Je comprends que par ce lapsus il veut dire que, comme son frère, il est malade par la faute du père, que, tout comme son frère, il vient chercher la guérison, mais que c'est le père dont le cas est le plus urgent. D'autres fois, une combinaison de mots inaccoutumée, une expression en apparence forcée suffisent à révéler l'action d'une idée refoulée sur le discours du malade, dicté par des mobiles tout différents.

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